Si vous regardez la série américaine Homeland (diffusée en France par Canal+), vous savez que son personnage politique principal est le vice-président des Etats-Unis, William Walden (Jamey Sheridan), passé par la direction de la CIA et qui ambitionne de succéder au président des Etats-Unis à la fin de son second mandat. Le vice-président fictif, donc, d'un président (dont le nom n'est jamais mentionné) que l'on suppose tout aussi fictif.
Sauf si l’on en croit le dernier épisode, «Broken Boy Soldier», diffusé dimanche 28 octobre aux Etats-Unis (promis, si vous ne l’avez pas vu, on ne va pas vous le spoiler): à un moment, un personnage regarde un exemplaire du quotidien USA Today, filmé en gros plan, et où on peut identifier en une Barack Obama et Mitt Romney, en pleine lutte pour la Maison Blanche. Ce qui ferait donc de Walden le vice-président d’Obama…
Ce détail a notamment été relevé par les critiques télé de Time et de CNN. Katie McLaughlin, de CNN, explique qu’il s’agit du numéro de USA Today du 9 juillet dernier (visible par exemple dans ce sujet de C-Span, la chaîne parlementaire américaine), qui titrait, au sujet des swing states: «Dans la campagne présidentielle, il y a deux Amérique. L’une voit un flot de clips de campagne, l’autre non.»
«Je suppose qu’il s’agit juste d’une erreur de production, mais elle soulève un problème qui me tracasse depuis que j’ai commencé à regarder la série: celle-ci met apparemment en scène une administration fictionnelle (Walden n’est pas Joe Biden) mais elle se passe aussi, de manière explicite, dans un monde où le 11-Septembre a eu lieu, de même que les attaques terroristes de Madrid en 2004, écrit de son côté le critique télé de Time James Poniewozik. Je n’ai pas entièrement tiré au clair la différence entre l’histoire réelle et fictionnelle dans la série, mais j’étais toujours parti du principe qu’elle se déroulait dans un "futur proche" fictionnel ou un futur légèrement alternatif.»
Beaucoup de séries politiques –pas toutes: dans la récente The Newsroom, Barack Obama est président et le héros échange des SMS avec Joe Biden– se situent en effet dans ce type de temporalité: dans Political Animals, diffusée l’été dernier aux Etats-Unis et située de nos jours, l’ancien président Bud Hammond déclare ainsi qu’il est «le démocrate le plus populaire depuis que Kennedy a vu son cerveau éclabousser la chaussée de Dallas». Et dans A la Maison Blanche, d’anciens présidents (mais aucun postérieur à Richard Nixon) étaient aussi mentionnés.
Le très beau générique de Homeland compile lui des images d’attaques terroristes réelles (le 11-Septembre ou l’attentat contre le destroyer USS Cole à Aden en 1998) et de discours de Reagan, Bush père et fils, Clinton ou même Obama, après la mort de Ben Laden.
Un événement qui est d’ailleurs cité dans la série, quand [SPOILER]
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Un personnage envoie un SMS simplement libellé «May 1» à un terroriste pour l’alerter d’une opération contre lui, comme si Ben Laden avait été tué quelques mois plus tôt sur ordre du président fictif de Homeland…
Volontaire ou non, «l’erreur» du dernier épisode ajoute une pointe d’ambiguïté supplémentaire à la série. Un de ses créateurs, Alex Gansa, a expliqué que Walden était inspiré des proches de Bush issu des rangs de la Défense et du renseignement (le vice-président Dick Cheney, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld), et donc plutôt républicain; mais un des thèmes majeurs de la série est l’utilisation de drones américains au Pakistan, intensifiée par l’administration actuelle.
Et si ce simple plan du dernier épisode nous disait que l’Amérique actuelle est celle d’Obama, mais n’a pas totalement rompu avec celle de Bush?
J.-M.P.
Dossiers : Barack Obama, Homeland, joe biden, Dick Cheney, Donald Rumsfeld, les séries dans la vraie vie
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Bonjour,
je pense que ce plan sur une coupure de journal est subalterne, une simple erreur qui dessert les intentions des auteurs. Comme vous le remarquez justement, les deux camps en prennent pour leur grade, le GOP pour la rhétorique guerrière obtue, les démocrates pour les drones. Dans la série, Walden incarne ces deux facettes.
La série évite soigneusement, scrupuleusement, de donner l'identité du président - et le parti politique de la clique en place - pour montrer que l'exécutif fonctionne de la même façon peu importe le camp au pouvoir. Ce qui importe, c'est la manière dont "ils" veulent utiliser Brody, comment "ils" appatent sa femme aux levers de fond, les coups de pression sur Estes pour obtenir ce qu'"ils" veulent, le sale boulot...