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Mitt Romney: le candidat maladroit

Fred Kaplan, mis à jour le 17.10.2012 à 14 h 11

Nous avons une nouvelle loi d'airain: en matière de politique étrangère, Romney perd toujours pied.

Pendant le débat du 16 octobre 2012. REUTERS/Rick Wilking

Pendant le débat du 16 octobre 2012. REUTERS/Rick Wilking

Pendant les quelques minutes dédiées à la politique étrangère, durant le deuxième débat présidentiel de mardi soir, le Gouverneur Mitt Romney a non seulement commis un impair, mais il a donné un coup de pouce inespéré au Président Barack Obama.

La chose est arrivée avec une question sur l'attaque du mois dernier contre le consulat américain à Benghazi, en Libye, qui s'est soldée par la mort de quatre Américains, dont l'ambassadeur. L'administration Obama a-t-elle refusé les demandes de l'ambassade concernant des renforts de sécurité et, si oui, qui en est responsable?

Mitt le compréhensif

La première réponse d'Obama a été évasive. Il a déclaré qu'immédiatement après l’attaque, il a ordonné à son équipe de sécurité nationale de renforcer la protection de toutes les ambassades de la région, d'enquêter sur l'origine de l'attaque et de pourchasser les assassins. Il a aussi endossé l'ultime responsabilité de l'événement, en affirmant que tout le monde avait travaillé sous ses ordres.

Mais au lieu de se précipiter sur les lacunes de cette réponse, Romney a préféré se montrer compréhensif: «Ces choses effroyables arrivent de temps en temps», a-t-il reconnu. Il a fallu attendre plusieurs jours avant que la Maison Blanche nous dise si l'événement avait été une attaque programmée, ou la conséquence d'émeutes, mais, a-t-il poursuivi, il s'agit peut-être davantage d'un malentendu que d'un mensonge.

En ayant choisi une telle rhétorique et en montrant qu'il comprend comment le monde tourne et que, oui, parfois, le renseignement peut être imparfait au lendemain d'une crise internationale, Romney aurait pu parfaire sa botte et s'en prendre, globalement, à la politique d'Obama au Moyen-Orient. Mais au lieu de cela, sa tactique offensive s'est révélée complètement ratée. 

Il a laissé un boulevard à Obama

«Le plus troublant», a déclaré Romney, c'est qu'au lendemain de l'attaque, «le président s'est envolé pour Las Vegas afin de collecter des fonds pour sa campagne», avant de réitérer la chose au Colorado, alors qu'il aurait dû s'occuper de cette crise.

A ce moment, on avait quasiment l'impression d'entendre le clairon de la victoire, vu le boulevard qu'il restait maintenant au président pour démolir son adversaire. Obama, le visage fermé, et avec un ton de voix masquant à peine l'indignation, a expliqué qu'au lendemain de l'attaque, il était dans la Roseraie de la Maison Blanche pour condamner l'attaque comme un «acte de terreur». Quelques jours plus tard, a-t-il ajouté, il se recueillait devant les cercueils des défunts et présentait ses condoléances aux familles. Laisser entendre que quiconque dans son équipe «ait tenté de faire de la politique politicienne» lors d'une telle occasion, a conclu Obama «est insultant, ce n'est pas ce que nous faisons».  

Romney s'est ensuite enfoncé tout seul encore un peu plus profondément, en prétendant qu'il avait fallu 14 jours à Obama pour parler de terrorisme. Obama a répondu «regardez la retranscription». Puis, comme pour ajouter un peu plus de drame à l'affaire, Candy Crowley, la journaliste de CNN qui modérait le débat, a ajouté «Oui, c'est ce qu'il a dit, Monsieur», avant que le public, qui était resté impassible jusque là, se mette à applaudir. En d'autres termes, selon Crowley, Obama avait bien parlé d'un acte de terrorisme au lendemain de l'attaque.

Revenons à cette conférence de presse du 12 septembre. Obama a bien dit, en mentionnant distinctement l'attaque de la veille qu'«aucun acte de terreur ne fera jamais trembler la résolution de ce grand pays».

Romney avait raison de dire qu'il a fallu deux semaines avant que l'administration ne publie un communiqué définitif, montrant que l'attaque avait été préméditée et n'était pas la conséquence d'émeutes spontanées. Mais il a aussi admis que, parfois, il faut du temps avant de pouvoir connaître la véritable nature de tels événements.

En bref, Romney a loupé son coup. Et il a permis à Obama –une ouverture aussi rare qu'inutile dans ce genre de débats– de parler en tant que commandant en chef.

Fred Kaplan

Traduit par Peggy Sastre

Fred Kaplan
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Journaliste
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