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USA 2012: sur combien d'électeurs se joue vraiment la présidentielle?

Cécile Dehesdin, mis à jour le 01.10.2012 à 11 h 40

Le scrutin est souvent plus serré qu'on ne le croit: si, en 2008, Barack Obama avait devancé John McCain de près de 10 millions de voix, un déplacement de 450.000 voix du candidat démocrate vers le républicain aurait pu suffire à faire basculer l'élection.

Un électeur vote à Chicago (Illinois), le 4 novembre 2008. REUTERS/Shannon Stapleton.

Un électeur vote à Chicago (Illinois), le 4 novembre 2008. REUTERS/Shannon Stapleton.

Bud Johnson vit au Nouveau-Mexique avec sa fille Molly. Il doit la retrouver pour voter aux présidentielles mais, alcoolique et irresponsable, il lui pose un lapin. Exaspérée, Molly entre dans le bureau de vote où l’assesseur s’est endormi, prend le bulletin de son père et l’insère dans la machine, mais une panne de courant empêche le vote d'être comptabilisé. L’élection est tellement serrée qu’elle se joue à une voix près, celle-ci.

Cette histoire, c’est celle de Swing Vote, un film de 2008 avec Kevin Costner. Et si, dans la vraie vie, jamais une élection présidentielle américaine ne s’est jouée à une voix près, le combat Bush-Gore en 2000 s’est bien achevée sur un écart de 537 voix, après recompte, en Floride.

La fiction permet ici de souligner une réalité: aux Etats-Unis, les voix ne se valent pas toutes. Comme nous l'avons déjà expliqué, ce n'est pas le total national des suffrages qui compte mais les grands électeurs remportés dans le cadre de chaque Etat (le candidat arrivé en tête rafle tous ces grands électeurs), certains étant plus serrés que d'autres: la Californie étant traditionnellement acquise aux Démocrates, la voix d'un électeur californien a moins de poids pour les deux camps que celle d'un électeur de Caroline du Nord ou de l'Ohio, par exemple, qui peuvent basculer d'un camp à l'autre.

Toujours plus serré qu'en France

Le 6 mai dernier, près de 1,2 million de voix séparaient François Hollande de Nicolas Sarkozy: il aurait fallu au candidat UMP «renverser» au moins 600.000 électeurs de son adversaire socialiste pour l'emporter. Aux Etats-Unis, en 2008, Barack Obama avait devancé John McCain de 10 millions de voix, mais pour que le Républicain gagne, il n'aurait pas eu besoin de renverser 5 millions d'électeurs, mais seulement 450.000.

C'est en tout cas la conclusion d'un modèle élaboré par Michael R. Sheppard, de l'université du Michigan, lors de ses études en statistiques, pour trouver le plus petit nombre de votes nécessaire pour changer le vainqueur de chaque élection.

Il a calculé pour tous les scrutins le nombre et l’origine géographique des voix nécessaires pour faire gagner le candidat perdant. En 2008, donc, Obama a remporté 365 grands électeurs contre 173 pour McCain: pour l’emporter, ce dernier aurait dû obtenir 270 grands électeurs et, pour cela, remporter avec au moins une voix d’avance la Caroline du Nord, l’Indiana, le New Hampshire, l’Iowa, la Floride, l’Ohio et la Virginie.

Soit, donc, renverser 450.000 voix au total. Et les années précédentes, c'était parfois beaucoup moins: un peu plus de 9.000 voix pour Ford face à Carter en 1976, un peu moins de 12.000 en 1960 pour Nixon face à Kennedy... Et donc 269 voix seulement (la moitié de 537) en 2000 pour Gore face à Bush.

Combien de voix à faire basculer pour Romney?

En 2008, ces 450.000 voix calculées par Sheppard représentaient moins de 2% du total des votants dans ces Etats. Un chiffre qui semble symboliser une élection très serrée, mais sept Etats sur cinquante à renverser, ça l’est déjà moins.

Si ce modèle est intéressant, il ne faut en effet pas oublier qu’il cherche à répondre à la question «Quel est le plus petit nombre de voix nécessaires à changer pour renverser les résultats de l’élection?» —pas à savoir si ces voix sont les plus probables ou les plus faciles à obtenir.

Par exemple, en 2004, John Kerry aurait gagné l’élection s’il avait remporté les 20 grands électeurs de l’Ohio, un Etat particulièrement serré (il y a perdu de 120.000 voix, environ deux points d'écart). Mais le modèle de Sheppard préfère à ce scénario celui –moins réaliste– d’une victoire de Kerry dans le Colorado, le Nouveau-Mexique et l’Iowa, parce qu’il aurait nécessité un plus petit nombre de voix changées, alors que l'écart en pourcentage frôlait les cinq points dans ce dernier Etat.

S’il ne peut se réaliser sérieusement qu’après l’élection, l’exercice reste néanmoins intéressant pour chercher où pourrait basculer celle de 2012. Au 27 septembre, la moyenne des sondages donnait 206 grands électeurs acquis ou penchant vers Romney: le gain du Colorado, de la Floride, de l'Iowa, du Nevada, du New Hampshire et de la Virginie lui permettrait de passer la barre des 270. En tenant compte des sondages dans ces Etats, et d'un nombre de votants comparable à celui de 2008, cela donne autour de 250.000 voix à faire basculer.

L'électeur décisif habite le Nevada

L'étude de Sheppard permet aussi de voir quels Etats sont historiquement cruciaux. Le Wall Street Journal notait ainsi en 2008 qu'elle permettait de voir que, sur les 24 élections auxquelles ils avaient participé, les électeurs du Nouveau-Mexique (l'Etat de Swing Vote!) avaient fait partie 17 fois de la «combinaison gagnante» d'Etats que le perdant aurait dû gagner pour faire basculer l'élection.

Suivaient deux autres Etats peu médiatisés, le Delaware et le Nevada: le statisticien du New York Times Nate Silver publie d'ailleurs sur son blog un classement des Etats selon la probabilité qu'un seul de ses électeurs fasse basculer l'élection entière, où l'Etat des casinos et machines à sous arrive premier.

© Nate Silver. Ce tableau signifie qu'à la date du 27 septembre, si un seul électeur devait faire basculer l'élection entière, la probabilité la plus forte serait qu'on le trouve dans le Nevada. Cliquer sur le tableau pour accéder au blog de Nate Silver.

Car la quête de l’électeur qui changera le destin des présidentielles continue. ABC News titrait ainsi un article récent «Voici Mary Barker, elle va décider du prochain président», tirant le portrait du swing state de la Virginie à travers l’histoire d'une bibliothécaire retraitée de l’Etat, qui a voté pour Obama en 2008 et n’est pas sûre de recommencer. Si l'élection se joue à une seule voix, peut-être deviendra-t-elle l'héroïne du film Swing Vote 2?

Cécile Dehesdin

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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