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Premier débat: Mitt Romney a lancé une idée très à gauche sur l'éducation

Slate.com, mis à jour le 04.10.2012 à 8 h 53

L’idée la plus à gauche de la soirée à propos de l’éducation a été lancée… par le candidat républicain!

Un petit garçon et sa pancarte «J'ai manqué l'école pour Mitt!!» à un meeting de campagne à Mansfield, dans l'Ohio, le 10 septembre 2012. REUTERS/Brian Snyder

Un petit garçon et sa pancarte «J'ai manqué l'école pour Mitt!!» à un meeting de campagne à Mansfield, dans l'Ohio, le 10 septembre 2012. REUTERS/Brian Snyder

>>Retrouvez tous nos articles sur le premier débat présidentiel américain ici.

Mitt Romney a lancé l’idée la plus radicale et la plus clairement marquée à gauche du débat sur l’éducation: permettre aux écoliers pauvres et/ou handicapés de continuer de bénéficier des bourses fédérales même en cas de changement de secteur scolaire. Romney avait déjà évoqué cette idée dans un rapport publié en mai et il a réitéré sa proposition lors du débat de ce mercredi.

Venant d’un Républicain, cette idée est révolutionnaire: historiquement, les parents blancs et riches, ainsi que les responsables des secteurs scolaires, ont toujours fait leur maximum pour éviter que des enfants pauvres et non-blancs ne se retrouvent pas dans les classes de leurs enfants.

Ceux d’entre nous qui se sentent concernés par cette forme de reségrégation (un terme américain qui désigne le recul déguisé de la déségrégation, NdT) sont depuis très longtemps les partisans d’un partenariat plus resserré entre les districts urbains et les banlieues aisées (aux Etats-Unis, ce sont souvent les centres urbains historiques qui sont pauvres, la périphérie étant généralement peuplée par la classe moyenne blanche, NdT), par le biais des Magnet schools (ces écoles proposant des cursus spécifiques et qui attirent donc de nombreux élèves hors-secteur, NdT) et des systèmes de ramassages scolaires.

Plus à gauche que le parti démocrate!

Mais tout ceci est généralement présenté comme une proposition tellement à gauche que même le Parti démocrate ne peut s’en emparer.

La réforme scolaire entreprise par l’administration Obama, baptisée Race to the Top, n’a en rien encouragé l’intégration scolaire et n’a pas non plus permis aux enfants d’être scolarisés en dehors de leur quartier –un droit important, car la plupart des écoles en grande difficulté sont situées dans des secteurs scolaires où la plupart des écoles sont dans le même cas (et celles qui ne le sont pas ont une liste d’attente longue comme le bras). 

Une idée qui ne risque pas d’être appliquée

Malheureusement, cette idée de Romney risque bien de rester lettre morte. Pour commencer, seul 10% des bourses d’études américaines viennent de Washington (le reste est du ressort des Etats et des autres gouvernements locaux).

Si une bourse d’éducation peut être utilisée hors-secteur, elle ne couvrira pas l’ensemble des frais de scolarisation d’un enfant du Bronx dans une des écoles de Scarsdale (secteur scolaire le plus riche de l’Etat de New York, NdT).

L’arithmétique risque d’être très compliquée, car les secteurs scolaires ne reçoivent pas, de l’Etat fédéral, une somme fixe par enfant défavorisé –leur financement est partiellement fondé sur la proportion estimée d’enfants pauvres ou handicapés au sein de leur population scolaire, afin de prendre en compte les besoins spécifiques du système confronté à des populations en difficulté.

Et comment obliger les écoles à accepter des élèves?

Plus fondamentalement, Romney n’a pas expliqué par quel mécanisme il compte obliger des écoles bien notées à accepter des élèves pauvres, handicapés et potentiellement moins performants.

Pour la plupart des écoles, le financement fédéral seul risque fort de ne guère être incitatif à cet égard; les écoles qui accueilleront ces élèves doivent recevoir une compensation pour les frais occasionnés par la scolarisation de l’élève et par ses besoins spécifiques (soutien scolaire, psychologues, etc.), comme pour l’espace et les ressources dont cet élève va disposer, aux détriment des autres enfants déjà scolarisés dans l’école.

Aucun président ne peut agiter une baguette magique pour faire tomber les barrières géographiques typiques du système public d’éducation aux Etats-Unis.

Si nous souhaitons que les barrières soient moins marquées entre les différents secteurs scolaires, nous aurons besoin de coopération à tous les échelons du gouvernement, tant au niveau fédéral que de celui des Etats. Mais nous aurons surtout besoin de faire passer des lois pour obliger les secteurs plus riches à coopérer avec leurs voisins moins fortunés.

Dana Goldstein

Traduit par Antoine Bourguilleau

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