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Le Colorado et l'Etat de Washington légalisent la vente et la consommation de cannabis

Une manifestation pro-marijuana à l'université du Colorado à Boulder, le 20 avril 2012.  REUTERS/Rick Wilking.

Une manifestation pro-marijuana à l'université du Colorado à Boulder, le 20 avril 2012. REUTERS/Rick Wilking.

C'est une première pour les Etats-Unis. Une mesure similaire a été rejetée dans l'Oregon.

Les résidents du Colorado et de l'Etat de Washington ont voté en majorité pour Barack Obama, mais ils viennent aussi de valider la légalisation du cannabis par référendum. Une mesure similaire a été rejetée dans l'Oregon.

Dans ces deux Etats de l'Ouest, la production et la vente de marijuana seront supervisées par les autorités locales, alors que la consommation et la possession deviendront légales pour les plus de 21 ans. 

Dans le Colorado, le maximum autorisé est de 28 grammes de marijuana et six plantes à la maison; il est de 28 grammes aussi pour Washington, mais sans plantes. Il ne sera nulle part permis de fumer des joints en public. Dans l’Oregon, la loi n’indiquait aucune limite de quantité, et cette approche plus laxiste a probablement contribué à son échec.

Ces deux lois locales vont plus loin que la légalisation mise en place aux Pays-Bas, où les ventes sont limitées en quantité. Mais ne sautez pas tout de suite dans un avion pour ouvrir un coffee shop à Seattle: il faudra attendre près d'un an avant que ces mesures ne soient mises en place.

Taxer la marijuana pour construire des écoles

A Denver, la capitale du Colorado, il y a déjà plus de dispensaires de cannabis thérapeutique que de Starbucks, et plus de 120.000 résidents de l’Etat ont leur carte d'utilisateur de marijuana médicale. Un magazine local a même embauché un critique «cannabique» spécialisé, qui décrit les saveurs de ses joints comme des grands vins.

Au-delà du folklore, l'argument principal mis en avant par les défenseurs de la légalisation est très pragmatique et raisonnable. Il s’agit de taxer les ventes d’herbe et de réinvestir cet argent dans des projets publics, comme la construction d’écoles, la santé et même la prévention de la toxicomanie.

Dans le Colorado, une publicité pour le oui expliquait les choses clairement:

«Utilisons l’argent généré par les ventes de marijuana pour améliorer nos écoles, pas pour enrichir des criminels mexicains.»

En effet, selon le ministère de la Justice mexicain, la moitié des revenus des cartels mexicains vient du trafic de cannabis. La grande majorité de leurs clients sont aux Etats-Unis, et ces ventes de drogue douce leur rapportent chaque année des milliards de dollars aux cartels.

Ne dites pas «légalisation» mais «régulation»

Bien rodés à la communication politique, les pro-légalisation ont fait très attention à ne pas prononcer le mot «légalisation», trop effrayant pour l’électeur moyen. Dans le Colorado, le mot d’ordre était de «réguler la marijuana comme l’alcool», la campagne de l'Oregon parlait «d’impôt sur le cannabis» et celle de Washington était pudiquement intitulée «nouvelle approche».

Dans ce dernier Etat, les défenseurs du oui avaient choisi un porte-parole à mille lieues de la caricature du fumeur de pétards: une mère de famille en gilet bleu et collier de perles. 

«Personnellement je n'aime pas la marijuana», confessait-elle à la caméra, avant d’expliquer que c'est une industrie qui génère des millions de dollars, des sommes qui pourraient être taxées pour financer des projets publics.

Soutien de policiers et juges

Dans les trois Etats, ces propositions avaient obtenu le soutien de policiers, de juges, d’entrepreneurs et d’hommes politiques démocrates et républicains. Un autre grand thème de leur campagne était que la police serait plus efficace si elle ne perdait pas son temps avec des affaires de cannabis. La diminution des arrestations permettrait aussi de limiter la surpopulation carcérale.

«Nous savons très bien que des décennies d’arrestation liées au cannabis n’ont pas permis de réduire la consommation. Et ce sont les cartels qui continuent de s’enrichir», expliquait un ancien du FBI dans une publicité pro-légalisation.  

Ces lois locales légalisent aussi la culture industrielle du chanvre, jusqu’ici illégale. Une plante qui peut être utilisée pour la production de papier, de textile, de bio-pétrole et de divers aliments.

Le joint = le verre de vin

Pour convaincre, les campagnes ont aussi placé le joint sur le même plan que le verre de vin, d’où une publicité dans laquelle un jeune homme écrivait à son père: «Cher papa… quand je rentre du travail, je préfère fumer un peu de cannabis plutôt que de prendre un verre d’alcool comme toi, en plus la marijuana est moins dangereuse pour ma santé… Parlons-en.» (Il y a aussi une version «Chère maman»).

Alors que ses défenseurs parlent d’un vrai coup de pouce pour l’économie locale, ses opposants avaient rétorqué que la légalisation ternirait la réputation de leur Etat. Les entreprises voudraient-elles encore s’implanter dans le Colorado, en sachant que leurs employés peuvent tranquillement cultiver du cannabis à la maison?

Pour le maire de Denver, la réponse est non, et selon lui, la légalisation repoussera aussi les touristes. Les opposants affirment de plus que la marijuana mène vers les drogues dures, et qu’il ne faut pas donner l’impression aux enfants que fumer des joints est inoffensif.

Au niveau fédéral, le cannabis toujours illégal

Au niveau des lois fédérales, le cannabis sera toujours considéré comme une drogue dangereuse et illégale malgré ces réformes locales. Ceci dit, le ministère de la Justice semble peu enclin à se lancer dans des procès contre les nouvelles politiques de ces Etats, même si elles sont en contradiction avec la loi nationale.

Récemment interviewé sur la chaîne NBC, James Cole, un des responsables du ministère, expliquait qu’il traiterait les problèmes au cas par cas:

«Notre préoccupation principale est que les enfants n’aient pas accès au cannabis, et que les ventes ne soient pas aux mains d’organisations criminelles.»

La marijuana médicale est aussi théoriquement illégale au niveau fédéral, ce qui ne l’a pas empêchée de fleurir dans 18 Etats.

Les gros fumeurs pas contents

Au final, de manière un peu inattendue, les pro-cannabis de l'Etat de Washington ont du faire face à des opposants venus de l’intérieur: les gros fumeurs de marijuana. Ceux-ci sont très mécontents d’une loi qui prévoit de créer un nouveau délit en cas de conduite sous l’influence du cannabis —le seuil charnière est placé à 5 nano-grammes de THC (tétrahydrocannabinol) par millilitre de sang.

Certains jugeaient la mesure trop draconienne, car les fumeurs réguliers (plusieurs joints par jour) ont constamment des taux élevés. Mais pour mettre les choses en perspective, le seuil en France est d’1 nano-gramme de THC par millilitre de sang

Claire Levenson

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