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Mitt Romney change complètement sa campagne en promettant d'être plus précis

John Dickerson, mis à jour le 19.09.2012 à 18 h 47

Nul besoin de s'en faire, selon l'équipe de campagne de Mitt Romney. Ils essayent juste quelque chose de complètement nouveau.

Mitt Romney parle à la Chambre de commerce hispanique à Los Angeles, le 17 septembre 2012. REUTERS/Jim Young

Mitt Romney parle à la Chambre de commerce hispanique à Los Angeles, le 17 septembre 2012. REUTERS/Jim Young

Ce lundi 17 septembre, l'équipe de campagne de Romney a tenu une conférence téléphonique pour répondre à un besoin qui, semble-t-il, n'existe pas. Ed Gillespie, l'un des principaux conseillers du candidat républicain, a indiqué que, dans les semaines qui viennent, Mitt Romney allait mieux expliciter sa stratégie politique.

La semaine dernière, l'entourage de Romney désavouait les commentateurs de droite qui en appelaient justement à un tel remaniement. Un membre du sérail m'avait alors dit que seuls les ermites fatigués des chaînes câblées s’inquiétaient de l'imprécision de Romney.

Ce lundi, Gillespie a présenté cette manœuvre comme une évolution naturelle, réclamée par un électorat rationnel. Les électeurs «veulent savoir "en quoi cette mesure va améliorer ma vie?"», a déclaré Gillespie. «Nous savons aussi qu'ils veulent qu'on leur précise les choses. Nous allons répondre à cette demande.»

Nervosité ou stratégie audacieuse?

Soit la nervosité commence à gagner la campagne de Romney, soit le candidat et ses conseillers ont décidé de transformer subitement leur méthodique prudence en stratégie violemment audacieuse. En moins d'une semaine, c'est la deuxième fois que la campagne républicaine joue les têtes brûlées.

La semaine précédente, quand le chaos commençait à s'emparer du Moyen-Orient, Romney a voulu s'en prendre au président. Aujourd'hui, il choisit non seulement un autre cap, mais, une fois n'est pas coutume, il annonce à l'avance son changement d'orientation.

Pourquoi tant d'agitation? Pour les aides de camp de Romney, et ils insistent là-dessus, cela n'a rien à voir avec les sondages. Si certaines enquêtes nationales montrent un Obama en tête, et si la tendance semble par ailleurs se confirmer dans quelques États stratégiques, l'entourage du candidat républicain préfère les chiffres de Rasmussen et du dernier sondage Gallup qui montrent que l'avance prise par Obama après la convention démocrate commence à s'essouffler.

Ils affirment aussi que ce nouveau virage n'est en rien une réponse à l'article paru dimanche dans Politico, qui ressemblait à une belle mise en boîte, fourrée dans un gros paquet de reproches, le tout enrobé d'une épaisse couche de sarcasmes.

Si cette nouvelle agressivité n'est pas teintée d'un soupçon de panique, l'écurie républicaine devra trouver une explication plus crédible vu que, depuis le début de la campagne, elle a plutôt fait preuve d'un sang-froid rassurant face aux critiques –un peu du genre «on tient bon la barre et on avance».

Mais aujourd'hui, on se presse dans la salle des machines. (Et lundi soir, c'était tout le monde sur le pont avec l'apparition d'une vidéo montrant Romney faire une croix sur les 47% d'Américains qui prévoient de voter pour Obama, tout en les présentant comme de léthargiques sangsues à allocations qui ne payent pas d'impôt; on peut penser que ce n'est pas de tels pourcentages que l'équipe de Romney avait en tête en annonçant un regain de précision).

Une nouvelle stratégie bienvenue

Cette marche vers l'exactitude est la bienvenue. Pour commencer, elle poussera peut-être le président à expliciter, lui aussi, sa stratégie. (Au fait, Cher Monsieur, quels sont vos projets à long terme pour le Medicare?)

Mais ce n'est pas la première fois que l'équipe républicaine joue cette carte. Au moment de la désignation de Paul Ryan comme colistier, l'entourage de Mitt Romney avait présenté ce choix comme un projet audacieux, fondé sur un ensemble d'idées très précises.

