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En Virginie, les pro-Mitt Romney ont peur du socialisme

Cécile Dehesdin, mis à jour le 04.11.2012 à 23 h 39

Ce qui fait recette dans les meetings républicains de ce «swing state»: la peur des effets du Obamacare sur l'emploi et les coupes budgétaires.

Mitt Romney se fait un mini bain de foule après son discours, le 1er novembre 2012 à Doswell, en Virginie. Cécile Dehesdin

Mitt Romney se fait un mini bain de foule après son discours, le 1er novembre 2012 à Doswell, en Virginie. Cécile Dehesdin

Doswell, à quelques kilomètres de Richmond, en Virginie, est le deuxième arrêt de Mitt Romney dans cet Etat-clé proche de Washington D.C., ce jeudi 1er novembre. Moins d’une semaine avant l’élection, l’agenda du candidat républicain veut tout dire: un passage dans l’Iowa et le Wisconsin lundi, un dans l’Ohio mardi, puis trois meetings dans trois villes différentes de Floride le mercredi et rebelote le lendemain en Virginie, avant de repartir dans l’Ohio pour finir la semaine, et lancer les quatre derniers jours de campagne.

A Doswell, Deborah –Deb– Galesky et Lynn Purdy grignotent un snack avant de faire la queue pour rentrer dans l’énorme hangar où Romney a choisi de haranguer la foule. «C’est la première fois qu’on vient à un meeting», racontent les deux jeunes retraitées.

Des tracteurs bien trop propres et des bottes de foin viennent ajouter une touche kitsch au drapeau américain et aux panneaux criant «VICTORY IN VIRGINIA». Les discours des politiques locaux se suivent et se ressemblent. Ils n’ont qu’un seul but, convaincre les centaines de Républicains qui se sont déplacés que 1) la victoire est possible 2) elle passera par la Virginie, et donc par eux.

Car si Romney n’arrive pas à remporter l’Ohio –la moyenne des sondages de l’Etat effectuée par Real Clear Politics continue obstinément de donner l’avantage à Obama, de 2,3 points en ce moment– son «chemin vers la victoire» devra absolument passer par la Virginie et la Floride. Pas impossible, mais pas gagné non plus.

Sourires de meeting, Lynn Purdy et Deborah Galeski /CD

Deb Galesky a eu sa période démocrate –«J’étais jeune, maintenant j’ai des choses à conserver»–, qui lui est passée avec Reagan, en 1980. Cette année, pour la première fois, elle a planté un panneau «ROMNEY-RYAN» dans son jardin, et quand Lynn lui a proposé de venir voir le candidat républicain, elle a tout de suite dit oui.

«Romney ne se présente pas très bien à la télévision, donc je voulais le voir en vrai, même si j’aurais voté pour lui de toute façon. Comme ça après, je pourrai en parler.»

Qu’elle en parle, c’est justement ce qu’espère la campagne républicaine. Bill Howell, le président de la Chambre des députés de l’Etat, qui débarque sur scène en assurant que les Républicains l'emporteront, précise en rigolant:

«Il suffit juste que chacun d’entre vous ramène 500 personnes et on est bons.»

En 2008, «on ne savait pas»

Les mêmes messages sont dans la bouche du public et des discoureurs: «c’est l’élection la plus importante qui soit», explique l’un d’entre eux. Quelques minutes plus tôt, Mel Fletcher, un retraité de Richmond pour qui cette campagne marque également les premiers meetings, disait mot pour mot la même chose, ajoutant:

«Si Obama est élu, dans quatre ans, on va être comme la France!»

C'est à dire?

«Le socialisme!»

C'est à dire?

«Le contrôle gouvernemental.»

S'en suit alors une attaque contre l'agence gouvernementale pour l'environnement (EPA), qui tue des emplois pour «une araignée» à protéger. Mel Fletcher m'offre le premier point Godwin de mon séjour aux Etats-Unis:

«Si l'Agence pour la protection environnementale avait existé pendant la Seconde Guerre mondiale, vous parleriez allemand aujourd'hui!»

L'idée étant qu'avec trop de régulations, «on ne peut rien faire». Et que s'il n'était pas à des meetings en 2008, c'est parce qu'il ne savait pas vraiment ce qu'Obama ferait. Lynn Purdy dresse le même constat:

«En 2008, je ne pensais pas que ça se dégraderait à ce point.»

Le t-shirt customisé de Catherine/ CD

Etudiante à l’Université de Mary Washington en Virginie, Catherine Fletcher, la fille de Mel, a 21 ans et huit stickers/pin's de la campagne sur son t-shirt rose Romney. Elle fête son premier vote présidentiel en enchaînant les meetings républicains. En 2008, encore lycéenne, elle était bénévole pour la campagne d’Obama:

«Je n’avais jamais eu de boulot, je n’avais pas d’impôts à payer, et puis qui ne veut pas de l’espoir et du changement?»

Mais quatre ans plus tard, alors qu’elle s’apprête à avoir son Bachelor (l’équivalent de la licence), Catherine s’inquiète:

«Je veux un vrai travail [...] L’Obamacare est dissuasif pour l’emploi, parce que personne ne sait vraiment ce que vont être les coûts supplémentaires pour les employeurs, mais on sait qu’il va y en avoir.»

Quelques minutes plus tard, Mitt Romney évoquera Bill’s Barbecue, une institution du coin qui va devoir fermer «à cause d’Obamacare».

Avant lui, les candidats au Congrès et le gouverneur ont évoqué les problèmes économiques spécifiques à la Virginie, comme l’industrie du charbon bloquée par l’Agence fédérale de l’environnement, ou des coupes dans le budget de la Défense qui coûteraient des milliers d’emplois et toucheraient plus particulièrement la Virginie, qui accueille entre autres le Pentagone et Quantico, siège de l'académie du FBI et base de Marines.

Le gouverneur de l’Etat, Bob McDonnell, finit son discours en rappelant que Barack Obama a dit: «Si je ne gagne pas la Virginie, je ne gagne pas les Etats-Unis».

«Vous l’aiderez à tenir cette promesse?», demande-t-il à la foule. Lynn, Deb, et Catherine ont beau crier que oui, le président-sortant reste légèrement en tête dans les sondages. Et il sera à son tour en Virginie avec Bill Clinton, ce samedi, pour tenter de conserver les 13 grands électeurs qu’il a arrachés aux Républicains en 2008.

Cécile Dehesdin

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Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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