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Aux Etats-Unis, on délocalise les militants «inutiles»

Cécile Dehesdin, mis à jour le 05.11.2012 à 16 h 43

Le système électoral encourage les campagnes à envoyer des cars de militants d’un Etat «acquis» vers un swing state.

Des militants pro-Obama à Mentor (Ohio), le 3 novembre 2012. REUTERS/Jason Reed.

Des militants pro-Obama à Mentor (Ohio), le 3 novembre 2012. REUTERS/Jason Reed.

Ce week-end, les jeunes Républicains de la George Washington University, à Washington D.C., étaient en porte-à-porte intense, mais dans le Massachusetts. Leurs homologues démocrates tentaient eux de convaincre les électeurs de Virginie de voter pour Barack Obama. Les jeunes Républicains du Texas passent quatre jours en Floride, tandis que ceux de Manhattan se sont baladés de la Pennsylvanie au New Hampshire en passant par l’Ohio et la Virginie pendant cette campagne.

«A cause du collège électoral, tous les votes n’ont pas la même valeur», explique Sinead Casey, la présidente des GWU College Republicans, qui sort de dix heures de car pour arriver dans le Massachusetts. Alors, les militants se déplacent «pour aider [leurs] efforts à être plus efficaces».

Washington D.C. a toujours voté démocrate, et largement: Barack Obama y a recueilli 92% des voix en 2008. Le Texas n'a lui pas voté démocrate depuis 1976 et New York républicain depuis 1984. Leurs militants se délocalisent donc, dans une version grassroots (de base) des campagnes des candidats, qui se concentrent réellement sur une quinzaine des cinquante Etats américains.

«Nous avons fait campagne dans l’Ohio, la Caroline du Nord, et ce week-end nous faisons trois voyages différents à Virginia Beach, Richmond et dans le Nord de la Virginie, liste Chase Hardin, directeur de la communication des GWU College Democrats. On pourrait aller dans un endroit plus près ou moins cher ou plus facile d’accès, mais c’est plus important de gagner l’Ohio que la Virginie occidentale, par exemple.»

Une organisation conséquente…

Tout cela demande du boulot. Les Jeunes Républicains ont un comité national qui peut dire à ses étudiants de DC., New York ou du Vermont où on a besoin d’eux, et les sections des différentes universités rentrent aussi directement en contact avec les campagnes pour le Congrès ou avec les sections de Romney For America.

Un membre du conseil d'administration des Jeunes Démocrates de GWU a lui pour seul rôle d’organiser les voyages de campagne dans des swing states. L'organisation travaille aussi avec les différentes campagnes ou avec les sections d’Obama For America.

«On aime à dire que quand les Démocrates ont besoin de gens sur le terrain, ils appellent les syndicats, mais que quand les Républicains en ont besoin, ils appellent les College Republicans», lâche Sinead Casey au passage, mais Chase Hardin précise que ses GWU College Democrats permettent d’amener 60 à 70 personnes en renfort en moyenne.

Ces initiatives ne concernent pas que les étudiants: le parti républicain du Maryland envoyait ses troupes par car dans l’Ohio ce week-end, tandis que les habitants de DC ou du Maryland inscrits sur MyBarackObama.com recevaient des mails les invitant à des voyages express en Virginie.

… et utile?

Mais est-ce que ces voyages, qui demandent du temps, de l’argent et des efforts logistiques parfois conséquents, valent le coup? Les frais engendrés par ces déplacements sont-ils équilibrés par leurs résultats (plus de gens qui vont voter, plus de portes sur lesquelles on a frappé, de personnes appelées, etc)?

«Ils pensent que oui, ou ils ne dépenseraient pas cet argent», résume Candice Nelson, directrice du Campaign Management Institute à l'American University, à Washington D.C.:

«On en revient toujours aux chiffres: sur combien de portes doit-on toquer, et combien de gens avons-nous pour le faire? Si on n’en as pas assez, où est-ce qu’on trouve davantage de personnes? On a des poches de gens dans d’autres Etats, donc on peut les faire venir.»

Elle note tout de même qu’il est plus efficace que des habitants de la Virginie parlent à d’autres habitants de la Virginie. D’après elle, les Républicains ont remporté la présidentielle en 2004 notamment parce qu’ils travaillaient depuis deux ans sur des projets visant à former des gens à convaincre leur propre communauté, là où John Kerry a envoyé des gens de D.C. dans l’Ohio.

En 2006, quand Howard Dean est arrivé à la tête du parti démocrate, il a organisé la «stratégie des 50 Etats», basée sur l’idée qu’il fallait avoir des gens sur le terrain dans chaque Etat, même les plus ingagnables à la présidentielle, dans l’espoir de gagner des élections pour le Congrès.

«ils savent qu’on apprécie leurs votes»

Les militants de D.C. ou du Maryland qui viennent en renfort des militants locaux dans ces élections sont eux persuadés de leur efficacité. Comme l’explique Sinead Casey, les habitants ne se formalisent pas forcément si le militant «en arrive dans la conversation à dire qu’il ne vient pas de l’Etat»:

«Les gens trouvent ça plutôt bien qu’on s’investisse au point de voyager et d’aller les voir, ils savent qu’on apprécie leurs votes et qu’on s’intéresse à leur impact.»

Les GWU Democrats demandent toujours des chiffres à la fin de leurs voyages, détaille Chase Hardin, pour voir l’effet qu’ils ont eu. Il se rappelle par exemple de départs en Virginie occidentale en 2011, pour la campagne pour le poste du gouverneur du Démocrate Ray Tomblin:

«Quand on frappe à 11.000 portes en un week-end, on sait qu’on a un impact, parce que la course s’est jouée à quelques milliers de voix

La délocalisation des militants leur permet aussi de se sentir (en plus d’être) plus utiles. Chase Hardin ne change rien en faisant campagne à Washington D.C., et il vote en plus dans l’Arizona, un Etat très conservateur:

«Je continue de voter, même si je sais que l’Arizona ne va pas élire le Président. […] L'Arizona est en pleine évolution démographique, notamment avec l’augmentation du vote hispanique. Je suis sûr qu’à la fin, peut-être dans 10 ou 12 ans, mon vote importera, l’Arizona deviendra un swing state.»

En attendant, il arpente la Virginie, à la recherche des voix qui pourraient changer l’élection.

Cécile Dehesdin

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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