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Biden: il faut enfoncer le candidat Ryan

Slate.com, mis à jour le 12.10.2012 à 10 h 03

Le vice-président s'en est mieux sorti qu'Obama. Et a sûrement agi comme une boisson énergisante pour les Démocrates.

Joe Biden et Paul Ryan lors du débat des colistiers, le 11 octobre 2012. REUTERS/Jeff Haynes

Joe Biden et Paul Ryan lors du débat des colistiers, le 11 octobre 2012. REUTERS/Jeff Haynes

Quand le président Obama et Mitt Romney ont débattu la semaine dernière, personne ne s’est demandé qui avait gagné. Après le face-à-face entre le vice-président Joe Biden et le représentant élu à la chambre Paul Ryan, la seule chose qui semble faire l’unanimité est que Biden s’en est mieux tiré qu’Obama.

Une analyse plus nuancée pourrait en pousser certains à limiter les dégâts et à déclarer le match nul. C’est ce que proclame dédaigneusement The Economist, qui va jusqu’à suggérer que quiconque pense autrement se laisse sûrement aveugler par sa subjectivité partisane. Pourtant, il semble bien que lorsqu’on lit entre les lignes, le consensus se dégage en faveur d’une victoire de Biden.

Les pontifes conservateurs concentrent toute leur attention sur le style de Biden, tout particulièrement sur son rire et son sourire, tandis que les progressistes s’enthousiasment pour le contenu de son discours. Le problème est que Biden a pu gagner aux yeux des initiés de la politique et de ceux qui apprécient un débat animé, mais pas à ceux des électeurs indécis qui aiment à clamer haut et fort leur haine du négativisme.

Sarcastique, méprisant?

Si Biden a réussi à se distinguer sur le fond, il s’est également montré sarcastique et même, selon certains, condescendant envers Ryan. «Impossible de prédire comment les électeurs vont juger les fréquentes interruptions de Biden, ses sourires crispés et son rire moqueur» écrit Ron Fournier du National Journal. «Ont-ils jugé ce comportement grossier ou un reflet de la naïveté de Ryan?»

Glenn Greenwald, du Guardian, se pose la même question. S’il est évident que «à la fois du point de vue du fond et de la forme, Biden a totalement dominé le débat», on ne peut pas savoir si les électeurs indécis «ne vont pas être rebutés par le constant sourire narquois de Biden, ses interruptions et son évident mépris pour Ryan», écrit-il.

C’est là-dessus que tablent les Républicains. Signe probable que Biden a effectivement tiré son épingle du jeu, les analystes conservateurs ont passé plus de temps à critiquer le vice-président qu’à encenser Ryan.

«Biden ressemblait à un pilier de comptoir grande gueule qui a passé les six dernières heures à boire et à qui le barman aurait dû fermer le robinet depuis cinq bonnes heures», raille l’American Spectator par la voix d’Aaron Goldstein. «Paul Ryan, en revanche, a été un parangon de sobriété.» John Fund, dans le National Review, estime quant à lui que Biden a été «dominateur et condescendant» et précise qu'«en général, les électeurs indépendants n’aiment pas les candidats qui ont l’air de sales types».

Un problème de rythme pour Ryan

Chris Wallace, animateur de Fox News Sunday, est allé jusqu’à qualifier la conduite de Biden d’historique, en s’indignant: «Je ne crois pas avoir jamais vu un débat dans lequel un participant manquait de façon si flagrante autant de respect à l’autre que Biden ce soir envers Paul Ryan», rapporte Mediaite.

Tout cela ne change pas l’idée généralement perçue que «Biden a été la star de la soirée, pour le meilleur et pour le pire», comme l'explique Alex Altman du Time. Dans le Washington Post, Carter Eskew souligne que Ryan n’a pas été particulièrement faible, mais que «Biden a été immanquablement meilleur». Et certains analystes conservateurs semblent même prêts à concéder que, comme le dit Robert Costa dans la National Review, Ryan «a rarement trouvé son rythme».

Au final, ce qu’en penseront les indécis n’est pas forcément le plus important. Après tout, à peu près toutes les analyses se font fort de souligner le peu d’importance du débat entre candidats à la vice-présidence. Alors peut-être l’objectif du numéro de Biden était-il de redonner de l’énergie aux Démocrates découragés après la performance terriblement décevante d’Obama lors du premier débat. Si c’est bien le cas, cette stratégie semble avoir été payante.

«La performance de Biden a donné aux Démocrates assoiffés d’énergie, de punch et de connexion émotionnelle ce dont ils avaient besoin pour terminer une semaine qui n’a pas été loin de frôler la panique par moments», écrit Ben Smith pour BuzzFeed.

Cela apparaît clairement sur les blogs progressistes. Josh Marshall, de Talking Points Memo, par exemple, explique que l’important est que «Biden a totalement justifié la vision démocrate», ce qui était «extrêmement important pour réparer les dégâts provoqués par le débat de la semaine dernière».

Moral des troupes

Voilà pourquoi le grand vainqueur de la soirée pourrait bien n’être aucun des deux candidats en lice présents sur scène mais la campagne d’Obama dans son ensemble, souligne Doyle McManus dans le Los Angeles Times. «Biden a stoppé la dégringolade, en tout cas en termes de moral des troupes, constate-t-il. Et il a peut-être donné à son patron une ou deux leçons sur la manière de passer à l’attaque.»

Ceci dit, si l’issue du débat vous laisse sceptique, sachez que vous n’êtes pas seul. Après tout, nous sommes peut-être en train de tomber dans le panneau de ce que Kimberlye Strassel, du Wall Street Journal, qualifie d’amour des médias pour «une belle histoire de come-back,» soulignant que «journalistes et experts se sont préparés toute la semaine à expliquer comment M. Biden allait endiguer l’hémorragie Obama».

Daniel Politi

Traduit par Bérengère Viennot

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