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Qui sont les supporters français d'Obama et Romney?

Pauline Moullot, mis à jour le 05.11.2012 à 17 h 14

Un certain nombre de comités de soutien organisés par des Français ont fait leur apparition dans l'Hexagone à l’approche des élections américaines. Pourquoi s’engagent-ils?

Des chocolats à l'effigie de Barack Obama et Mitt Romney dans une confiserie parisienne. REUTERS/Christian Hartmann.

Des chocolats à l'effigie de Barack Obama et Mitt Romney dans une confiserie parisienne. REUTERS/Christian Hartmann.

En France, des personnalités ont officiellement affirmé leur soutien à Barack Obama (le Premier ministre Jean-Marc Ayrault en tête) ou à Mitt Romney (comme un groupe d'élus libéraux emmené par Charles Beigbeder). Mais des anonymes s'engagent eux aussi.

Ils sont en majorité étudiants et passionnés par les Etats-Unis alors, forcément, les élections de l’autre côté de l’Atlantique ne les laissent pas indifférents. Et ils s’engagent, à leur manière et selon leurs moyens, pour soutenir un des deux candidats principaux: Mitt Romney et Barack Obama.

Mais ils ne sont pas un peu félés ces Français, à vouloir influencer la politique américaine? Que cherchent-ils au juste à s’engager pour un pays qui n’est pas le leur?

Qu’ils soient pro-Républicains ou pro-Démocrates, ils l’assurent: ils ne sont pas citoyens américains et ne s’adressent pas aux Américains. Ils cherchent à faire connaitre un candidat. «De la même manière que nous ne faisons pas campagne auprès des Américains, nous n’avons pas à leur dire pour qui voter», souligne Pierre Toullec, étudiant en école de commerce âgé de 25 ans et président de Mitt Romney France. Samuel Solvit, président d’un comité de soutien à Obama en 2008, explique lui qu’il n’était pas affilié au parti démocrate en France, même si les deux groupes étaient en contact.

Pas de terrain, donc, pour soutenir les candidats. Ou presque pas. L’engagement se fait sur internet, par le biais de blogs et de Facebook. Parfois, les membres des comités ne se sont même jamais rencontrés dans la vraie vie.

Un attachement à une personne plus qu’à un parti

Wagihe El Halouat a une page facebook «likée» par plus de 200 personnes. Il l’a lancée en voyant le succès de sa page perso, où il ne poste que des articles et photos relatifs à Obama. Sur ses 1.500 amis, il déclare qu’il ne connaît vraiment que 300 d’entre eux. Les autres? Des fans d’Obama, comme lui.

Même système pour Pierre Toullec: ce supporter de Romney  a commencé à tenir un blog en 2006, quand le parti démocrate a remporté les élections de mi-mandat:

«J'étais en contact avec d’autres internautes, et on m’a demandé pourquoi je n’allais pas plus loin. Alors, en 2008, j’ai lancé un comité de soutien pour McCain.»

McCain il y a quatre ans, et aujourd’hui Mitt Romney. Pourtant, si les supporters français des candidats américains s’attachent à un parti, c’est d’abord à cause d’un personnage qui leur plaît plus que les autres.

Pierre Toullec avoue qu’il soutenait John McCain par défaut en 2008: «Pour contrer Barack Obama, le président le plus à gauche de l’histoire américaine. Je trouvais ça effrayant.» Cette année, il a eu un véritable coup de coeur pour Mitt Romney: «Je souhaitais qu’il gagne dès les primaires. Il a une expérience incroyable.»

Le jeune homme ne tarit pas d’éloges sur celui qui représente à ses yeux son idéal de liberté. Le mormonisme du candidat, par exemple, résonne avec son catholicisme breton:

«Aux Etats-Unis, la religion, c’est l’expression de la liberté. En France, c’est plutôt le contraire.»

Une question de liberté qui ne laisse pas non plus indifférents les supporters français de Ron Paul, le libertarien américain. Sauf que cette année, il s’est bien présenté aux primaires républicaines, mais a perdu.

Ses supporters ont donc transféré leur soutien sur Gary Johnson, le candidat libertarien officiel. Mais Benoit Malbranque, leur représentant (le groupe France for Ron Paul compte près de 2.000 fans sur Facebook), avoue que c’est un peu à contrecœur.

Faire connaître un candidat méconnu

Wagihe El Halouat, lui, se définit franchement comme un obamaniaque. Il passe une heure et demie par jour à scruter les médias américains pour poster les meilleures photos ou articles sur son mur Facebook.

