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Barack Obama réélu en fait pour deux ans

Eric Leser, mis à jour le 07.11.2012 à 8 h 39

Comme tous les présidents réélus, il n'a pas beaucoup de temps devant lui pour impulser des réformes et des changements, peser sur la politique intérieure américaine, sur le destin de la planète, et mériter peut-être enfin un prix Nobel de la Paix reçu trop précipitamment.

Dernier meeting à Des Moines dans l'Iowa, le 5 novembre. REUTERS/Jason Ree

Dernier meeting à Des Moines dans l'Iowa, le 5 novembre. REUTERS/Jason Ree

Réélu avec une marge finalement plus confortable que le laissait penser une entrée en campagne ratée, Barack Obama va connaître maintenant le destin des présidents américains réélus. Débarrassé définitivement des contraintes et des pressions électorales et partisanes, il va pouvoir se consacrer à soigner la trace qu'il laissera dans l'histoire. La «legacy» (l'héritage) de Barack Obama est un mot que l'on va beaucoup entendre au cours des quatre prochaines années de l'autre côté de l'Atlantique.

Sa trace dans l'histoire est évidemment déjà considérable: le premier président noir des Etats-Unis. Il faut souligner aussi, que si dans l'histoire du pays les présidents sortants bénéficient toujours d'un avantage indéniable et d'une probabilité forte de réélection, sa victoire électorale est un petit exploit. Barack Obama est tout simplement le seul sortant dans un pays occidental touché depuis 2008 par la crise financière et économique à avoir été capable de se maintenir au pouvoir.

Ceci dit, les quatre premières années ont laissé un goût d'inachevé, surtout aux Etats-Unis. Sans doute parce que l'enthousiasme était trop grand, que la crise financière et économique mondiale a réduit considérablement le champ des possibles et parce que Barack Obama est un démocrate prudent, centriste, parfois dilettante et trop sûr de lui. Son début de campagne, frisant la désinvolture, en a apporté la preuve.

Maintenant, comme tout les présidents réélus, il n'a pas beaucoup de temps devant lui pour impulser des réformes et des changements avant de devenir un «lame duck» (impotent). Il a en fait deux ans comme tous ces prédécesseurs réélus à la Maison Blanche, jusqu'à l'élection législative de mi-mandat de 2014, pour tenter de peser sur la politique intérieure américaine.

Assurer l'Obamacare, réglementer Wall Street

La malédiction de la sixième année veut que le président perde cette élection, mais même si les démocrates parvenaient à la gagner, Barack Obama n'aura de toute façon plus vraiment d'autorité sur un parti dont l'obsession sera alors devenue de se déchirer pour lui trouver un successeur.

Il devrait bénéficier pendant les deux prochaines années d'une croissance un peu plus soutenue. Cela devrait lui permettre de finir d'installer sur le plan réglementaire sa réforme de la santé et celle du contrôle des marchés financiers. Ce n'est pas pour rien si Wall Street a tant soutenu et financé Mitt Romney.

Voilà pour les bonnes nouvelles économiques, la mauvaise évidemment s'appelle le «fiscal cliff» (la falaise fiscale). La nécessité de réduire le déficit budgétaire en augmentant les impôts et diminuant les dépenses tout en évitant la récession et en négociant avec un Congrès divisé et en partie hostile. Le gouvernement américain est soumis aux mêmes contraintes, ou presque, que ses homologues européens et a pour seule priorité, ou presque, de réduire un déficit budgétaire historique. La marge de manœuvre de Barack Obama est d'autant plus réduite que les Républicains ont conservé le contrôle de la Chambre des Représentants et ne vont pas lui faciliter la tache.

Le Président va se heurter à nouveau à un principal opposant revanchard en la personne de John Boehner, le speaker de la Chambre des Représentants, qui n'aura de cesse de contester ses choix en matière de budget, d'impôts et de réduction de la dette publique et de demander plus et plus vite. La réduction de la taille de l'Etat reste de loin le principal ciment idéologique du parti Républicain qui a par ailleurs intérêt à ce que Barack Obama fasse le «sale boulot».

Exister sur la scène internationale

Au Sénat, les Républicains même minoritaires seront aussi capables de faire de l'obstruction sur tous les textes importants dont l'adoption nécessite le vote favorable de 60 des 100 sénateurs.

Il restera en fait rapidement à Obama comme à ses prédécesseurs et notamment Bill Clinton lors de son deuxième mandat, la politique internationale pour exister, peser sur le destin de la planète, marquer l'histoire et mériter peut-être un Prix Nobel de la Paix reçu trop précipitamment. On pense évidemment au Moyen-Orient et à la Chine.

Au Moyen-Orient, et même s'il s'est mis lui même en difficulté en ne mesurant pas vraiment les conséquences des révolutions arabes et en hésitant sans cesse avec l'Iran entre la main tendue et la confrontation, il lui reste des atouts considérables. Il s'agit à la fois de sa capacité à faire pression sur le gouvernement israélien et à résister aux pressions indirectes venues de Jérusalem, encore plus facilement maintenant; de la dépendance de moins en moins grande de l'économie américaine pour le pétrole et le gaz de cette région; de l'alliance qui se renforce à nouveau avec la puissance régionale montante la Turquie et de la puissance militaire américaine sans équivalent et toujours dissuasive. Cela pourrait permettre d'essayer de prendre des initiatives sur les trois grandes questions: le conflit israélo-palestinien, le régime syrien et le nucléaire iranien.

L'autre grand défi est celui de la relation américano-chinoise, de l'interdépendance entre les deux pays «maîtres du monde» et de l'intérêt bien compris des Etats-Unis à inciter le nouveau régime chinois et Xi Jinping à l'ouverture et la coopération plutôt qu'à la confrontation. Dans un environnement économique et social tendu et à la fin d'un cycle de croissance engendré par les exportations, la Chine va avoir des choix très difficiles à faire dans les prochains mois et prochaines années. Il vaut mieux que la relation avec les Etats-Unis soit apaisée.

Eric Leser

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Journaliste
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