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Deuxième débat Romney-Obama: les cinq choses à savoir

Cécile Dehesdin et Jean-Marie Pottier, mis à jour le 17.10.2012 à 9 h 36

Ce qu'on avait prévu avant le débat, et ce qui s'est passé.

Les deux chaises de Barack Obama et Mitt Romney avant le débat du mardi 16 octobre, à l'université d'Hofstra à New York. REUTERS/Lucas Jackson

Les deux chaises de Barack Obama et Mitt Romney avant le débat du mardi 16 octobre, à l'université d'Hofstra à New York. REUTERS/Lucas Jackson

Le deuxième débat entre Mitt Romney et Barack Obama a lieu ce mardi 16 octobre à 21h heure de la côte Est américaine (3h du matin heure française) à l'université de Hofstra, dans l'Etat de New York.

» Le débat en direct ici à partir de 3h du matin heure française

» Ce qu'il faut retenir du débat

Daphnée Denis suivra ce débat en direct depuis New York, comme lors du premier, mais en attendant de voir si Barack Obama fait mieux que la dernière fois, voici les cinq choses à savoir sur le débat:

1. Un duel resserré

>>> Ce que nous écrivions mardi matin: La compétition entre les deux candidats s’est spectaculairement resserrée depuis le premier débat à Denver, le 3 octobre. Selon la moyenne des sondages établie par le site Real Clear Politics, ils seraient désormais au coude-à-coude (47,3% pour Obama, 47,4% pour Romney), le candidat républicain ayant comblé plus de trois points de retard en deux semaines.

Cependant, le président sortant dispose en apparence toujours d’un avantage dans le collège électoral où, si la moyenne actuelle des sondages se vérifie, il remporterait 294 grands électeurs, 24 de plus que la majorité. Et cela notamment grâce à son avance dans une poignée de swing states décisifs (+0,8 point en Virginie, +2,2 points dans l’Ohio, +2,7 points dans l’Iowa), même si celle-ci reste comprise dans la marge d’erreur des sondages.

>>> Ce qui s'est passé: on n'a évidemment pas encore de sondages sur les intentions de votes post-débat, mais selon un sondage CBS News, Obama a gagné le débat pour 37% des personnes interrogées contre 30% plus convaincues par Romney (33% estiment que les deux candidats étaient ex aequo, et la marge d'erreur est de 4 points). Le même sondage ajoute que les électeurs indécis ont été bien plus séduits par le Président américain: 56% d'entre eux estiment qu'il a dominé le débat. 

2. Les candidats face aux Américains

>>> Ce que nous écrivions mardi matin: Le format du débat est très différent des trois autres (en comptant celui des vice-présidents): les candidats ne seront ni assis à une table, ni debout derrière un pupitre. Ils seront adossés à des chaises qu'ils quitteront à chaque fois qu'ils répondront à une question du public.

C'est là l'autre originalité du format, puisque les questions seront posées par une sélection d'habitants de Nassau County, le comté de l'université d'Hofstra (plus riche et moins au chômage que le reste des Etats-Unis). Les Américains qualifient le format de town-hall debate, parce qu'il ressemble aux meetings qu'un candidat peut avoir dans la mairie (town hall) d'une ville, où les habitants viennent lui poser des questions.

L'institut de sondage Gallup a sélectionné les membres du public, tous des électeurs qui ne savent pas encore pour qui ils vont voter. Ils auront chacun préparé une question et l'écriront sur deux cartes séparées. Une sera récoltée pour la modératrice, qui choisira qui appeler pour interroger les candidats afin de s'assurer d'un équilibre entre les thèmes abordés, et l'autre gardée par le membre du public.

Le micro de la personne posant la question sera immédiatement éteint, puis chaque candidat aura deux minutes pour répondre, dans une tentative de maîtriser au maximum le débat. Reste que le magazine The American Prospect conseille aux candidats de «s'attendre à l'imprévu», les questions des «vrais gens» pouvant être bien plus compliquées que celles des journalistes, de ne pas se laisser embarquer dans des détails complexes, et de faire attention à ne pas paraître arrogant (comme George H. W. Bush regardant sa montre en 1992, ou John McCain appelant Obama «ce type» en le montrant du doigt).

>>> Ce qui s'est passé: Pas de surprise ni d'impair majeur. Le gagnant du débat côté public, c'est l'étudiant qui a posé la première question, si on en croit Twitter.

3.

Comment ils se sont préparés

>>> Ce que nous écrivions mardi matin: Obama a été jugé trop passif lors du premier débat: son conseiller Robert Gibbs a reconnu sur CNN dimanche que le président avait été «déçu» de sa performance, tandis qu’un autre stratège de sa campagne, David Axelrod, a expliqué sur Fox News qu’il allait faire des «ajustements» lors du second débat.

Le président sortant a d’ailleurs, selon le New York Times, «clairement davantage préparé ce débat que le premier», et s’est retiré ce week-end à Kingsmill Plantation, une villégiature de Williamsburg (Virginie) dotée de trois parcours de golf... où ce gros golfeur qu’est Obama n’a pas amené ses clubs. Pour cette préparation, c’est une nouvelle fois John Kerry, le candidat démocrate malheureux de 2004, qui a joué le rôle de Romney.

