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Quatre raisons pour lesquelles Romney n’a aucune chance avec les Latinos

Daphnée Denis, mis à jour le 16.10.2012 à 16 h 20

Cette minorité décisive dans plusieurs «swing states» fait partie des catégories qu'il doit reconquérir en priorité, par exemple à l'occasion du deuxième débat. Mais il part avec de sérieux handicaps...

Une femme devant l'entrée de la conférence annuelle de la National Association of Latino Elected and Appointed Officials, le 21 juin 2012 en Floride. REUTERS/David Manning

Une femme devant l'entrée de la conférence annuelle de la National Association of Latino Elected and Appointed Officials, le 21 juin 2012 en Floride. REUTERS/David Manning

Juste après avoir annoncé, mi-septembre, qu’il se fichait de 47% de l’Amérique, Mitt Romney a affirmé que ses origines caucasiennes lui nuisaient dans la course à la Maison Blanche. Tout aurait été différent, a-t-il estimé, si seulement ses parents avaient été Hispaniques.

«Si mon père était né de parents mexicains, j’aurais plus de chances de gagner la présidentielle, affirmait-il dans une des vidéos postées par le site Mother Jones. Malheureusement, ses parents étaient des Américains qui vivaient au Mexique [...] Je veux dire, je blague, mais ce serait utile d’être Latino.»

Son voeu a presque été exaucé quelques jours plus tard quand, invité à défendre ses propos sur la chaîne latinoaméricaine Univision, il est apparu un peu plus bronzé que nature.

Ridicule à part, la phrase de Romney marque un dilemme grave pour les Républicains. Les Latinos représentent 10% de l’électorat américain, et encore plus que cela dans plusieurs swing states (12% dans le Colorado, 14% dans le Nevada, 17% en Floride...).

Mais l’histoire d’amour entre la communauté hispanique et Romney, crédité de moins de 25% de leur vote par plusieurs instituts de sondages, est plus que compliquée, au point que CNN lui a assigné, parmi ses objectifs essentiels du débat du mardi 16 octobre, celui de «parler de manière crédible aux Latinos», chez qui il doit affronter un «manque décourageant de soutien» qui pourrait lui coûter l'élection. Explication en quatre actes de ses difficultés.

1.Romney n’aime pas du tout les sans-papiers

Les Républicains ont toujours pris à coeur la question de l’immigration, mais Romney est plus à droite que beaucoup d’autres membres de son parti à ce sujet. Difficile à expliquer à des... immigrés.  

Lors des primaires républicaines, l’ancien gouverneur du Massachusetts critiquait ainsi son adversaire texan Rick Perry, favorable au DREAM Act, une proposition de loi qui permettrait aux enfants de sans-papiers d’aller à l’université. Dans une vidéo depuis supprimée sur Youtube, la campagne Romney comparait Perry à l’ancien président mexicain Vicente Fox: le spot publicitaire reprochait au candidat Texan d’avoir autorisé les migrants mexicains à recevoir une éducation supérieure dans le «Lone Star State». Pas la meilleure technique pour séduire les Américains d’origine hispanique, autorisés à voter, eux.

Sur Univision, Romney a expliqué qu’il ne traquerait pas tous les sans-papiers pour les forcer à rentrer chez eux. Reste que son plan pour réduire le nombre d’immigrés illégaux est de les forcer à se «déporter eux-mêmes», en les empêchant de travailler à tout prix.

Récemment, il a répété vouloir trouver une solution au problème des sans-papiers, sans jamais entrer dans les détails de peur de perdre davantage de voix. Le candidat mormon a également annoncé qu’il arrêterait le procès fait à la très sévère loi d’immigration en Arizona, puis a embauché l’un de ses idéologues, le secrétaire d’Etat du Kansas, comme conseiller de campagne. Romney est aux Latinos des Etats-Unis ce que Sarkozy était aux Arabes de France.

2. La plupart des votants hispaniques font partie des «47%»

Les «47%» qui n’intéressent pas Romney sont, selon ses propres termes, les électeurs qui «voteront pour le Président quoi qu’il en soit». Or, la communauté latinoaméricaine se situe traditionnellement à gauche.  

