Monde / Politique

Connaissez-vous les White Trash?

Temps de lecture : 2 min

Capture d'écran du site de Sylvie Laurent consacré à son ouvrage «Poor White Trash, La pauvreté odieuse du Blanc américain»
Capture d'écran du site de Sylvie Laurent consacré à son ouvrage «Poor White Trash, La pauvreté odieuse du Blanc américain»

Le white trash (la «raclure blanche») est une figure de l’imaginaire américain au croisement entre les questions de race et de classe, et une figure fondamentale pour penser les Etats-Unis, à laquelle l’américaniste Sylvie Laurent a consacré un ouvrage, rapporte le site Non Fiction, qui s’est entretenu avec elle.

«Les Etats-Unis sont un pays qui s’est toujours interrogé sur son identité. Qu’est-ce que ça veut dire être Américain? Comment peut-on être grassroot, native ("authentique") alors qu’on est un pays qui s’est fondé avec les immigrés? Cette quête est d’autant plus obsédante que les blancs ont exterminé les Amérindiens: la question raciale a donc toujours été liée à la question de l’identité nationale» explique Sylvie Laurent à Non Fiction:

«Au XIXe siècle, en Europe, l’analyse marxiste prévaut: la race est considérée comme une ruse utilisée par le patronat pour diviser les classes laborieuses. Aux Etats-Unis, c’est l’inverse. La stratégie a été de dire qu’il n’y avait que des blancs ou des noirs. Et ceux qui se trouvent au milieu, on les renvoie aux minorités. On parle du poor white trash comme s’il était de couleur: finalement s’ils sont si pauvres, et si visiblement pauvres, c’est qu’ils sont un peu basanés.»

Cette problématique du white trash est encore présente dans la campagne actuelle, selon Sylvie Laurent. La chercheuse voit dans les remarques de Romney –qui blâme les «gens qui ne payent pas l’impôt sur le revenu» et qui «dépendent du gouvernement»– un «discours de stigmatisation» du même ordre. Le vote des White Trash en faveur de Romney interroge beaucoup. «La question est, résumait Tressie McMillan Cottom, doctorante et blogueuse, en septembre dernier: les classes sociales défavorisées détestent-elles Obama plus qu'elles ne détestent être traitées de poor white trash par un type riche?»

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«Les pauvres sont responsables du fait qu’ils ne réussissent pas», souligne Sylvie Laurent à propos du discours de Romney. «"Ils ne se sentent pas prêts à se prendre en main – take responsibility for their life", dit Mitt Romney. Là, il ne parle pas seulement des blancs; mais c’est toujours le même discours de haine sociale.»

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