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Elections américaines: les 16 questions dont va dépendre l'issue du scrutin

John Dickerson, mis à jour le 06.11.2012 à 16 h 24

Si nous avions d'ores et déjà les réponses, nous connaîtrions le nom du vainqueur de la Maison Blanche.

A Portland le 10 décembre 2009, REUTERS/Joel Page

A Portland le 10 décembre 2009, REUTERS/Joel Page

Bientôt, nous saurons. Après une campagne où ni les faits, les sondages ou même les propositions subordonnées n'ont été exclus du débat, les choix réels des électeurs vont commencer à se faire connaître. La mobilisation des partisans d'Obama sera-t-elle aussi efficace que prévu? Mitt Romney arrivera-t-il à remporter les 18 grands électeurs de l'Ohio, et faire mentir quasiment tous les sondages? Obama gagnera-t-il la Pennsylvanie, le Michigan et le Minnesota, ou David Axelrod devra-t-il raser sa moustache? Les électeurs ont enfin la parole, ce qui me rappelle la formule qu'avait eu Mo Udall après sa défaite «Les électeurs ont parlé, ces salauds».

1. Le gagnant du vote populaire correspondra-t-il au choix du collège électoral?

Les observateurs ont commencé à envisager cette possibilité quand Romney est arrivé premier dans les sondages nationaux, sans l'être dans les États-clés.  Dans ce cas, il faudra attendre bien après le jour de l’élection pour avoir le nom du vainqueur, quand les bulletins provisoires, les bulletins militaires et les votes par correspondance auront été comptabilisés. Certains États de l'ouest, qui ne sont pas à priori décisifs pour l'issue du scrutin, pourraient avoir à décompter leurs bulletins pendant plusieurs jours. 

2. Quelle est la question économique qui importe le plus aux électeurs?

Dans les sondages, Obama a toujours devancé Romney quand on demandait aux électeurs quel candidat se souciait le plus de gens comme eux. Mais quand on leur demandait quel candidat serait le plus à même de gérer la situation économique, c'est Romney qui arrivait premier. Les sondages sortie des urnes pourraient nous permettre de savoir quelles questions les électeurs avaient en tête au moment de faire leur choix.

3. Comment l'électorat s'est-il modifié?

Si le Président Obama l'emporte, que pourrons-nous déduire de l'évolution de l'électorat américain? En 2008, il avait gagné 80% des voix des minorités, et 43% des blancs. Les minorités représentaient alors 26% de l'électorat et les blancs, les 74% restants. Il est quasiment certain d'augmenter son pourcentage chez les minorités, avec un très fort soutien de la part des électeurs hispaniques, mais combien se déplaceront réellement pour voter? Moins il y en aura, plus Obama devra espérer conserver son pourcentage de 2008 d'électeurs blancs.

Si Romney veut l'emporter, il devra améliorer son pourcentage d'électeurs blancs – en dépassant les 55% qui avaient choisi McCain. (Pour Ron Brownstein, il doit en obtenir 61%. Les données hebdomaires les plus récentes de Gallup montrent Romney à 60% de votes favorables auprès des blancs.) Ou il faudra que les blancs représentent plus que 74% de l'électorat. Ce qui est peu probable, vu que la proportion de blancs n'a pas cessé de décliner lors des élections présidentielles depuis 1992.

4. Les femmes blanches et titulaires d'un diplôme universitaire font-elles partie de l'électorat d'Obama?

En 2008, Obama avait perdu auprès des blancs non diplômés, hommes et femmes, et auprès des hommes blancs titulaires d'un diplôme universitaire de deuxième cycle. Mais il avait remporté une majorité de 52% auprès de leurs homologues blanches.

Et c'est un électorat qu'il a particulièrement choyé durant sa campagne, en insistant sur l'égalité des salaires, la prise en charge de la contraception et en essayant de coincer Romney sur l'avortement, en le reliant aux positions républicaines les plus extrêmes sur ce sujet. Arrivera-t-il à conserver cette majorité, voire à l'augmenter?

5. Pour qui les cols bleus de l'Ohio ont-ils voté?

A un niveau national, les Démocrates perdent traditionnellement les voix des hommes blancs de la classe ouvrière. Walter Mondale n'avait obtenu que 31% de leurs bulletins. En 2008, Obama en avait remporté 39%, soit la meilleure performance de son parti depuis longtemps.