«Un jour, je suis tombé sur une vidéo sur Internet où j’ai vu un sénateur de l’Illinois, inconnu, noir, qui posait des questions au général Petraeus sur l'Irak.» Fasciné, il a commencé à s’intéresser à Barack Obama. Et à partir des primaires républicaines, «je suis tombé dans la potion», explique-t-il, «sans verser dans l’aveuglement ou la religion».

Ces supporters partagent tous le même objectif: que ce soit Ron Paul, Mitt Romney ou Barack Obama, ils cherchent à faire connaître un candidat jusque là méconnu.

Alors, ils traduisent des articles, sous-titrent des vidéos et surtout en parlent autour d’eux, histoire de partager leur passion, et de présenter une vision différente de celle des médias français. Benoit Malbranque, par exemple, s’étonne que Ron Paul soit complètement inconnu en France.

Pierre Toullec juge lui que Romney est présenté comme un extrémiste. «Certes, par rapport à la France, il peut être considéré comme très à droite, mais utiliser le terme ultraconservateur pour le décrire montre une volonté de le diminuer», regrette-t-il. 

Une exagération qu’il pardonne à des journalistes qu'il considère comme peu informés:

«Les médias américains les plus connus en France sont très à gauche, comme le New York Times par exemple. Mais les journalistes français qui ne sont pas des spécialistes ne le savent pas forcément. Alors ils s’en servent comme sources sans savoir que c’est engagé.»

200 personnes aiment la page Mitt Romney France, dont le comité en lui-même ne compte que 29 personnes engagées pendant la campagne. Loin des 2.000 du non-candidat Ron Paul, encore plus loin des 80.000 à 90.000 de Barack Obama en 2008.

80.000 supporters qui ont disparu

Pour le président démocrate, le problème est un peu différent. En 2008, Samuel Solvit, alors étudiant en école de commerce, avait fondé un groupe de soutien à Barack Obama, transformé en association. Celle-ci comptait environ 10.000 membres (dont des soutiens de poids comme Pierre Bergé, Jack Lang ou encore le nouveau premier secrétaire du PS Harlem Désir), en faisant le groupe de soutien à Obama le plus important au monde en dehors des Etats-Unis, selon ses fondateurs.

Une page, un blog et une association introuvables aujourd’hui. Samuel Solvit explique tout simplement qu’il n’a pas pu continuer pour des raisons personnelles. L’action s’est terminée en 2008, une fois le président élu:

«Je m’étais engagé car je pensais que c’était important pour nous. Au delà de sa couleur, Barack Obama représentait un changement après huit ans de Bush, en politique étrangère par exemple. Même si un seul homme n’allait pas pouvoir réaliser quelque chose de révolutionnaire, c’était symbolique.»

Quand Barack Obama arrive au pouvoir, l’association continue d’exister, mais abandonne son action puisque faire connaître le candidat aux Français n’est plus nécessaire.

Son vice-président, Archippe Yepmou, continue aujourd'hui de soutenir le candidat, mais hors du cadre de l’association:

«Un soutien aussi organisé nous paraissait superflu aujourd’hui. On n’a plus à démontrer la capacité d’Obama à diriger un pays, à le faire connaître. A l’époque c’était incroyable, un président noir à la tête de la première puissance mondiale. »

Le symbole Barack Obama avait soulevé beaucoup d’espoir. Aujourd’hui, après quatre ans au pouvoir, que ce soit aux Etats-Unis ou en France, il ne suscite plus le même engouement.

La fin d’un symbole

Kamel Hamza, conseiller municipal UMP de La Courneuve (Seine Saint Denis) et président fondateur de l’association nationale des élus locaux pour la diversité (Aneld), avait aussi créé un comité de soutien à Barack Obama en Seine-Saint-Denis en 2008. Terminé aujourd’hui:

«On a peut-être été un peu naïfs, mais on a voulu y croire. On a cru que l’élection d’un Afro-Américain issu des minorités à la tête des Etats-Unis allait ouvrir la question de la diversité. C’est d’ailleurs suite à son élection que l’Aneld est née. Mais aujourd’hui, on réalise que pas grand chose n’a changé. Que ce soit Bush ou Obama, la question de la diversité culturelle aux Etats-Unis et en Europe n’a pas évolué.»

Aujourd’hui, que Barack Obama soit réélu ou non, il est indifférent aux élections américaines.

Pauline Moullot

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