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Obama-Romney: la guéguerre des candidats

John Dickerson, mis à jour le 30.10.2013 à 16 h 28

Obama a remporté la bagarre de mardi. Mais Romney est loin d’être mort.

Mitt Romney et Barack Obama, le 16 octobre 2012. REUTERS/Mike Segar

Mitt Romney et Barack Obama, le 16 octobre 2012. REUTERS/Mike Segar

Sur le sceau des Etats-Unis, l’Aigle tourne la tête vers sa serre droite, qui tient un rameau d’olivier et se détourne de celle de gauche, qui serre treize flèches. Le symbole est clair et suggère une préférence pour la paix.

L’aigle qui plainait au-dessus des deux candidats lors du second débat de la présidentielle était du même genre, à une exception près: sa tête était tournée du côté des flèches.

Voilà un symbole qui résume à merveille le concours de tir aux pigeons auquel se sont adonnés le président Barack Obama et le gouverneur Mitt Romney. L’heure était aux piques, aux interruptions, aux charges et aux contre-charges.

«Il n’y a pas grand-chose dans ce que vient de dire le président qui soit vrai», a dit Romney. «C’est faux, monsieur le gouverneur», a dit Obama. «Pas vrai. Ce n’est pas vrai.»

Au cours d’un échange, Romney a dit au président, devant un auditoire suffoqué:

«Vous pourrez vous exprimer. Pour l’instant c’est moi qui parle.»

A un autre moment, les deux hommes se sont rapprochés l’un de l’autre et avaient l’air si courroucés que je me suis demandé si Candy Crowley, chargée d’arbitrer le débat, n’allait pas leur demander de sortir pour régler ça dehors.

Obama, d'une courte tête

Il n’est sans doute pas mauvais que les électeurs indécis aient oublié la question fondamentale qui poussait ces deux grands garçons à se disputer de la sorte –était-ce à propos de la cuisson de la viande du dernier barbecue ou d’un match de football américain?

Ce débat était le seul des trois dans ce format, où le public pose des questions aux candidats (comme lors des meetings qui se tiennent dans les mairies, d’où son surnom de Town Hall debate).

Si les candidats donnaient parfois l’impression de parler sans se soucier de l’électorat, on a également eu le sentiment qu’ils parlaient sans se soucier des questions de la salle. Les deux candidats ont soigneusement évité de répondre aux questions concernant le prix de l’essence à la pompe. Romney a continué de faire montre de son aversion pour le détail en refusant de préciser son nouveau plan d’imposition et le président ne s’est pas montré très convaincant en répondant à un électeur qui lui demandait ce qu’il comptait faire pour obtenir son vote.  

S’il fallait désigner un vainqueur (et j’y suis obligé par contrat), il s’agirait du président –d’une courte tête. Il a bien défendu sa politique, a contraint Romney à la défensive et a donné aux Démocrates de nombreuses occasions de se réjouir.

Il a sans doute enrayé sa chute dans les sondages. Il ressemble à quelqu’un prêt à se battre pour la classe moyenne.

Au cours du premier débat, il ressemblait à quelqu’un qui était plutôt prêt l’enjamber pour partir en vacances. Au cours de ce second round, la remarque finale d’Obama sur les 47% du vote populaire que Romney a montré du doigt, comme on l’a vu sur cette vidéo récemment rendue publique, a sans doute été une de ses meilleures répliques dans un débat national. Quand on finit en force, c’est qu’on est généralement en bonne position.

«Vous savez ce qui vous attend»

Mais Mitt Romney a démontré que sa performance lors du premier débat n’était pas due au hasard. Il a fait de son mieux et a constamment proposé une alternative rassurante face à un Obama en convalescence.

«Je peux vous dire que si vous réélisez le président Obama, vous savez déjà ce qui vous attend, a-t-il déclaré, vous aurez droit à une répétition des quatre dernières années. Et nous ne pouvons pas nous permettre de supporter quatre nouvelles années identiques aux quatre dernières.»

