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Débat Obama-Romney: à quoi ressemble un perdant?

David Weigel, mis à jour le 04.10.2012 à 12 h 29

Mercredi soir, il avait la tête d'un stratège de campagne du Parti démocrate.

Après le débat. REUTERS/Jim Bourg

Après le débat. REUTERS/Jim Bourg

DENVER— Voilà le visage de la défaite: cinq stratèges d’Obama stoïquement plantés dans les coulisses du plateau de télévision. Ils ne nient pas que Mitt Romney l’a emporté face au Président sur tous les points qui comptent lors d’un débat télévisé. Comment le pourraient-ils? Même la presse étrangère, pourtant adepte des questions existentielles et mesurée, passe son temps à demander comment le Président a pu se planter à ce point.

David Plouffe, le principal stratège du Président, répond, dans un coin, aux questions que lui posent les journalistes. «Pourquoi le président ne s’est-il pas montré plus agressif?», lui demande un homme en costume sombre avec un fort accent suédois. «Le Président a fait exactement ce qu’il avait à faire: il a parlé en profondeur de l’économie, de l’emploi, de Medicare. Voilà pourquoi il a été bon pendant le débat de ce soir», répond Plouffe.

«Ne diriez-vous pas qu’il était un peu en retrait?», demande un journaliste japonais.

«Non!», lui répond Plouffe. «Je ne suis absolument pas d’accord! Il a fait ce qu’il avait à faire. Il a adressé un message très clair au peuple américain.»

Quelqu’un demande à Plouffe si le débat de ce soir est un débat «décisif.» Voilà la réponse de l’homme dont le candidat est devenu Président grâce à des discours vendus en DVD: «Nous ne croyons pas à ces histoires de moments décisifs.»

Tout ceci aurait, en d’autres lieux, un air de ridicule achevé. Mais dans les coulisses d’un débat télévisé, où des hommes d’influence tirés à quatre épingles se baladent autour de  pancartes en forme d’esquimaux glacés portant leur nom, c’est seulement surréaliste. Voilà un lieu où un journaliste peut crier, à l’adresse de David Axelrod: «Est-ce que cette soirée à changé la donne?», sans faire rire personne.

Pour la première fois depuis douze ans, les Démocrates doivent faire avec un débat qu’ils ont perdu sur la forme et convaincre les électeurs qu’ils l’ont gagné sur le fond. Depuis des mois, ils se sont bien amusés avec les nombreuses failles que comportent les plans économiques de Mitt Romney et Ron Paul. Mais de telles failles n’ont guère d’influence dans un débat télévisé. Le candidat peut se contenter de balancer des chiffres et d’y associer le mot de plan pour que les électeurs s’imaginent qu’il a, en effet, un plan.

L’adversaire doit alors sortir de sa manche suffisamment d’éléments pour démontrer, sur le plateau, que son rival a tort. Et il doit avoir l’air sympathique en le faisant.

En cas d’échec, il convient d’entreprendre ce travail de démolition dans les jours qui suivent le débat, au sein des médias. Les stratèges d’Obama tentent donc de faire ce que les stratèges de George W. Bush ont entrepris après le premier débat (perdu) contre John Kerry. «Le challenger tire toujours bénéfice de se trouver à pied d’égalité avec le Président», dit David Axelrod. «Demain, tout le monde se réveillera et prendra la mesure de ce que le gouverneur Romney a déclaré –oui, il a bien l’intention de transformer Medicare en un programme de coupons de réduction et non, il n’acceptera pas que les riches versent un seul dollar de plus aux impôts… et voilà la substance de ce qui préoccupe le peuple américain.»

Voilà à quoi ressemble la victoire: le visage des stratèges de Romney, qui disent qu’ils ont gagné sur tous les tableaux, y compris sur le fond. Stu Stevens, l’éminence grise tant décriée de Romney, fait remarquer, avec un brin de condescendance: «Je ne trouve pas qu’il a été mauvais sur ce débat. Ce sont ces quatre dernières années qu’il a été mauvais.»

Je lui demande si, selon lui, les électeurs ont réussi à suivre la flopée de mots clés et de références aux plans de Romney qu’Obama a lancés et que Romney a contrés – Simpson-Bowles, études sur les impôts, les enquêtes de la Nation Federation of Independant Businesses, etc.

«Les gens disent qu’ils veulent du fond et quand il y en a, ils disent que c’est trop compliqué», répond Stevens. Le président du Parti républicain, Reince Priebus, l’interrompt brièvement pour lui lancer un «bien joué» avant de lui taper amicalement sur l’épaule. Stevens poursuit: «On a critiqué la campagne de Romney en disant que le plan économique, dévoilé à l’automne dernier, était trop détaillé. Oui, il était détaillé; c’était sans doute le plan le plus détaillé fourni par un candidat. Et je pense que la campagne de Romney est bien plus entrée dans les détails que celle du Président.»

Le mot clé est ici le mot «plus». L’avantage dont Romney dispose, dans un format comme celui-ci, est qu’il est passé maître dans l’esbroufe et les effets d’annonce. Dans le déroulement de la campagne, au jour le jour, une telle qualité n’est pas très utile —les journalistes et les commentateurs mettent l’accent sur les gaffes et sur les trous de l’argumentation. Les journalistes –et les Démocrates— peuvent rappeler aux électeurs que si les projets de loi d’Obama n’ont pas réussi à dépasser les clivages, c’est en partie parce que les Républicains se sont accrochés à une stratégie qui visait à lui ôter tout crédit en lui refusant systématiquement leur vote.

Mais sur un plateau télévisé, on peut oublier de le rappeler aux électeurs et son adversaire peut l’emporter en rappelant que le Patient Protection and Affordable Care Act (le fameux «Obamacare») — qui a connu bien des déboires au Congrès et a dû adopter de nombreuses idées républicaines — avait été présenté par Obama comme «à prendre ou à laisser.»

J’ai interrogé le sénateur républicain Orrin Hatch sur le fait que cette loi est la première, sur ce genre de sujet, à n’avoir reçu AUCUNE voix de l’opposition. Voici ce qu’il ma répondu: «Nous ne votons pas pour des projets de lois mal ficelés; nous ne sommes pas idiots.»

Autre exemple: les stratèges d’Obama ont dépensé des millions de dollars pour rappeler à tous les Américains que, lors d’un dîner, Romney a décrit 47% des électeurs comme des assistés qui ne voteront jamais pour lui. Comment se fait-il que tout ceci n’ait pas refait surface dans le débat?

«On ne nous a pas interrogé sur sujet, c’est comme ça», me répond le directeur de campagne d’Obama, Jim Messina.

Au moins, les stratèges démocrates savent dans quel sens ramer pour ne pas perdre le prochain débat.

David Weigel

Traduit par Antoine Bourguilleau

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