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Pourquoi Romney a-t-il payé trop d'impôts?

Jacob Weisberg, mis à jour le 22.09.2012 à 11 h 40

En avouant qu'il n'avait pas profité à plein des déductions auxquelles il avait droit, le candidat républicain reconnaît implicitement que les gens comme lui devront payer davantage.

La feuille d'impôts 2011 de Mitt Romney, publiée sur son site de campagne.

La feuille d'impôts 2011 de Mitt Romney, publiée sur son site de campagne.

Il est rare de voir des hommes politiques républicains donner de l'argent au gouvernement fédéral. Mais c'est pourtant ce que vient de faire Mitt Romney.

Dans un communiqué publié sur son site de campagne, vendredi 21 septembre, et portant sur la toute dernière déclaration fiscale de Romney, Brad Malt, son mandataire fiduciaire, fait remarquer que le candidat et son épouse vont payer 1.935.708 dollars (près de 1,5 million d'euros) d'impôts, sur 13.696.951 dollars de revenus, soit un taux d'imposition effectif de 14,1%. Malt souligne aussi que les Romneys n'ont déduit que 2,25 millions de dollars de dons, alors qu'ils ont octroyé plus de 4 millions de dollars aux bonnes œuvres. Il justifie la chose ainsi:

«Les Romney ont donc limité les déductions de leurs dons aux bonnes œuvres pour se conformer aux propos que le gouverneur avait tenus en août et qui se fondaient sur l'estimation de ses revenus calculée en janvier, montrant qu'il avait payé au moins 13% d'impôts tous les ans ces dix dernières années.»

Cette explication est fantaisiste à bien des égards. Premièrement, si Romney s'est engagé à payer au moins 13% d'impôts, pourquoi a-t-il limité ses déductions pour abaisser son taux d'imposition à 14,1%, alors qu'il était éligible à bien plus?

«Jamais payé moins de 13% d'impôts»

En réalité, Romney n'a jamais promis de payer au minimum 13% d'impôts, ou plus que ce qu'il devait en 2011. En août, pour répondre au sénateur démocrate Harry Reid qui affirmait (sans preuves) qu'il n'avait pas payé d'impôts les années précédentes, Romney avait déclaré aux journalistes:

«J'ai passé en revue mes avis d'imposition de ces dix dernières années, et je n'ai jamais payé moins de 13% d'impôts. Je crois que l'année dernière, c'était 13,6%, ou quelque chose d'approchant. J'ai donc bien payé des impôts tous les ans».

En le remettant dans le contexte, ce passage en revue porte manifestement sur les années pour lesquelles les impôts de Romney ont d'ores et déjà été calculés et payés, soit 2010 et les années précédentes. «L'année dernière» se réfère sans doute à 2010, quand son taux d'imposition effectif était en réalité de 13,9%. Il serait absurde que Romney parle de 2011, une déclaration que ses comptables n'avaient pas encore finalisée et qui n'est pas exigible, par conséquent, avant le 15 octobre.

Mais en payant trop d'impôts, Romney est clairement revenu sur un engagement qu'il avait pris, entre autres, sur ABC. A David Muir, il avait déclaré:

«Je ne paye pas davantage que ce qui m'est légalement demandé et, franchement, si j'en payais davantage, je ne pense pas que je serais qualifié pour devenir président. A mon avis, les gens veulent que je respecte la loi et que je m'acquitte simplement des impôts que la législation fiscale exige.»

Selon ses propres termes, il n'est donc pas qualifié pour devenir président. Mais si ce trop-plein volontaire d'impôts révèle l'absurdité de Mitt Romney, il souligne aussi l'absurdité du système fiscal américain actuel.

Une législation qui favorise les riches

Si Romney doit si peu d'impôts, c'est parce que la législation fiscale favorise les riches. Quand le taux d'imposition maximal des salaires, traitements et pourboires est de 35%, le taux maximum des intérêts, dividendes et des capitaux à long-terme ne dépasse pas les 15%.

Ce qui est économiquement inefficace, vu que les entreprises et les individus sont incités à structurer leurs affaires de manière à pouvoir profiter du différentiel. Et aussi instinctivement injuste, parce que cela privilégie un gérant de hedge fund et ses bonus plutôt qu'un ouvrier d'usine et son salaire.

La charitable offrande que Romney vient de faire au Trésor témoigne de cette injustice. Si Romney a décidé de payer trop d'impôts, c'est simplement parce que beaucoup de gens, et peut-être même lui, sentent qu'il y a quelque-chose de déplorable dans le fait qu'un individu qui a gagné 13,7 millions de dollars ne soit taxé qu'à 13%, quand un travailleur doit verser 15,3% d'impôts dès qu'il touche son premier dollar de salaire (ce qui a été temporairement réduit à 13,3%).

En cédant à ses détracteurs politiques et à la pression morale sur la faiblesse de ses contributions fiscales, Romney admet implicitement que, dans un système plus juste, les gens comme lui devront payer davantage.

Jacob Weisberg 

Traduit par Peggy Sastre

Jacob Weisberg
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