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Mitt Romney peut-il redresser sa campagne?

John Dickerson, mis à jour le 26.09.2012 à 10 h 37

Le candidat républicain s'est toujours présenté comme un homme sur-expérimenté capable de résoudre tous les problèmes. Cela fonctionnera-t-il pour son propre pari de conquérir la Maison Blanche?

Mitt Romney lors d'un meeting à Pueblo (Colorado), le 24 septembre. REUTERS/Brian Snyder.

Mitt Romney lors d'un meeting à Pueblo (Colorado), le 24 septembre. REUTERS/Brian Snyder.

Mitt Romney est un expert ès redressement de situation: il affirme qu’il peut remettre les Etats-Unis sur la bonne voie. Mais avant tout, il doit montrer qu’il est capable de le faire avec sa propre campagne.

En 2008, quand Barack Obama s’est présenté aux élections présidentielles, lui et ses représentants ont expliqué que sa manière de faire campagne illustrait celle dont il entendait gouverner. Sénateur depuis un seul mandat, il était obligé d’en passer par là puisqu’il n’avait aucune expérience dans le domaine.

Romney se vend comme l’exact opposé: il a tellement d’expérience qu’il est capable de redresser n’importe quoi. Que ce soit votre entreprise ou vos Jeux olympiques, il peut parfaitement débarquer, trouver où est le problème et le résoudre.

Evidemment, la position officielle de la campagne de Romney est de dire que tout va bien. C’est assez naturel. Tout le monde sait qu’il ne faut jamais avouer que les choses vont de travers, même pendant que vous êtes discrètement en train de les remettre sur le droit chemin.

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Quelle meilleure qualité, pour un leader, que de ne pas brasser de l’air dès que ses supporters s’inquiètent ou manifestent leur mécontentement? Dans ce domaine, Romney a énormément d’entraînement. Il a dû, plusieurs fois, rassurer ses partisans et leur affirmer qu'il n'y avait aucun cadavre dans le placard.

Réussir à établir le contact

Mais le temps est compté, et les choses changent. Les conseillers de Romney ont annoncé qu’il allait commencer à être plus précis sur ce qu’il allait faire s’il était élu. Il a déjà évoqué des politiques, sans résultat. Maintenant, il va essayer d’expliquer comment celles-ci vont pouvoir affecter la vie quotidienne des gens.

Or, pour passer à cette étape, il faut établir le contact, ce que Romney n’a pas encore réussi à faire. Pour l’aider à créer ce lien, son équipe de campagne explique que le candidat républicain va passer moins de temps à lever des fonds et davantage à solliciter plus directement des voix pendant sa tournée électorale.

Il organise un bus tour dans l’Ohio, qui pourrait bien prendre la forme d’un chapelet d’événements à proximité d’un bus plutôt que d’une tournée à proprement parler. Dans ses spots télévisés, il va commencer à parler directement à la caméra pour tenter de créer une sorte de lien.

C’est à ce niveau-là que la vidéo de Romney s'adressant aux donateurs de Boca Raton, en Floride, qui a récemment été rendue publique, pourrait lui mettre des bâtons dans les roues. S’il veut vendre sa soupe, Romney ne peut pas se permettre de risquer d’en dégoûter les électeurs. Le fait qu’il ait ouvertement rejeté 47% du pays n’a pas franchement joué en sa faveur.

Comme politiquement, Romney ne sait pas se vendre, il lui est difficile d’établir un lien qui ait un effet aussi indélébile que celui de la vidéo secrète. Comme l’a déclaré un vétéran de la campagne républicaine:

«J’ai eu l’impression en regardant cette vidéo que je voyais le vrai Mitt Romney pour la première fois.»

Romney a donc besoin de paraître lui-même à nouveau –mais pas en insultant la moitié du pays.

Une vision claire pour les 40 derniers jours

Pour réaliser ce nouveau projet, il va avoir besoin de tout le savoir-faire qu’il affirme être capable d’apporter à la présidence. Il devra exprimer clairement sa vision pour les 40 derniers jours, impliquer son équipe et s’y adonner sans relâche. Comme il l’a écrit dans Turnaround: Crisis, Leadership and the Olympic Games:

«Il faut rester concentré, concentré, concentré. Les tentatives de redressement qui ont échoué l’ont fait parce que la direction essayait de faire trop de choses à la fois plutôt que de rester concentrée sur ce qui était critique.»

Sa campagne manque manifestement de concentration depuis des semaines.