«En général, le vote latino est démocrate à deux contre un, explique Michael Jones-Correa, directeur intérimaire du programme d’études latinoaméricaines à l’université de Cornell (New York). En ce moment, Obama mène à quatre contre un.»

Pourtant, selon un sondage de 2011, les Latinos donnent plus d’importance à l’état de l’économie et de l’éducation qu’à la politique d’immigration des candidats. Et le bilan Obama est loin de faire l’unanimité. Lors des dernières quatre années, l'administration Obama déporté plus d'immigrés illégaux qu'aucun autre président des Etats-Unis en un mandat

«Même si une partie de l’électorat hispanique n’est pas satisfaite, ils ne savent pas où se diriger. La seule solution qui s’offre à eux est de ne pas voter, non pas de choisir Romney», poursuit Michael Jones-Correa. La campagne démocrate en est consciente. Une publicité diffusée mi-septembre se moquait ainsi des efforts du candidat républicain. «Cette semaine, Mitt Romney doit faire face à un des défis les plus difficiles dans sa campagne de caméléon, annonçait une voix off. Réussir à faire que ses idées séduisent l’électorat latino.»

En outre, depuis le mois de juin, Obama a permis que les immigrants illégaux de moins de 30 ans puissent demander des permis de travail, ce qui l’a fait revenir dans les bonnes grâces des Hispaniques.

3. Le camp Romney fait des blagues vraiment nulles sur les Latinos

La pique sur la nationalité de papa Romney n’était qu’une boutade parmi d’autres. Le candidat a par exemple également fait remarquer au public de Floride que, comme eux, il était sans emploi.

Et Mitt n’a pas l’exclusivité du sarcasme hispanique. D’autres membres de sa campagne font preuve d’un humour tout aussi fin. Quand le candidat cherchait encore l’investiture des Républicains, par exemple, l’une de ses conseillères, d’origine cubaine, l’avait ainsi relooké pour rencontrer les Latinos de Floride, encore une fois.

«Vous devez porter des jeans, lui avait-elle ordonné. Pas de cravate. Et puis, décoiffez-vous un peu. Por favor. On est des gens modestes.»

Sa stratégie était probablement la bonne, mais il n’est pas certain que ledit public ait aimé découvrir la manipulation dans le Washington Post quelques jours plus tard.

Dans un autre moment de génie humoristique, les représentants du candidat ont expulsé un de ses supporters cubains parce qu’il portait une affiche prônant les mérites du café de son pays. Romney est mormon et donc opposé à la caféine sous toutes ses formes, lui auraient-ils fait savoir.

4. Même les Républicains d’origine hispanique ne sont pas fans de Romney

C’est un Américain d’origine cubaine, Marco Rubio, qui a prononcé le discours de présentation de Romney lors de la Convention républicaine. Pourtant, comme le souligne Michael Jones-Correa, ses paroles étaient moins destinées à chanter les louanges de Mitt qu’à se situer lui-même dans la course à la nomination en 2016. Le jeune sénateur de Floride a en effet très peu parlé de Romney et surtout évoqué la vie de ses parents, des enfants d’immigrés, dans son discours.

Quoi qu’il en soit, Rubio n’est pas représentatif de la majorité latinoaméricaine, continue Jones-Correa. Un temps pressenti pour être le colistier de Romney, il ne créerait une différence que dans le swing state dont il est l'élu, la Floride, où Romney n'accuse qu'une poignée de points de retard auprès de l'électorat latino et est en tête des sondages globaux.

De même, Susana Martinez, la gouverneur du Nouveau-Mexique —Etat où Romney accuse une dizaine de points de retard—, s’est prononcé contre Obama et non en faveur de Romney à la convention de Tampa. «Mitt Romney et moi sommes très différents, précisait-elle ainsi à la fin de son discours. Nous n’avons pas commencé nos vies de la même manière, nous ne sommes pas arrivés au pouvoir de la même manière, nous avons des cultures différentes. Mais nous partageons notre confiance en l’Amérique.» 

Un peu trop vague pour convaincre. A Tampa, Romney ne portait pas de jeans.

D.D.

Daphnée Denis
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Journaliste
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