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Obama, la question de confiance

John Dickerson, mis à jour le 26.10.2012 à 7 h 08

Dans la dernière ligne droite de la campagne, le président sortant tente de faire passer un message aux électeurs: le sujet de l'élection n'est pas l'économie, mais la foi qu'ils peuvent accorder aux convictions de Romney.

Barack Obama en campagne à Delray (Floride), le 23 octobre 2012. REUTERS/Kevin Lamarque.

Barack Obama en campagne à Delray (Floride), le 23 octobre 2012. REUTERS/Kevin Lamarque.

Le président Obama a quitté le centre de la scène pour le court central. Au lendemain du troisième et dernier débat de la présidentielle, mardi, il a commencé sa journée sur un court de tennis en Floride, souriant à une foule d’admirateurs et de supporters tous prêts à lui montrer leur affection.

La veille, le président n’était que sérieux et concentration pour traiter des affaires du monde, mais pour ceux qui se trouvaient ce matin-là sur les gradins qui entouraient le court de tennis, il était en mode de campagne, plaisantin, ironique, et revenant sans cesse sur les dangers de la «Romnésie» —moins en situation de crise, plus comique de situation.

Sous un soleil qui jouait à cache-cache, le président a ainsi déclaré que Romney faisait pareil, en dissimulant ses véritables intentions. «Hier soir, on était dans une situation clinique désespérée, a-t-il déclaré, se moquant de l’état de son adversaire. Si vous n’êtes même plus capable de vous souvenir des propositions avancées sur votre site Internet, vous souffrez probablement de Romnésie. Si vous ne parvenez même pas à vous souvenir de ce que vous avez dit la semaine dernière, alors vous souffrez sans doute de Romnésie.»

«Avoir confiance en ce qu’il ou elle dit ou veut»

Obama ne se contente pas de revisiter le petit succès comique qu’il a pour la première fois obtenu vendredi dernier, il tente d’expliquer précisément pourquoi cette déficience fait de Romney un homme incapable d’assurer la fonction de président:

«C’est une question de confiance, il n’y a pas de question plus importante dans une campagne électorale que celle de la confiance. La personne chargée de diriger ce pays, vous devez pouvoir avoir confiance en ce qu’il ou elle dit ou veut. Ce qu’il ou elle pense faire. Vous voulez avoir affaire à quelqu’un qui vous regarde dans les yeux et vous dit: "Voilà mes valeurs. Voilà pourquoi je vais me battre. Voilà ce qui compte pour moi. Voilà de qui je me soucierai lors des débats à Washington."»

Le message est clair: si quelque chose vous plaît dans le programme de Romney, vous n’êtes pas sûr qu’il l’appliquera vraiment. Mais Obama tente aussi de redéfinir le cadre de la campagne. On ne parle plus d’affaires étrangères ou d’économie. On parle de confiance.

Mais ce changement d’orientation n’est pas sans risque. Si on ne peut pas croire Romney, alors pourquoi les électeurs devraient-ils faire davantage attention à ses proposition plus conservatrices qu’à ses propositions qui le sont moins? N’est il pas possible qu’au contraire, ce candidat qui se donne une apparence de modéré, et qui sait mettre de l’eau dans son vin lors des débats, fasse un bon président car il est pragmatique?

Non, disent les stratèges de campagne d’Obama, il est fondamentalement conservateur: tout ce que l’on ne peut pas croire, dans son discours, c’est tout ce qui vise à tenter de faire croire qu’il ne l’est pas tant que ça. «Il sait bien qu’il ne peut pas vraiment nous dire ce en quoi il croit, a ainsi déclaré Obama à Dayton, dans l’Ohio, un peu plus tard dans la journée de mardi. Alors il fait tout ce qu’il peut pour dissimuler ses véritables positions.»

Une brochure en 3 millions d'exemplaires

Le président a délivré un nouveau diagnostic de son adversaire et une nouvelle brochure, en papier glacé, qui va être envoyé à trois millions d’électeurs des swing states et qui détaille son plan pour le prochain mandat. Obama y est présenté, sur des photos, en tenue décontractée, allant à la rencontre de femmes, d’enfants, de personnes âgées et de personnes du monde du travail —une jeune femme d’affaires et des gens en tenue de laboratoire.

Le gouverneur Romney a déclaré que le président n’avait pas d’idées pour le futur et certains alliés d’Obama n’hésitent pas à lui faire ce même reproche. Cette brochure vise à corriger cette impression. La veille au soir, Obama avait également tenté, à plusieurs reprises, de s’extraire du débats sur les questions internationales pour marteler quelques idées fortes sur son programme intérieur.

Un programme qui n’a rien de mystérieux. Obama en fait la promotion depuis plus d’un an: investissements dans l’industrie, l’éducation, les infrastructures, la production d’énergie et mille milliards de dollars affectés à la réduction de la dette. Soit les Américains n’ont pas écouté, soit ils ne trouvent pas ce programme particulièrement alléchant.

Mais il y a une autre possibilité. Chercher le programme d’Obama, c’est un peu comme passer son temps à ouvrir la porte du frigo, en regardant ce qu’il y a dedans pendant une minute avant de le refermer en étant toujours aussi affamé. Parfois, il faut qu’une autre personne vous accompagne pour vous montrer qu’il y a vraiment des choses à manger; vous ne les avez tout simplement pas vues.

Les baisses d'impôts ne sont pas une idée neuve

Les Républicains ont immédiatement dénoncé ce document en disant qu’il ne contenait que du réchauffé. C’est vrai, mais est-ce que cela ne contredit pas cet argument selon lequel Obama n’aurait pas de plan? «Réchauffé», voilà un adjectif qui se veut disqualifiant, mais si les vieilles idées sont de mauvaises idées, alors que penser de la réduction de 20% du taux d’imposition proposée par Romney?

Les réductions des taux d’imposition ne sont pas vraiment une idée neuve. Cette proposition plaît d’ailleurs beaucoup aux Républicains car elle a des airs reaganiens. Quand le président dit que Romney ne doit pas s’inquiéter de sa Romnésie parce que l’Obamacare couvre même les affections déclarées avant sa mise en place, la foule est en transe, une transe qui n’est pas sans rappeler celle qui secouait les meetings d’Obama en 2008.

En Floride, Obama a quitté la scène en un éclair. Il avait obtenu son effet. Dans la dernière ligne droite de la campagne, il va très certainement tenir la dragée haute à son adversaire en terme d’énergie déployée lors des divers meetings et rencontres avec les citoyens. Romney peut attirer du monde et il en attire de plus en plus depuis le débat de Denver, mais il n’est pas aussi doué pour assurer le spectacle qu’Obama.

A Delray, certaines personnes avaient fait la queue pendant près de six heures et, à en juger par les applaudissements constants et soutenus qui saluaient chacune de ses sorties, elle savaient manifestement l’impression que le jeu en valait la chandelle. «Je crois en vous, leur a dit le président, et j’ai besoin que vous croyiez en moi.» 

John Dickerson

Traduit par Antoine Bourguilleau

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