Chez les conservateurs qu'on entendait râler depuis le début de l'été, la nomination de Ryan fut aussi accueillie de la même manière, et ils se mirent à écrire des tribunes dithyrambiques vantant la hardiesse de Romney. Mais comme la campagne de Ryan ne s'est finalement pas tant axée sur des idées flambant neuves que sur les défauts d'Obama, la fine fleur conservatrice a recommencé à rouspéter depuis la semaine dernière.

Cette fois-ci, que pouvons-nous attendre de la campagne de Romney? Une possibilité, c'est que tout ce virage annoncé vers la précision ne soit qu'un moyen d'amadouer les commentateurs.

C'est une astuce politique usée jusqu'à la corde, et qui consiste à annoncer une chose en espérant que l'annonce du changement suffise et vous évite d'avoir à réellement le mettre en pratique. Les collaborateurs d'Obama ont souvent claironné sur le «virage vers l'emploi» de leur patron, par exemple. 

Pas un sérum de vérité auto-administré

Une autre possibilité, c'est que Romney commence enfin à caler sa stratégie sur les attentes de la population. Selon Gillespie, c'est ce que le gouverneur Romney fera dans ses nouveaux spots télé, ses prochains discours et ses futures réunions.

Donc quand il dit que les États-Unis accéderont à l'indépendance énergétique d'ici 2020, il expliquera qu'il y arrivera en donnant son feu vert à l'oléoduc de Keystone, en accordant davantage de droits de forage pour l'exploration offshore et en levant le moratoire sur les forages dans le Golfe du Mexique.

Mais que personne ne prenne cette nouvelle stratégie pour un sérum de vérité auto-administré. Si c'était le cas, le gouverneur Romney devrait se mettre à faire campagne sur une explication détaillée de son formidable soutien au Medicare, préciser comment tout cela va fonctionner, quelles sont les données qui sous-tendent son projet et comment –à part en demandant de lui faire confiance– il compte s'y prendre pour maintenir la qualité des soins tout en en abaissant les coûts.

C'est d'ailleurs une tactique que l'équipe d'Obama aimerait le voir adopter –oui, sois suffisamment précis pour qu'on puisse te tomber sur le râble, s'il te plaît. Mais aucun politicien contemporain n'ira aussi loin dans les petits caractères, y compris le président Obama.

D'un autre côté, si votre colistier a des plans détaillés pour transformer le Medicare et la sécurité sociale en poche (comme Paul Ryan) et que vous choisissez de n'expliciter que votre stratégie énergétique, c'est que vous essayez de cacher quelque-chose.

Précis mais pas trop

Sur le plan budgétaire, non plus, il ne faut pas s'attendre à voir Romney préciser trop les choses. Quand on lui a demandé quelles lacunes législatives il avait l'intention de combler, Paul Ryan a répondu que la campagne républicaine n'allait mentionner que des «cadres», qu'ils travailleraient ensuite sérieusement après l'élection. Ce qui, selon lui, manifeste leur profonde compréhension du processus législatif.

Le gouverneur Romney n'a pas l'intention d'arriver devant le Congrès et de lui imposer ses réformes, il veut que le Congrès ait un rôle actif dans la manœuvre. Si nous prenons cet argument pour argent comptant, alors Ryan justifie son imprécision quasiment de la même manière qu'Obama. Mais quand l'équipe démocrate argue en faveur de «cadres», les républicains ridiculisent son manque de leadership.

Aujourd'hui, l'élan de Mitt Romney vers la précision est presque aussi casse-cou que celui qui, la semaine dernière, l'a poussé à incriminer le président pour la violence au Moyen-Orient, qui s'est soldée par la mort de quatre Américains en Libye, dont son ambassadeur.

Selon un sondage Pew, la manœuvre n'a pas été des plus efficaces. Seuls 26% des individus qui suivent ce qui s'est passé en Libye soutiennent Romney et sa gestion des événements. Il sera peut-être plus chanceux avec cette nouvelle stratégie, même s'il n'a plus beaucoup de temps.

Il ne lui reste que deux semaines avant le premier débat télévisé et 50 jours avant l'élection pour clarifier ses spécificités politiques. C'est peu. Mais encore une fois, il faut avouer qu'il y a une semaine à peine, une bonne partie de son équipe de campagne ne le voyait pas s'atteler à de telles questions –du moins, pas précisément.

John Dickerson

Traduit par Peggy Sastre

John Dickerson
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