Si Romney parvient à établir ce lien, son équipe de campagne espère convaincre les électeurs déçus par Obama qu’il a un vrai projet pour l’avenir. Comme le disent les conseillers de Romney, les électeurs qu’ils ciblent ne pensent pas nécessairement qu’Obama aggrave la situation, mais ils sont ouverts à l’idée que Romney est capable de l’améliorer. Ils pensent qu’Obama est simplement en sous-performance, et que ça ne suffit pas.

En voulant jouer sur cette impression, l’équipe de campagne de Romney a battu son record absolu de dénonciation de «gaffes» le 20 septembre. Désireuse de montrer que le président était résigné à rester coincé dans un médiocre statu quo, elle a exploité une phrase prononcée par lui lors d'un entretien avec la chaîne en espagnol Univision. «On ne peut pas changer Washington de l’intérieur, a déclaré Obama lorsqu’on lui a demandé quelle était la plus grande leçon qu’il avait apprise. On ne peut le changer que de l’extérieur.»

En réalité, cela n’a rien d’une gaffe. L’idée que le vrai changement vient de la base électorale est ce qui a animé la campagne d’Obama en 2008. C’est aussi ce qu’il répète inlassablement depuis des mois au sujet de sa propre campagne, quand il explique aux électeurs qu’il a besoin d’eux pour l’aider à changer Washington.

C’est comme ça que s’y prend quelqu’un de l’intérieur pour prétendre qu’il est encore un outsider. L’idée qu’Obama ait «abandonné» est d’autant moins crédible que le président a enchaîné en disant que cette pression venue de l’extérieur l’avait précisément aidé à faire voter la réforme du système de santé et les réductions fiscales à destination de la classe moyenne. Il voulait parler de la manière dont on contourne les obstacles à Washington, pas dire qu’il s’y était résigné.

Obama vend son propre redressement

Ce qu’Obama est en train de faire, c’est vendre son redressement à lui. Washington est bloqué: alors, il explique que pendant son second mandat, avec encore plus d’aide extérieure, il sera capable de construire sur les succès du premier mandat, là où la pression extérieure l’avait déjà aidé à gagner la partie.

Le président –comme tous ses prédécesseurs– a une vision surdimensionnée de sa capacité à contourner le Congrès pour s’adresser directement au peuple afin de parvenir à ses fins. C’est bien plus difficile que les présidents ne le croient, et presque impossible si le pays n’est pas déjà à vos côtés. Et, malgré ce que peut dire Obama, il n’a pas si bien réussi à utiliser la force de la base électorale pour changer les mentalités sur le système de santé.

Certes il a essayé, en tentant d’activer son équipe de campagne, «Organizing for America», de créer une lame de fond. Mais il n’a convaincu aucun républicain de Washington. En fait, l’appétit du public pour une réforme du système de santé avait considérablement diminué depuis qu’Obama s’en était fait le défenseur.

L’été dernier, lors d’un célèbre bras de fer contre le leader républicain de la Chambre des représentants Eric Cantor sur le plafond de la dette, le président avait dit: «Ne me force pas à abattre mes cartes» —ou j’en appellerai au peuple américain. Cantor l’a forcé, Obama en appelé au peuple et il s’est largement planté. Aucune pression ne fut créée pour faire bouger les Républicains de leur position, et le président ne tarda pas à essuyer une cote de popularité parmi les plus basses de son mandat.

Ce qu'Obama a dit devant les caméras d’Univision n’était pas uniquement un cliché inoffensif sur l’importance du pouvoir de la base électorale, mais une idée si inconséquente qu’elle confinait à la platitude bipartisane. Les politiciens des deux partis ont régulièrement recours à cette expression quand ils veulent trouver un truc un peu malin à dire ou simplement qu’ils ont besoin de se reposer la matière grise. Par exemple, comme le souligne Ben Smith de Politico, lors d’un débat en 2007, le candidat républicain Mitt Romney avait dit:

«Je ne crois pas qu’on puisse changer Washington de l’intérieur. Je crois qu’on le change de l’extérieur.»

N’importe quel fan du Tea Party qui se respecte ne peut qu’approuver la vérité de base de cette déclaration. Et cela renvoie au défi qu’affronte notre expert du redressement en ce moment même. Devant la pression venue de l’extérieur, Romney doit montrer qu’il peut apporter un changement de l’intérieur.

John Dickerson

Traduit par Bérengère Viennot

NDLE: passage coupé par Slate.fr, la version originale est ici. Retourner à l'article

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