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Vive les classeurs pleins de femmes de Mitt Romney!

DoubleX, mis à jour le 18.10.2012 à 14 h 43

Les commentateurs étaient tellement pressés de discréditer les propos du Républicain qu'ils n'ont pas vu que son initiative était plus féministe qu'autre chose.

Pendant un meeting pour la primaire républicaine de 2008 en Floride, le 21 janvier 2008. REUTERS/Mike Segar

Pendant un meeting pour la primaire républicaine de 2008 en Floride, le 21 janvier 2008. REUTERS/Mike Segar

J’ai été stupéfaite de voir Mitt Romney prononcer les mots «classeurs pleins de femmes» au débat de mardi soir, puis de les voir se transformer en un mème sur Internet en seulement quelques minutes. Et j’ai été déçue de voir une importante discussion sur le recrutement et la promotion de femmes dans le monde du travail ajournée en faveur de photoshops absurdes de la chanteuse Carly Rae Jepsen dans des classeurs.

Je suis d’accord pour dire que les positions de Romney sur la sécurité sociale, la contraception, et la Lilly Ledbetter Fair Pay Act [loi sur l’égalité des salaires hommes-femmes, NDT] ne vont en rien aider les femmes qui travaillent en Amérique. Mais des classeurs remplis d’information sur des candidates haut de gamme? Ça, ça me plaît.

On a détourné les propos de Romney

Les commentateurs ont été tellement pressés de discréditer les propos de Romney qu’ils ont détourné bizarrement ce qu’il essayait de dire –que quand des femmes ne candidatent pas à des boulots, les employeurs devraient les trouver et les employer en gros la moitié du temps– pour en faire quelque chose d’antiféministe.

Comme ça lui arrive régulièrement, Romney a exagéré sa position. Il a affirmé que quand ses conseillers ne lui ont présenté que peu de candidatures féminines pour son cabinet de gouverneur, il a demandé à des organisations féministes de proposer des femmes qualifiées, qu’il a ensuite engagées.

David S. Bernstein, le journaliste politique du Boston Phoenix, répond que le groupe féministe bipartisan MassGAP avait mis au point ces classeurs de candidates avant que Romney soit élu gouverneur, et qu’il lui a présenté ces dossiers sans que le gouverneur le lui demande.

Il reste qu’il est facile pour des gouverneurs de jeter à la poubelle des classeurs apportés par des groupes féministes. Je suis davantage intéressée par ce que Romney a fait avec ces candidates: Bernstein rapporte qu’il a «nommé 14 femmes parmi ses 33 hauts responsables», ce qui est «raisonnablement impressionnant», admet-il.

Le lieutenant-gouverneur de Romney et son chef de cabinet au Massachusets étaient toutes les deux des femmes, ce qui met Romney bien au-dessus de la moyenne nationale en matière d’embauche féminine. Des classeurs pleins de femmes mènent à des cabinets pleins de femmes.

Un problème systémique

Incroyablement, Romney est maintenant critiqué pour l’idée qu’atteindre la parité en nominations politiques demande des efforts. Bernstein écrit:

«Dans l’histoire de Romney telle qu’il la raconte, cet homme qui a dirigé des entreprises, servi de consultant pendant 25 ans ne connaissait aucune femme qualifiée, ni ne savait ou trouver de femmes qualifiées. Qu’est-ce que ça nous dit?»

Bernstein essaye de dire que c’est un problème lié à Mitt Romney, mais c’est un problème systémique.

Ce faux texto d’Hillary (autre mème), imaginé comme réaction au commentaire sur les classeurs, sous-entend que l’existence d’une secrétaire d’Etat femme veut dire que le bilan de Barack Obama sur la promotion des femmes est plus impressionnant que celui de Romney, mais ce n’est pas le cas.

Seulement un tiers de ses hauts responsables sont des femmes. Surprise: les hommes qui dirigent ce pays, la plupart de ses Etats et la majorité de ses postes d’élus au Congrès ont principalement des réseaux masculins. Chercher une aide extérieure pour faire en sorte que votre staff soit diversifié ne fait pas de vous un monstre sans amies femmes. En fait, ça fait de vous une sorte de féministe.

Le club des garçons est fermement établi dans la politique américaine, et les décisions politiques dont a parlé Obama pendant le débat ne rectifieront le problème que jusqu’à un certain point. Les femmes souffrent d’une inégalité salariale, mais en ce qui concerne les postes politiques, l’autopromotion est leur plus grande barrière.

Les femmes s'auto-censurent

La directrice du Women & Politics Institute, Jennifer Lawless, a constaté la présence d’une sérieuse divergence dans la façon dont des hommes et des femmes également qualifiés dans des secteurs qui mènent à la politique –le droit, la finance, les cabinets politiques– évaluent leur propre viabilité en tant que candidats. Les hommes ont beaucoup plus tendance à se considérer qualifiés pour se présenter à une élection que les femmes. Pire, 60% des hommes qui ne se voient pas comme qualifiés disent qu’il est probable qu’ils se présenteraient quand même. On a besoin de demander encore et encore aux femmes de se présenter pour qu’elles se mettent à l’envisager.

Quand Jennifer Lawless parle avec ces femmes réticentes, elle se rend compte qu’elles ont trois justifications principales pour ne pas vouloir se lancer: les responsabilités familiales, un manque de confiance en elles, et un manque d’encouragement de leur hiérarchie. Les classeurs de Mitt Romney peuvent aider à résoudre deux de ces problèmes.

J’espère que le mème «classeurs pleins de femmes» s’éteindra vite. Ça me rend mal à l’aise d’être d’accord avec Paul Ryan sur les politiques féministes pendant trop longtemps. Et je ne crois pas que Mitt Romney soit un exemple pour la promotion des femmes: on a des preuves qu’il n’a pas respecté son engagement pour des embauches équitables tout le long de son mandat. Mais j’ai quand même trouvé très fort de voir l’homme politique et le businessman républicain le plus en vue du pays annoncer devant des millions d’Américains que piper les dés avec des candidates n’est pas en contradiction avec l’élan capitaliste.

Des politiques comme celle d’Obama aident à mettre les employées sur un pied d’égalité dans tous les secteurs, mais diversifier les réseaux en politique et dans le privé va également demander de sérieux efforts de la part des patrons. Trouver des candidats divers et qualifiés demande du travail, qui vaut la peine d’être entrepris à tous les niveaux. Notre prochain président sera en charge de la nomination des gens les plus importants au monde. J’aimerais que davantage de ces personnes soient des femmes.

Amanda Hess

Traduit par Cécile Dehesdin

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