Dans l'Ohio, Obama pourrait même faire encore mieux, grâce à son plan de sauvetage du secteur automobile et en ayant constamment dépeint Romney comme l'incarnation des périls économiques – un partisan forcené des délocalisations et des licenciements et un ponte de Wall Street déconnecté des réalités. Si Obama réussit à contenir la marge de Romney auprès de cet électorat, c'est peut-être ce qui lui permettra de remporter l’État.

6. L'avalanche de publicités anti-Romney a-t-elle condamné le candidat républicain dans l'Ohio?

Ce sera difficile à dire avec les sondages sortie des urnes, mais si Romney peine à conquérir l'électorat blanc et ouvrier de l'Ohio – un électorat qu'Obama peine à conquérir à un niveau national – ce sera peut-être imputable à la campagne publicitaire anti-Romney qui a déferlé sur l’État.

Espérons que les sondages sortie des urnes porteront autant sur le sauvetage du secteur automobile que sur le candidat qui «se soucie plus de vous». Les réponses à ces questions pourraient nous permettre de tirer quelques premières conclusions, surtout si, par rapport aux autres États, Obama s'en sort mieux sur ce dernier point auprès des hommes blancs de la classe ouvrière.

7. Obama a-t-il un double électorat?

Si Obama l'emporte en Virginie, dans le Colorado ou le Nevada, ce sera en obtenant à la fois les votes des femmes diplômées et péri-urbaines, des jeunes et des minorités. S'il l'emporte dans l'Ohio, ce sera grâce à un électorat bien différent. Pour l'emporter à un niveau national, Obama était censé se concentrer sur les minorités et contourner les problèmes économiques. S’il gagne en Ohio, ce sera probablement grâce à ses meilleurs scores obtenus auprès des électeurs blancs, et par son action sur l'économie régionale.

8. Romney aurait-il dû jouer la modération plus tôt?

Je ne sais pas bien comment tester cette hypothèse en fonction des sondages sortie des urnes, mais si on se fonde sur les réactions des électeurs indécis que j'ai observées, le ton plus modéré du gouverneur a eu un charme certain. Dans la plupart des sondages, il a fallu attendre le premier débat pour que la compétition se resserre, quand Romney a montré un visage plus modéré. Si seulement il avait joué cette carte plus tôt, m'ont dit certains indécis...

Et s'il l'avait fait? Aurait-il eu suffisamment de temps pour éjecter Obama du centre, ou cela lui aurait-il coûté les voix des conservateurs dont il a toujours eu besoin pour rester dans la course?

9. Alors les jeunes, ça va?

En 2008, le Président Obama avait obtenu 66% des voix des 18-29 ans. La  proportion de jeunes électeurs n'était pas plus importante qu'avant – seulement 18% –, mais Obama avait fait mieux que John Kerry en 2004. Ces chiffres resteront-ils comparables, ou les jeunes vont-ils être plus nombreux à se déplacer aux urnes?

10. Comment voteront les swing states où le taux de chômage est bas?

Dans cinq swing states, le taux de chômage est inférieur à la moyenne nationale de 7,9%: l'Iowa (5,2%), le New Hampshire (5,7%), la Virginie (5,9%), le Wisconsin (7,3%) et l'Ohio (7%). Quatre sont au-dessus: le Nevada (9,6%), la Floride (8,7%), la Caroline du Nord (9,6%) et le Colorado (8%). C'est le Nevada qui cumule les pires statistiques nationales: 70% des biens immobiliers sont hypothéqués dans des prêts qui dépassent leur valeur.

Pourtant, ici, Obama va probablement bien s'en tirer – et sans pouvoir se targuer d'un sauvetage du secteur automobile. Peut-être grâce à la démographie du Nevada (26% de la population y est hispanique, ce qui constitue la proportion latino la plus forte de tous les États-clés). En d'autres termes, la démographie peut aider Obama à rester dans la course, mais il devra s'appuyer sur les États où le taux de chômage est bas pour asseoir sa victoire. 

11. Qui a le mieux réussi à mobiliser ses troupes?

La mobilisation des partisans d'Obama s'est soldée par un grand nombre de votes anticipés. Les Républicains affirment pouvoir rattraper leur retard aujourd'hui. On saura bien vite si les Démocrates n'ont réussi qu'à mobiliser leurs soutiens habituels lors des votes anticipés – cannibalisant ainsi leur résultat final – ou s'ils ont pu trouver de nouveaux électeurs, qui se sont déplacés avant le jour du vote, et qui seront encore nombreux à prendre le chemin des urnes le jour J.