Le candidat républicain s’est lui retiré ce week-end dans un hôtel Marriott près de Boston, dans son ancien Etat d’élection du Massachusetts. Selon le site Politico, il se serait concentré sur son «attitude scénique» et son «langage corporel», après avoir reçu le conseil de se pencher vers son interlocuteur «comme s’il avait une conversation en face-à-face que 50 millions de personnes écouteraient à la porte». Cette technique fait d'ailleurs partie des cinq conseils donnés par The American Prospect pour gagner un town-hall debate.

>>> Ce qui s'est passé: cette fois-ci, Obama a gagné le match du langage corporel, pour Forbes, qui rapporte que Romney a davantage bégayé et que le Président était en pleine forme.

4. La modératrice aura-t-elle le droit de parler?

>>> Ce que nous écrivions mardi matin: Les candidats font tout leur possible pour avoir le moins de surprises possibles. Apparemment, ça passe par tenter de faire taire la modératrice, la journaliste de CNN Candice Crowley. Il était prévu qu'après les réponses des candidats à une question du public, la journaliste les relance sur le même sujet avec une seconde question, appelant une réponse plus courte de chacun d'entre eux.

Mais dans un accord signé entre Romney et Obama, révélé par le magazine Time, il est écrit que «la modératrice ne reformulera pas la question ni n'ouvrira de nouveau sujet» à discussion, et qu'elle «ne relancera pas ni ne commentera les questions ou les réponses [...] ni n'interviendra de quelque manière que ce soit sauf pour appeler les membres du public ou rappeler les limites de temps de parole».

Sauf que, note Time, si Obama et Romney ont signé cet accord, rien ne prouve que Crowley l'a fait, ni même qu'on lui ait demandé, puisqu'il est écrit que la commission en charge des débats se contentera de donner à chaque modérateur une copie de l'accord et s'efforcera autant que possible d'en faire respecter les termes.

Dans une interview la semaine dernière, Candice Crowley a expliqué ainsi ce qu'elle comptait faire:

«Une fois que le sujet est lancé par un membre du public, c'est le moment pour moi de dire "Hey, attendez une seconde, qu'en est-il de X, Y ou Z?"»

Les candidats craignent un remake de 2008, où les deux staffs de campagne avaient trouvé que le modérateur avait trop parlé par rapport au public. Du côté des journalistes, l'exercice est difficile puisque leur métier premier est de poser des questions et qu'on leur demande de passer les plats, et qu'ils sont critiqués quand ils sont trop présents, tout comme lorsqu'ils sont trop absents.

>>> Ce qui s'est passé: Candice Crowley ne s'est pas laissée faire par un accord qu'elle n'avait pas signé. Elle a relancé les candidats après presque chaque question du public, et a même commenté les réponses des candidats, comme lors de leur dispute sur l'utilisation des termes «acte de terreur» après l'attaque de Benghazi. La modératrice n'est pas la seule à n'avoir pas respecté l'accord, comme le note Slate.com qui fait la liste de toutes les violations.

5. Sur quoi va se jouer le débat

>>> Ce que nous écrivions mardi matin: La presse s’attend à ce que la politique étrangère joue un rôle important dans le débat, et notamment l’attaque, le 11 septembre, du consulat américain à Benghazi (Libye), au cours de laquelle l’ambassadeur Christopher Stevens a été tué –un sujet sur lequel les Républicains tentent d’attaquer la Maison Blanche.

Alors que l’avance d’Obama sur son adversaire dans l’électorat féminin s’est fortement effritée, CNN s’attend aussi à ce que le président tente de marquer des points sur des questions comme l’avortement, la contraception ou les structures d’accueil des enfants en bas âge, mais rappelle également que, du fait du format, des thématiques plus «inattendues» peuvent surgir à tout moment: 

«Théoriquement, tout est sur la table.»

Du côté Romney, la porte-parole Amanda Henneberg a expliqué que le candidat attendait avec impatience le débat car «il lui donnera une chance de parler directement avec des électeurs américains qui vivent avec l’économie sous Obama».

Plus généralement, The American Prospect, plutôt classé à gauche, estime qu’il est temps pour Obama «de tenter la tactique du "Romney ment"», après un premier débat durant lequel la presse avait pointé de nombreuses contre-vérités de la part de son challenger, et alors qu’un sondage vient de placer le sortant en tête pour ce qui est des caractéristiques d’«honnêteté» et de «fiabilité». 

>>> Ce qui s'est passé: L'échange entre Romney et Obama sur l'attaque du consulat américain de Benghazi en Libye a en effet été le moment le plus important du débat. Les candidats ont également parlé des femmes et l'égalité devant l'emploi, avec une réponse étrange de Mitt Romney, évoquant «des classeurs remplis de femmes». Enfin, on ne sait pas si Obama lit The American Prospect, mais son mot préféré de la soirée était bien «menteur»:

Cécile Dehesdin et Jean-Marie Pottier

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