Les deux candidats ont eu de mauvaises passes: le président Obama a tenté de réinventer sa réaction initiale à l’affaire de Libye devant des millions de personnes, et Romney a tenté de nous raconter une histoire sur les femmes au sein de son cabinet qui sonnait faux et qui, si ça se trouve, l’est.

Dans une enquête effectuée après le débat par CBS auprès d’électeurs indécis, le groupe sondé se répartit presque en trois grand groupes, avec Obama donné vainqueur par 37% contre 30% pour Romney, 33% des personnes interrogées considérant qu’il s’agit d’un match nul.

Trois personnes interrogées contre une considèrent que Romney serait économiquement plus performant, mais le président l’emporte largement sur la question de savoir lequel des deux candidats se soucie le plus de la classe moyenne.

Un autre sondage, effectué auprès de «ménagères de moins de 50 ans» (on dit des «Wall Mart Moms» aux Etats-Unis, NdT) donne l’ascendant au président, mais pas de beaucoup.

Un sondage de CNN donne au président une victoire avec 7% d’écart. La course, qui semblait jusqu’alors serrée –ou du moins très rapprochée– est sans doute encore plus serrée qu’auparavant (avec un double nœud?). Comme si les évènements de la campagne de ces derniers mois n’avaient jamais eu lieu.

Les mensonges de Romney

La semaine dernière, au cours d’une conversation avec un des principaux lieutenants d’Obama, je lui ai demandé ce que son candidat pourrait dire dans le deuxième débat qu’il n’avait pas dit dans le premier. «Délocalisations, offshore et voitures», m’a-t-il répondu, faisant référence aux investissements de Bain Capital dans des entreprises qui délocalisent des emplois américains, aux comptes offshore de Romney et à son refus de soutenir le plan de sauvetage de l’industrie automobile.

Le président a en effet abordé ces thèmes au cours des 15 premières minutes du débat. Il a également associé Romney au Congrès républicain, très impopulaire. Il pensait au Midwest quand il a évoqué son plan de relance des emplois industriels et le débat sur le plan de sauvetage de l’automobile a clairement mis Romney en difficulté.

Chaque candidat a accusé son adversaire de ne pas dire la vérité et chacun nous en a donné de parfaits exemples.

Romney a raconté un mensonge sur le passé et Obama en a énoncé un autre sur le présent.

Au cours d’un échange particulièrement musclé sur l’égalité des salaires hommes-femmes Romney a évoqué les débuts de sa carrière au sein de l’administration du Massachusetts.

«Quand j’ai voulu constituer mon cabinet, je me suis rendu compte que toutes les candidatures que l’on me proposait étaient des candidatures d’hommes», a déclaré Romney. «Alors je suis allé voir mes conseillers et je leur ai demandé comment il se faisait que tous les candidats étaient des hommes. Ils m’ont répondu que ces personnes étaient les plus qualifiées pour ce travail.» Romney a ensuite raconté qu’étant parti à la recherche de candidates qualifiées, il a pris contact avec plusieurs groupes de femmes et leur a demandé si elles pouvaient l’aider à trouver des personnes qualifiées et que ces femmes lui ont fourni «des classeurs plein de femmes».

Pour commencer, sa réponse paraît bizarre. Romney semble ne pas prendre vraiment la mesure des inégalités dans le monde du travail. L’idée qu’il faille secouer le cocotier pour en faire tomber des planquées de femmes semble d’un autre âge.

Mais le principal problème, pour un candidat qui n’a de cesse d’avancer son honnêteté comme un de ses principaux atouts est que cette histoire est peut-être fausse. Le Boston Phoenix s’est en effet adonné à un exercice de fact-checking sur cette histoire et affirme que ces femmes ont été présentées à Romney dès son investiture. Il n’a apparemment fait aucune demande en ce sens, contrairement à ce qu’il affirme. Malgré cela, en tant que gouverneur, Romney a en effet employé de nombreuses femmes au sein de son administration.

