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Débat: Mitt Romney a sorti l'ardoise magique

Matthew Yglesias, mis à jour le 04.10.2012 à 8 h 32

Avec ses réponses aux questions domestiques, le candidat républicain s'est rapproché du centre de son parti, présentant au public un Romney bien différent de celui des 18 derniers mois.

 Mitt Romney - Etch a Sketch / DonkeyHotey via Flickr CC License By

Mitt Romney - Etch a Sketch / DonkeyHotey via Flickr CC License By

>>Retrouvez tous nos articles sur le premier débat présidentiel américain ici.

Si les hésitations et l'attitude peu combative de Barack Obama –j'ai vu passer de nombreuses analogies avec l'attaque défensive au football américain, mais je pense qu'on était davantage dans le basket-ball et sa stratégie d'attaque aux quatre coins, qui est tellement ennuyeuse qu'elle est aujourd'hui prohibée– ont été l'élément le plus marquant du débat de ce soir, le fait le plus important, c'est probablement que Mitt Romney a finalement sorti l'ardoise magique et s'est replacé au centre du jeu.

Sous la lumière des projecteurs et pressé de définir son projet fiscal, Romney a nié fermement l'existence d'une quelconque volonté de réduction des revenus fédéraux, et a reconnu que les réalités politiques allaient peut-être le forcer à revenir sur certaines de ses promesses en matière de réduction drastique des taux d'imposition.

Des annonces incohérentes…

Romney s'est engagé à défendre le système de santé à payeur unique pour tous les Américains nés avant 1957, s'est enorgueilli du système de santé universel ratifié par sa personne dans le Massachusetts, a promis de ne pas toucher aux dépenses d'éducation fédérales, a défendu l'importance de la régulation dans le bon fonctionnement de l'économie de marché, et s'en est pris à Obama pour n'avoir pas su contrôler les grosses banques suffisamment sévèrement.

Le problème de tout cela, c'est précisément ce qui arrive, en général, quand on veut jouer de l'ardoise magique –de telles annonces sont incohérentes avec tous ses engagements précédents. 

…Vu sa feuille de route budgétaire

Vous ne pouvez pas suivre la feuille de route budgétaire rédigée par Paul Ryan, et validée par Mitt Romney, sans coupes sombres dans les dépenses d'éducation, ou sans dégraisser les agences de régulation fédérales.

Romney a promis de contrer Obama dans sa volonté d'étendre le système de santé du Massachusetts à l'ensemble du pays. Lors des primaires, Romney s'est présenté comme un abaisseur d'impôts radical, pas comme un type qui s'écraserait avec un «je toucherai peut-être aux taux d'imposition si le Congrès veut bien me le permettre».

Ryan est l'auteur d'un projet visant à privatiser la sécurité sociale, des idées que l'on retrouvait chez Romney en 2004 et dans son livre de 2010. Romney s'est aussi fait prendre par une caméra cachée alors qu'il dégoisait, en présence de ses soutiens financiers, sur les 47% d'Américains qui ne sont à ses yeux que des pillards et des parasites, et toute sa convention d'investiture a fait l'effet d'un hymne à la louange des patrons, pas des gens ordinaires.

Le talent de Romney pour le renouvellement

Ce soir, Obama n'a pas vraiment réussi souligner de telles contradictions. Et si Romney a un seul talent, c'est bien celui de renouveler son personnage. Être suffisamment flexible, idéologiquement parlant, pour remporter à la fois une élection générale dans le Massachusetts en 2002 et l'investiture républicaine en 2012 n'est pas une mince affaire.

Aujourd'hui, Romney a profité en plus d'une triple entente où les «questions domestiques» se sont uniquement portées sur les problématiques fiscales et budgétaires. On n'a pas réellement entendu parler d'environnement, de droits LGBT, de syndicats, de politique monétaire, de régulation fédérale au-delà de Dodd-Frank, d'immigration, de vie de famille, du rôle des femmes dans le monde du travail, ou de n'importe quelle autre question où les divergences idéologiques étaient difficiles à camoufler.

Quel Romney à la Maison Blanche?

Mais sur les sujets abordés, Romney a parfaitement réussi à se présenter comme un conservateur bien moins acharné que John Boehner, Mitch McConnell, ou même que le Mitt Romney qui a souvent été à l'affiche ces dix-huit derniers mois.

Savoir si ce sera le Mitt Romney qui se présentera à la Maison Blanche en 2013 s'il remporte l'élection de novembre est une tout autre question, mais le type à la télévision ce soir était bien plus attirant que celui qu'on a vu parcourir le pays pendant tout l'été.

Matthew Yglesias

Traduit par Peggy Sastre

Matthew Yglesias
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