12. Comment se porte le Tea Party?

Dans les élections sénatoriales, les Républicains comptent sur certains conservateurs comme Todd Akin ou Richard Mourdock, dont les récents faux-pas pourraient diminuer leurs chances de tenir le Sénat. D'un autre côté, Ted Cruz, chouchou du Tea Party au Texas, va gagner et est bien parti pour devenir un personnage conservateur de premier plan. En fonction des candidats qui l'emporteront, et si les Républicains obtiennent ou non la présidence du Sénat, nous pourrons nous faire une première idée sur la réputation de ces jeunes loups, et analyser l'évolution d'un mouvement qui fut si décisif aux victoires républicaines de 2010.

13. La sélection de Paul Ryan a-t-elle changé quelque chose?

Avant qu'Obama ne remporte les 10 grands électeurs du Wisconsin en 2008, avec une avance de 14 points, la compétition y était très serrée. En 2000, Al Gore n'avait qu'une avance de 5.000 voix. En 2004, John Kerry ne l'avait emporté que par 11.000 voix. Cette année, les chiffres vont-ils à nouveau se resserrer, et quelle sera la part de responsabilité de Paul Ryan?

En 2008, Obama avait une avance de 14.000 voix dans la circonscription de Ryan, mais George W. Bush l'avait emporté par 27.000 voix. En 2000, l'avance d'Al Gore était de 4.600 voix. Si Romney n'obtient pas la circonscription de Ryan, quel aura été l'intérêt de choisir ce vice-président?

14. Le Medicare a-t-il foutu les jetons aux séniors?

En général, les Démocrates perdent les voix des personnes âgées. En 2008, Obama avait un retard de 8 points dans cette classe d'âge. Les séniors représentent 22% de l'électorat de Floride, soit l'un des États les plus âgés du pays. (Les séniors ne sont que 18% des électeurs dans l'Ohio, par exemple).

Obama réussira-t-il à dépasser ses 45% de séniors obtenus en Floride en 2008? L'idée des «bons» Medicare proposée par Paul Ryan a sans doute poussé quelques personnes âgées dans le camp d'Obama. Mais peut-être que des années d'acharnement publicitaire contre l'Obamacare ont définitivement dégoûté les séniors de voter Démocrate.  

15. Romney a-t-il surpassé McCain dans les fiefs Républicains?

En 2008, John McCain n'avait pas vraiment réussi à mobiliser la base républicaine. Dans 44 États, la participation républicaine était inférieure à celle de 2004. Romney peut-il globalement mieux réussir à dynamiser ses troupes?

16. Quid d'une dispersion des voix, entre Sénat et présidence?

En regardant la carte présidentielle, les idéologies de notre pays semblent bien définies. Il y a les États «rouges», majoritairement Républicains, et les «bleus»,  majoritairement démocrates. Mais pour le scrutin sénatorial, dans l'Indiana, l'Arizona, le Montana, le Massachusetts et le Missouri, les candidats de «l'autre bord» s'en sortent aussi très bien.

La compétition est serrée, ce qui prouve que notre nation est bien davantage «violette» que ce que laisse entendre la cartographie présidentielle. La course sénatoriale est aussi intéressante dans certains États-clés, comme le Wisconsin, l'Ohio, la Floride, la Virginie et le Nevada. Les électeurs choisiront-il un candidat d'un parti lors des élections sénatoriales, et celui d'un autre pour la présidentielle?

La Virginie sera l’État le plus intéressant à observer. Le démocrate Tim Kaine semble jouir d'une belle avance dans la dernière ligne droite. Il faudra observer comment voteront les électeurs des comtés d'Henrico, d'Hanover, de Chesterfield, et de Richmond. Kaine est l'ancien maire de Richmond, la ville au centre de tous ces comtés. Il pourrait obtenir plus de voix que le Président Obama, ce qui voudrait dire qu'il pourrait remporter l’État au niveau sénatorial, alors que Romney pourrait y arriver premier lors de la présidentielle.

John Dickerson

Traduit par Peggy Sastre

Ci-dessous, le «Political Kombat» entre Obama et Romney:

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