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Les Républicains accepteront-ils une victoire d’Obama?

Richard L. Hasen, mis à jour le 19.10.2012 à 7 h 21

Sondages, statistiques de l'emploi, comptes de campagne, ils multiplient les polémiques sur les chiffres. Comment réagiront-ils en cas de victoire du président sortant?

Des Républicains regardent le débat Obama/Romney à l'université de Denver, le 3 octobre 2012. REUTERS/Mark Leffingwel.

Des Républicains regardent le débat Obama/Romney à l'université de Denver, le 3 octobre 2012. REUTERS/Mark Leffingwel.

Et si le président Obama était réélu et que les Républicains n’y croyaient pas?

Cette éventualité n’est pas particulièrement tirée par les cheveux. Depuis plusieurs semaines, des Républicains mettent en doute la véracité d’un certain nombre de faits liés aux élections; il pourrait bien en être de même avec le résultat du scrutin.

D’abord, certains Républicains ont protesté que les sondages d’opinion étaient tous faussés de façon à placer Obama en tête. Comme l'a rapporté Slate, 71% des Républicains qui s’identifient comme tels et 84% des membres du Tea Party y croient. Les Républicains se plaignent que les démocrates sont surreprésentés dans les sondages, sans se rendre compte qu’il s’agit d’identifications politiques autoproclamées, qui vont et viennent avec le soutien apporté aux candidats.

La défiance à l’égard des sondages n’est pas un phénomène nouveau, et elle n’est pas l’apanage des Républicains. Comme l'a souligné le statisticien du New York Times Nate Silver, quand les démocrates étaient à la traîne en 2004, ils étaient convaincus que les sondages étaient faussés en faveur de leurs adversaires.

Heureusement, la performance de Romney lors du débat du 3 octobre a apparemment suffi à «rétablir» les derniers chiffres.

La semaine dernière, le Bureau des statistiques sur l’emploi a publié un rapport relativement optimiste, qui non seulement rendait compte de meilleurs chiffres d’embauches que prévu pour septembre, mais annonçait des révisions à la hausse pour les mois précédents. Peu de temps après, un certain nombre de Républicains, y compris l’ancien PDG de General Electric Jack Welch, ont remis en question l’exactitude de ces chiffres. Welch a tweeté: «Des chiffres du chômage incroyables... ces types de Chicago feraient n’importe quoi… incapables de débattre, alors ils transforment les chiffres.» Welch avait-il des preuves? Pas la moindre.

Hypocrisie sur le financement

Cette semaine, les blogs conservateurs font l'article d’un nouveau rapport «explosif» suggérant que l’équipe de campagne d’Obama accepte illégalement de grasses contributions étrangères par carte de crédit. La soi-disant preuve proviendrait d’un certain nombre de visites du site de campagne d’Obama depuis l’étranger, de l'absence de loi fédérale exigeant de rendre publiques les contributions individuelles de moins de 200 dollars et du fait que l’équipe de campagne d’Obama n’utiliserait pas les outils de vérification des cartes de crédit pour s’assurer que les contributions proviennent de l’intérieur des États-Unis.

Peu importe que l’équipe de campagne d’Obama ait déjà démenti le même genre d’accusations dans le passé, ou qu’elle ait confirmé utiliser les outils de vérification; qu’un vaste audit par la Federal Election Commission de la campagne d’Obama de 2008 n'ait trouvé aucune preuve de contributions étrangères illégales; que des visites du site depuis l’étranger ne signifient pas que de l’argent soit versé ou que des citoyens américains (notamment dans l’armée) vivant à l’étranger aient le droit de contribuer à des campagnes fédérales.

Ces revendications cherchent à délégitimer la campagne d’Obama, alors même que les leaders républicains au Congrès bloquent toute tentative d'améliorer les lois défaillantes sur l'identification des donateurs et prônent moins de divulgation des informations sur le financement des campagnes.

Des élections mal organisées

Toutes ces théories du complot —à l’image des controverses sur le lieu de naissance d’Obama— indiquent que si nous avons la malchance d’avoir des élections très serrées en novembre où le président Obama l’emporterait de justesse, nous pouvons nous attendre à voir les Républicains en mettre aussi en doute les résultats.

Le Fraudulent Fraud Squad nous dira que les Démocrates ont eu recours à la fraude électorale pour voler les élections. Des bonimenteurs comme John Fund signaleront de «bizarres» anomalies dans les décomptes des voix de secteurs démocrates et lanceront de nouvelles théories du complot. Les médias sociaux ne manqueront pas de souffler sur les braises.

Hélas, comme je l’explique dans The Voting Wars, nous organisons si mal nos élections que les républicains auront mille occasions de se plaindre: responsables électoraux partisans, machines à voter en panne, règles floues et arrêts controversés, incohérences dans les décomptes des nombres de votants, sondages à la sortie des urnes —sans oublier le décompte final des voix.

Doutes sur l'impartialité

Nul doute que beaucoup des problèmes qui se présenteront lors des élections seront la conséquence d’actes d’incompétence et non de malveillance, mais c’est un argument difficile à faire avaler à ceux qui sont dans le camp des perdants lors d’une élection serrée. Depuis 2000, l’opinion publique sur l’impartialité des élections est instable.

En 1996, avant le désastre de 2000 en Floride qui a débouché sur la décision de la Cour Suprême Bush v. Gore, environ 10% des gens pensaient que l’organisation des élections était un peu ou très déloyale, opinion à peu près équitablement partagée entre Républicains et Démocrates. En 2004, quand George W. Bush a été réélu face à John Kerry, environ 22% des Démocrates ont estimé que les élections n’avaient pas été équitables, contre 3% des Républicains.

Pourtant, lors des élections contestées dans l’État de Washington en 2004, quand les tribunaux ont finalement attribué le poste de gouverneur à un Démocrate après qu’un Républicain avait été initialement déclaré vainqueur, 68% des Républicains pour seulement 27% des Démocrates avaient estimé que les élections avaient été inéquitables.

Ce que nous enseigne ces statistiques est assez simple. Si mon candidat gagne, les élections ont été justes. Si c’est le tien qui a gagné, il y a forcément eu de la triche quelque part.

Aggravation de l'esprit de parti

Dans le cadre de la campagne actuelle, les Républicains semblent davantage enclins à gober les théories du complot que les Démocrates. Peut-être est-ce parce que Romney a globalement été à la traîne dans les sondages. Peut-être les Démocrates vont-ils commencer à devenir paranoïaques si la nouvelle avance de Romney se maintient.

Les Démocrates ont sans aucun doute développé une certaine paranoïa en 2004 (réfutée par un rapport publié par l’élu John Conyers) quand ils ont avancé que les Républicains avaient volé les élections dans l’Ohio. Attendons de voir.

Quoi qu’il en soit, pour l’instant je suis plus inquiet à l’idée que les Républicains n’accepteront pas l’issue des élections que les Démocrates. En cas de réélection d’Obama, la polarisation et l’esprit de parti ne feront que s’aggraver si les Républicains ne croient pas à la légitimité de la victoire du président sortant. Cela nous ramène à la vision démocrate de la légitimité de la présidence de George Bush avant le 11-Septembre.

Si vous trouvez déjà que la politique est un panier de crabes et que la vérité est l'une des victimes de la campagne, attendez novembre. Si les résultats sont serrés, les truthers, ces révisionnistes électoraux, vont faire parler d’eux.

Richard L. Hasen

Traduit par Bérengère Viennot

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