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Avortement: le numéro d'équilibriste de Mitt Romney

Jamal El Hassani, mis à jour le 11.10.2012 à 17 h 34

Mitt Romney embrasse un bébé lors d'un meeting de campagne dans l'Ohio le 10 octobre 2012.

Mitt Romney embrasse un bébé lors d'un meeting de campagne dans l'Ohio le 10 octobre 2012.

Mitt Romney serait-il en train de lâcher les pro-life? Lors d’une interview pour le site Des Moines Register, Mitt Romney, interrogé sur sa position concernant l’avortement a déclaré:

«Il n’y a aucune législation concernant l’avortement dont je suis au courant à l'ordre du jour.»

Il faut dire que le candidat républicain a enregistré une hausse inattendue d’intentions de vote dans l’électorat féminin depuis son débat avec Barack Obama le 3 octobre. Il doit donc modérer ses prises de positions publiques sur cette question particulièrement sensible à la fois chez les femmes non républicaines et chez sa base républicaine, très majoritairement opposée à l’avortement.

Cette progression inquiète les Démocrates dont les femmes sont un électorat fidèle et important, explique The Hill:

«Les sondages à la sortie des urnes en 2008 ont montré qu’Obama a battu le sénateur John McCain de treize points chez les femmes, éclipsant sa courte avance d’un point chez les hommes.

Mais lundi, un sondage du Pew Research Center donnait Obama en tête d’à peine trois points chez les femmes. Cette découverte était d’autant plus frappante que le même institut de sondages donnait 18% d’avance à Obama le mois précédent.»

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ces déclarations sont loin d’inquiéter les pro-life, comme l'explique Talking Points Memo. En vérité, ils n’ont pas besoin de beaucoup de nouvelles lois, analyse Dave Weigel. Le journaliste de Slate.com explique que leur objectif principal est de faire élire Mitt Romney pour qu’il nomme des juges opposés à l’avortement à la Cour suprême et ainsi faire sauter la jurisprudence Roe v.Wade qui protège l’avortement en tant que droit constitutionnel et peut bloquer les lois interdisant l’avortement au niveau étatique.

D'autant que, pour William Saletan de Slate.com, il faut se garder de tirer des conclusions des déclarations de Romney, volontairement ambiguës. Il analyse ainsi sa réponse:

  • D’abord, le mot «législation» exclut les jugements de la Cour suprême ainsi que les décisions exécutives telles que l’arrêt du financement fédéral d'ONG qui pratiquent l'avortement dans des pays étrangers.
  • Ensuite, l’expression «dont je suis au courant» lui permettra au moment venu de signer une loi pro-life passée au parlement en clamant qu’il n’avait pas connaissance de ladite loi lorsqu’il était candidat mais qu’il approuve son contenu.
  • Enfin, le terme «à l'ordre du jour» («my agenda») est «une esquive classique de Romney» pour William Saletan. Il a plusieurs fois par le passé évoqué ses préoccupations pour éviter des questions sur l’avortement, prétendant que le sujet ne ferait que distraire d’un «agenda plus crucial», reléguant le débat sur l’avortement à l’état de «discussion philosophique».

Mitt Romney utilise le positionnement sur l’avortement comme arme électorale, changeant d'avis sur le sujet au gré de l'électorat à conquérir. Il s’est présenté comme pro-choice (pour l’avortement) afin de se faire élire sénateur du Massachussets en 1993, puis s'est déclaré pro-life alors qu'il envisageait de se présenter dans l’Utah. Il s'est déclaré à nouveau pro-choice pour l’élection de gouverneur du Massachussets avant de refaire marche arrière en 2008 pour convaincre les sympathisants républicains de faire de lui le candidat à l’élection présidentielle.

Jamal El Hassani
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