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Romney a-t-il vraiment dépassé Obama dans les sondages?

Daphnée Denis, mis à jour le 09.10.2012 à 14 h 29

Deux enquêtes réalisées entièrement après le débat le donnent deux à quatre points devant son adversaire démocrate chez les votants probables, mais d'autres sondages viennent nuancer ce résultat.

Barack Obama et Mitt Romney avant leur débat à Denver, le 3 octobre 2012, REUTERS/Jason Reed.

Barack Obama et Mitt Romney avant leur débat à Denver, le 3 octobre 2012, REUTERS/Jason Reed.

Moins d’une semaine après le premier débat présidentiel entre Mitt Romney et Barack Obama, le candidat républicain aurait largement regagné du terrain face à son adversaire. Romney, dont la popularité était à la traîne jusqu’au duel télévisé, rallie à présent 46% des électeurs inscrits sur les listes électorales, soit le même pourcentage que son rival, selon un sondage publié par l’institut Pew lundi 8 octobre, et même 49% des électeurs contre 45% quand on ne s'intéresse qu'à ceux qui iront probablement voter.

Le statisticien du New York Times Nate Silver parle même du «meilleur sondage de l'année pour Mitt Romney», venant qui plus est d'un institut chez qui Barack Obama réalisait parmi ses plus forts scores.

Un autre sondage réalisé par l'institut Public Policy Polling (PPP), et publié mardi 9, donne Romney à 49% (+4) et Obama à 47 (-2) chez les votants probables. Enfin, une étude publiée lundi par l’institut Gallup arrive à un constat d'égalité entre les deux candidats chez les électeurs inscrits, avec 47% chacun. Ces trois sondages Gallup, Pew et PPP ont été réalisés entre le 4 et le 6 ou le 7 octobre, avec une marge d'erreur de plus ou moins 3 points à chaque fois.

Les sondages rolling et dans les swing states plus nuancés

Faut-il pour autant crier à la victoire républicaine? Ces chiffres marquent indéniablement une déception générale du public américain après la performance très molle du candidat démocrate lors du débat.

Mais, comme c'est le cas après les rebonds des conventions, ils pourraient vite bouger dans l'autre sens, et ont d'ailleurs légèrement commencé lundi: alors qu'Obama n'avait plus que trois points d'avance samedi dans le sondage rolling de Gallup (une moyenne des estimations sur une semaine entière), il est passé à cinq points d'avance dimanche, comme le souligne Business Insider. Il regagne également deux points dans un sondage du même type réalisé par Rasmussen, même si le résultat final (48%-48%) y est très différent.

L’annonce d’une croissance de l’emploi, vendredi, a redonné confiance au public américain, explique Nate Silver. En général, ajoute-t-il, une croissance économique de dernière minute augmente les chances de victoire d’un candidat à la réélection.

Par ailleurs, les sondages étatiques —rappelons que, si le score national constitue un très bon indicateur, l'élection se joue au niveau de chaque Etat— réalisés depuis le débat dans les swing states donnent des résultats contrastés: plutôt favorables à Obama dans le Colorado, dans l'Iowa et en Virginie (trois Etats dont le gain seul l'amènerait à 280 grands électeurs environ, chiffre suffisant pour gagner l'élection); plutôt favorables à Romney en Floride et dans l'Ohio.

Romney a fait un tabac auprès des siens

Les médias l’avaient dit et répété avant le débat des deux candidats: ce genre de spectacle n’a pas un grand impact sur le scrutin. Certes, d’après les résultats de Pew, deux tiers des inscrits sur les listes électorales estiment que Romney a «gagné» son premier débat. Mais en 2004, les électeurs avaient sacré John Kerry grand gagnant du premier face-à-face présidentiel et, en 2000, ils avaient estimé qu’Al Gore avait dominé l’affrontement de départ contre Bush. Dans les deux cas, ces candidats avaient perdu l’élection.

Que retenir, alors, des résultats des sondages en faveur de Romney?

D’abord, que celui-ci a fait un tabac auprès de son propre parti. En septembre dernier 56% de Républicains se disaient fortement en faveur de Romney. Aujourd’hui, 67% d’entre eux affirment être tout à fait convaincus par leur leader. «Avant le débat, la plupart des Républicains étaient en faveur de Romney car ils étaient contre Obama, analyse le Washington Post. Maintenant, du moins selon Pew, on peut observer un clair regain d’enthousiasme de la part du camp républicain, une excitation réelle du noyau du parti pour son candidat.»

Romney post-débat s’avère également être le «candidat des idées novatrices» pour 47% des sondés. Seuls 40% estiment qu’Obama a présenté des idées originales lors du premier débat présidentiel. C’est dire si la technique républicaine d’avancer des chiffres plus ou moins corrects a fonctionné.

Par ailleurs, Obama demeure le candidat le plus proche des «gens ordinaires» d’après la majorité des sondés, note le New York Times. Mais les résultats de l’institut Pew montrent un public très divisé en ce qui concerne l’aptitude des deux candidats à s’occuper de fiscalité, de la réforme de santé et des questions internationales.

La pire faille de Romney, continue le Washington Post, est qu’il «promet davantage qu’il ne peut offrir» pour 62% des sondés. De son côté, le président sortant ne saurait pas «guérir l’économie» pour 54% d’entre eux.

S’il est difficile de tirer des conclusions durables sur le climat politique d’après ces sondages, ceux-ci ont au moins le mérite de signaler les futures attaques d’un camp contre l’autre. A en croire les réponses obtenues par l’institut Pew, Romney ferait bien de continuer à expliquer qu’Obama a beau être un chic type, il ne connaît rien à l’économie. Le candidat démocrate devrait, lui, en rajouter sur l’inconstance de son rival ainsi que son éloignement des classes modestes.

D.D.

Article actualisé le mardi 9 octobre à 14h30 avec le sondage de Public Policy Polling.

Daphnée Denis
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Journaliste
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