On a demandé à Romney comment il comptait financer sa réforme des impôts et sa réponse n’a pas été meilleure que celle qu’il offre depuis des mois. Il n’a pas désigné une seule des niches fiscales qu’il compte fermer et s’est contenter d’évoquer, pour tout détail, un plafond d’exemption ne dépassant par 25.000 dollars.

Voilà une explication bien insuffisante pour expliquer comment il compte financer une baisse de l’impôt à hauteur de 5.000 milliards de dollars.

«Le gouverneur Romney a été un grand investisseur», a répondu le président. «Si quelqu’un était venu vous voir, monsieur le gouverneur, et vous avait dit “j’ai pour projet de dépenser sept ou huit mille milliards de dollars, et va falloir financer ce projet, mais je ne pourrais sans doute pas vous dire comment je compte faire avant l’élection”, vous n’auriez pas accepté son offre, et le peuple américain ne l’acceptera pas davantage, tout simplement parce que cela ne tient pas debout.»

Les mensonges du président se sont quant à eux étalés au cours du débat sur l’affaire de Libye.

Les mensonges d'Obama

Il ne se passe presque pas un jour sans que l’administration Obama ne change son récit, tant sur ce qui s’est passé, que sur qui savait quoi, et qui est responsable.

Voilà un sujet particulièrement périlleux pour le président. Il a effectivement pris le taureau par les cornes en affirmant qu’il portait toute la responsabilité de cette affaire et qu’il mettrait tout en ouvre pour savoir qui a tué les quatre citoyens américains, dont l’ambassadeur.

Il a reproché à Romney d’utiliser ce sujet à des fins politiques et a pris manifestement ombrage de la remarque qui lui a été faite à propos de l’utilisation politique de cette affaire par sa propre administration. Il a alors agit en bon politique... si «agir politiquement» signifie «affirmer une contre-vérité pour sauver sa place».

Obama a en effet déclaré:

«Le lendemain de l’attaque, monsieur le gouverneur, je me suis adressé au peuple américain... et je lui ai dit qu’il s’agissait d’un acte de terrorisme.»

Obama tentait alors de suggérer qu’il avait présenté cette attaque comme une attaque terroriste bien avant que son administration ne le fasse. Susan Rice, ambassadrice américaine aux Nations unies avait, les Américains s’en souviennent, refusé de la qualifier comme telle dans l’émission Face of the Nation. Le président a tenté, mardi soir, de remettre les pendules à l’heure.

Mais dans le discours dont il fait mention, il n’utilise pas cette phrase, mais un cliché plus général. Et la phrase à laquelle il fait référence n’évoque pas l’attaque de Benghazi en particulier, mais n’est qu’une platitude sur les actes terroristes en général. Par ailleurs, elle est noyée au milieu du dixième paragraphe de son discours.

Voilà pourquoi aucun des articles de l’époque ne fait mention du fait que le président a qualifié cette attaque de terroriste. Quand Romney lui demande de s’expliquer sur ce point, le président refuse de répondre. «Je vous écoute, monsieur le gouverneur», lui dit-il, comme s’il endossait un temps le rôle du modérateur en délaissant celui de la personne interpellée. L’équivalent verbal de l’enfant qui couvre ses yeux de ses mains et dit que plus personne ne le voit.

Au final, une image du débat le résume à merveille –celle où les deux candidats se pointent du doigt tout en parlant.

Le prochain débat aura lieu dans moins d’une semaine. Il portera sur la sécurité nationale et sur la politique étrangère. L’aigle sera toujours là. Mais dans ce dernier débat, les questions de guerre et de paix seront au cœur des discussions, au lieu d’en prendre la forme.

John Dickerson

Traduit par Antoine Bourguilleau

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