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USA 2012: qu’est-ce que les candidats écrivent pendant les débats?

Forrest Wickman, mis à jour le 23.10.2012 à 10 h 16

L'un parle et l'autre est la tête baissée, derrière son pupitre, le plus souvent à prendre des notes. La pratique, très répandue, est extrêmement réglementée durant les débats télévisés.

Barack Obama et Mitt Romney lors du premier débat, le 3 octobre 2012. REUTERS/Jim Bourg

Barack Obama et Mitt Romney lors du premier débat, le 3 octobre 2012. REUTERS/Jim Bourg

Le 16 octobre, le président Obama et l’ancien gouverneur Mitt Romney se sont affrontés lors d’un débat capital à l’université Hofstra de New York. Lors du premier débat, on avait critiqué Obama pour le temps qu’il avait passé à lire ou prendre des notes, plutôt qu’à regarder son opposant. Mais qu’est-ce que les candidats écrivent, au juste?

Les arguments de leur adversaire, leurs propres réponses, n’importe quoi plutôt que regarder l’autre.

La prise de notes est très utile aux candidats, qui pour beaucoup ont pris le pli en fac de droit, notamment pour structurer leur réponse. Cependant, les candidats se tournent aussi beaucoup vers leurs notes pour avoir quelque chose à regarder pendant que leur adversaire les attaque.

On a déjà vu le président Obama recourir à cette tactique, notamment lors d’un débat avec Hillary Clinton, lors duquel il fut décrit «bouche serrée et prenant des notes pour éviter son regard». Au cours de cette campagne, John McCain était réputé recourir à cette même méthode pour déguiser sa colère.

Des règles de plus en plus précises

La prise de note est un sujet de discorde depuis le début des débats présidentiels, en 1960. Après leur troisième apparition ensemble, Richard Nixon a accusé John F. Kennedy de ne pas respecter les règles en lisant des notes préparées à l’avance. Kennedy a nié avoir enfreint quelque règle que ce soit. ABC, qui diffusait le débat, a refusé de départager les deux camps. Nixon avait insisté: «Je ne suis absolument pas en colère», mais selon le New York Times, «son visage était figé, ses lèvres crispées et le ton de sa voix montait tandis qu’il continuait de parler de la question des notes». Il finit par proclamer à nouveau qu’il «ne se plaignait pas… Mais avant le prochain débat, [il allait] falloir qu’on se mette d’accord sur les règles».

Les règles concernant la prise de notes sont devenues de plus en plus détaillées.Lors du duel Ronald Reagan-Walter Mondale en 1984, le règlement du débat disposait donc: «Pas de notes, pas de prompteur au cours du débat», indiquant «qu’il est toutefois autorisé, au cours du débat, de prendre des notes».

Lors des débats pour l’élection suivante, entre George H.W. Bush et Michael Dukakis, les règles indiquaient que chacun des candidats pouvait gribouiller «sur le papier de leur choix en termes de taille de couleur et de type». Règles qui furent un peu durcies en 1996, année où Bob Dole et Bill Clinton furent tous deux obligés par contrat de remettre au préalable à la commission des débats le papier, les crayons et les stylos qu’ils avaient choisi. Le personnel de la commission était seul habilité à disposer papier et ustensiles sur le pupitre de chacun des candidats. Le débat public de cette année à l’université de San Diego fut menacé d’annulation à la dernière minute, quand le camp Dole demanda que les candidats se postent derrière leurs pupitre afin que Dole puisse encore organiser ses pensées sur papier. Son équipe avait cité les blessures de guerre du candidat, qui l’avaient laissé paralysé d’un bras, mais le camp Clinton insista sur le fait «qu’aucun changement significatif n’était acceptable».

Les règles du débat de cette année, obtenues et divulguées par le magazine Time, sont plus détaillées que jamais sur la question des notes. Au terme du paragraphe 5c, l’accord stipule:

«Aucun accessoire, note, tableau, diagramme ni aucun écrit ou objet tangible ne pourra être introduit dans le débat par l’un ou l’autre des candidats, ni aucun appareil électronique portable.»

Il spécifie ensuite:

«Avant le démarrage du débat, la Commission vérifiera si besoin que les candidats se sont bien conformés aux exigences mentionnées à ce paragraphe.»

La pénalité encourue pour toute infraction est simple: «Au cas où un candidat se servirait d’un accessoire, de notes, ou de tout autre écrit ou objet au cours d’un des débats, le modérateur devra interrompre le débat» pour expliquer la situation.

Le petit mot de Betty Ford

Néanmoins, tant qu’il n’écrit pas dessus à l’avance, chaque candidat est libre de choisir «le papier vierge du type, de la couleur et de la taille de son choix», ainsi que «le type de crayon ou de stylo qu’il préfère».

Pourtant, pour exhaustives qu’elles soient, les règles n’empêchent pas toujours les controverses. En 1976, avant le dernier débat présidentiel à Williamsburg, en Virginie, la Première dame Betty Ford est montée dans l’après-midi sur le podium lors d’un filage technique, pour griffonner un petit mot illicite à l’adresse de Jimmy Carter.

«Cher Monsieur Carter, je vous souhaite tout le meilleur pour ce soir. Je suis sûre que le meilleur va gagner. J’ai néanmoins un favori –mon mari. Bonne chance, Betty Ford

Lors du débat de 1992 entre les candidats à la vice-présidence, les assistants de Dan Quayle ont tenté d’obtenir pour lui l’autorisation de lire des extraits du livre d’Al Gore, Earth in the Balance. Les représentants de Gore ont dit d’accord, à condition que leur poulain puisse apporter une pomme de terre. (Quayle avait de façon très remarquée fait une faute en épelant le mot potato au cours de cette même année). La question fut rapidement réglée.

Certains blogueurs penchant à gauche accusent Romney d’avoir utilisé une antisèche lors du premier débat avec Obama –rappelant Sarah Palin en 2010– mais un examen attentif de la vidéo a démontré que le petit objet de couleur blanche n’était qu’un mouchoir.

La semaine dernière encore, le représentant de l’Iowa Steve King s’est fait prendre avec des notes écrites dans sa main lors d’un débat au congrès, mais King maintient qu’il s’agissait d’un pense-bête de sa femme lui rappelant de sourire.

Obama n’est pas le premier candidat à se voir reprocher de trop regarder ses notes. Après le débat des vice-présidents de 1984, on avait critiqué Geraldine Ferraro pour avoir essentiellement regardé non pas la caméra ou son adversaire, mais son bloc-notes, donnant l’impression qu’elle était intimidée par George H.W. Bush. Le même débat, en 2004, fut remarqué par l’intensité de la prise de note, le vice-président Dick Cheney et le sénateur John Edwards «gribouillant furieusement sur leurs blocs, échangeant quelques coups d’œil avant de détourner le regard». Alessandra Stanley du New York Times les avait décrits comme «deux inconnus endossant des chèques à la banque».

Les candidats conservent généralement leurs notes, mais après le débat des vice-présidents de la semaine dernière, un gros plan des notes de Joe Biden a circulé sur l’Internet. Ses gribouillages consistaient en une liste de points, parmi lesquels «peuple égyptien» et «pas d’excuses».

Forrest Wickman

Traduit par David Korn

L’explication remercie Alan Schroeder, auteur de Presidential Debates: Fifty Years of High-Risk TV   

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