Débat Obama/Romney: «C'est toi le plus fort Mitt» / «Non c'est toi Barack!»
A trois jours du débat, les candidats à la présidentielle américaine se couvrent de compliments. Un changement de ton de la campagne stratégique –et provisoire.
Par Cécile Dehesdin |
publié le 01/10/2012 à 17h27, mis à jour le 03/10/2012 à 17h01
Des manifestants à Charlotte, en Caroline du Nord, le 6 septembre 2012, dernier jour de la convention démocrate tenue dans cette ville. REUTERS/John Adkisson
A trois jours du débat entre Mitt Romney et Barack Obama, les Démocrates et les Républicains tentent aussi fort que possible de faire diminuer les attentes sur leur candidat et d'augmenter celles sur son rival. Ça donne quelque chose du genre «C'est toi le meilleur Barack» / «Non, c'est toi Mitt», ou, comme le résume ce tweet excédé du journaliste de Politico Ben White:
«L'idée mise en avant le débat: "Je serai simplement content si mon gars ne vomit pas du sang et ne tue pas à coup de hache notre rival."»
Pre-debate flak spin: "I'll just be happy if my guy doesn't vomit blood and flat out murder our opponent with an axe."
Ce petit jeu, surnommé le debate expectation game (le jeu sur les attentes du débat), est une figure aussi obligée de la campagne présidentielle américaine que les débats eux-mêmes. En 2004, Matthew Dowd, un des plus hauts responsables de la campagne de George W Bush, était allé jusqu'à dire que John Kerry était «le meilleur débateur depuis Ciceron»...
La partie 2012 se joue en 7 épisodes:
Episode 1: «Mitt n'a jamais été aussi prêt»
Tout commence avec un mémo de Jim Messina, de la campagne démocrate, qui affirme le 20 septembre qu'après «des semaines de préparations intenses pour le débat, y compris cinq faux débats en à peine 48 heures», Mitt Romney est «rapide, bien rodé et prêt à attaquer le Président de manière punchy».
Episode 2: «Barack est fort et je suis tout nouveau»
«Le Président est clairement un orateur doué et éloquent, il s'en sortira très bien. Moi, vous savez, je n'ai jamais participé à un débat présidentiel comme ça, et ça va être une nouvelle expérience.»
Episode 3: «Barack est trop occupé à sauver le monde et il parle trop»
«Il a dû équilibrer la campagne avec son rôle de président et sa gestion des évènements mondiaux. [...] Il aura moins de temps que ce que nous avions prévu pour s'affûter et réduire sa tendance à donner des réponses longues et substantielles.»
Episode 4: «Barack est le meilleur des communicants du monde entier»
Episode 5: «De toute façon, c'est les challengers qui gagnent les débats»
Mais la campagne Obama ne va pas se laisser faire comme ça, et le vendredi 28, David Axelrod envoie son propre mémo, où il explique:
«Déjà, nous nous attendons à un Mitt Romney préparé, discipliné et offensif, comme il l'était pendant les primaires. [...] Ensuite, les débats, et particulièrement le premier débat, sont généralement favorables aux challengers. Cinq des derniers six challengers ont été vus comme gagnants de leur premier débat contre un président sortant.»
Episode 6: «Mitt est vraiment nul» (Paul Ryan) vs «On déconne, Mitt va tout déchirer» (Chris Christie et John McCain)
Le candidat républicain a carrément vu son vice-président se porter à sa rescousse, le 30 septembre, quand Paul Ryan a résumé tous les arguments du parti contre son candidat, sur Fox News:
«Ecoutez, le Président Obama est un orateur très doué. Il est sur la scène nationale depuis des années, il a de l'expérience dans les débats, il a déjà fait ce genre de débats. C'est la première fois de Mitt sur une scène de cette ampleur.»
Le même dimanche, à trois jours donc du débat, autre son de cloche pour les Républicains: le gouverneur du New Jersey Chris Christie affirme sur une autre chaîne que le débat serait le début d'une nouvelle ère de la campagne, et que, en gros, Mitt va tous nous étonner. John McCain, après avoir noté que les deux candidats étaient «excellents», ajoute lui que Mitt a «plus d'expérience récente» de débats.
Episode 7: «Moi, Barack, bon en débat? Mais pas du tout!»
Toujours dimanche, Barack Obama, dans un rare élan de modestie, reste lui sur les mêmes arguments diffusés depuis une semaine par sa campagne, lors d'un meeting à Las Vegas: