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Moyen-Orient: Obama et le syndrome Carter

Eric Leser, mis à jour le 24.09.2012 à 9 h 31

L'assassinat de Christopher Stevens en Libye et les attaques contre les représentations américaines viennent en écho à l'humiliation essuyée en Iran par le président démocrate à la fin des années 1970.

Des manifestants détruisent un drapeau américain devant l'ambassade américaine au Caire, le 11 septembre 2012. REUTERS/Mohamed Abd El Ghany.

Des manifestants détruisent un drapeau américain devant l'ambassade américaine au Caire, le 11 septembre 2012. REUTERS/Mohamed Abd El Ghany.

Depuis quatre ans, les Républicains cherchent à coller l'étiquette, infamante, de nouveau Jimmy Carter sur Barack Obama. Le premier et seul mandat (1977-1981) de Jimmy Carter, 39e président des Etats-Unis, s'était terminé par une crise économique majeure et une terrible humiliation des Etats-Unis. Pendant 444 jours, 43 membres de l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran avaient été pris en otage par des islamistes qui venaient de chasser le Shah et une opération militaire de sauvetage avait lamentablement échoué.

L'assassinat de l'ambassadeur Christopher Steven à Benghazi et de trois Américains et les images de foules d'islamistes haineux attaquant impunément les consulats et ambassades américaines en Libye, au Yémen, au Caire et à Tunis viennent en écho à cette humiliation.

Désarroi perceptible

Ce n'est pas pour rien si l'ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU, Susan Rice, a été contrainte d'affirmer ce week-end, sur la chaîne de télévision américaine ABC, que non, les Etats-Unis «ne sont pas impotents…» face aux foules fanatisées.

Le désarroi était plus que perceptible dans les propos de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton après l'assaut contre le consulat américain de Benghazi le 11 septembre:

«Aujourd'hui, de nombreux Américains se demandent —et je me le suis demandé moi-même— comment cela a pu se produire? Comment cela a pu se produire dans un pays que nous avons aidé à se libérer, dans une ville que nous avons sauvé de la destruction? Cette question souligne comme le monde est compliqué et parfois déconcertant

Quel terrible aveu.

Plus inquiétant encore, toujours au lendemain de l'assaut meurtrier sur le consulat américain de Benghazi, tandis que plusieurs ambassades américaines étaient menacées, le général Martin Dempsey, chef de l'état-major combiné américain, appellait le pasteur Terry Jones en Floride pour lui demander de retirer son soutien à la vidéo stupide, dégradante et ridicule sur Mahomet. Comme si le premier militaire américain imaginait qu'une vidéo aussi nulle et le soutien d'un pasteur extrémiste à peine connu hors des Etats-Unis avaient un vrai rapport avec ce qu'il se passait dans les rues du Caire et de Tunis.

L'administration Obama dans le déni

L'administration Obama est aujourd'hui dans le déni. Considérer que la haine anti-américaine et occidentale est liée à l'existence d'une vidéo lamentable sur internet est absurde. Les manifestations et attaques ont été préméditées.

En Egypte, la foule était notamment menée par Mohammed al-Zawahiri, le frère du numéro un d'al-Qaida, Ayman al-Zawahiri. La veille de l'attaque à Benghazi, al-Qaida avait diffusé une vidéo de ce dernier demandant de s'en prendre aux intérêts américains pour venger la mort de son numéro deux Abou Al Yahya al-Libi, tué par un drone américain au Pakistan en juin. Il annonçait explicitement une attaque en Libye.

La veille de sa mort, un diplomate américain en poste à Benghazi, Sean Smith, annonçait une attaque imminente. Il écrivait en ligne:

«Il n'est pas sûr que nous ne mourrions pas ce soir. Nous avons vu un de nos "policiers" qui garde le bâtiment prendre des photos.»

La nature préméditée et coordonnée de l'attaque est évidente. Les assaillants étaient armés de lance-roquettes et de fusils mitrailleurs. Ils connaissaient l'emplacement du bunker aménagé dans le consulat. Ils ont tendu une embuscade à des Marines qui se portaient au secours des assiégés. Et pourtant, l'administration américaine explique toujours, au contraire du gouvernement libyen, que l'attaque était «spontanée».

Si la comparaison avec Carter est évidemment contestable, l'échec de la politique d'ouverture d'Obama vis-à-vis du monde arabe et musulman n'en est pas moins flagrant.

Ce n'est pas une coincidence si les attaques les plus violentes se sont produites dans des pays qui ont connu le fameux printemps arabe: l'Egypte, la Tunisie, la Libye et le Yémen. L'administration Obama, qui, directement ou indirectement, au nom de la doctrine de la main tendue du discours du Caire de juin 2009, a soutenu les forces qui ont renversé les dictatures dans ces pays, est aujourd'hui dans une impasse. Le rejet de la modernité, des occidentaux et le sentiment d'humiliation sont toujours aussi forts dans le monde arabe.

Méfiance d'Israël et de l'Arabie Saoudite

Et non seulement Washington a perdu des alliés précieux en Egypte et en Tunisie, mais pour avoir lâché des régimes pro-américains, l'administration Obama suscite maintenant la méfiance voire la défiance de ses deux alliés historiques, Israël et l'Arabie Saoudite. Et son troisième allié historique, la Turquie, est devenue récalcitrante. La République turque laïque pro-occidentale a changé de nature. Le régime islamiste d'Erdogan et de l'AKP a un rêve: rétablir la grandeur de l'empire ottoman.

Au final, l'Amérique a perdu l'influence qu'elle avait au travers d'autocrates certes peu fréquentables comme Hosni Moubarak ou Ben Ali, mais sans obtenir en échange la reconnaissance des peuples. Elle a ouvert la porte a des régimes qui sont soit trop faibles, soit idéologiquement trop proches des islamistes les plus radicaux, pour leur barrer la route. Il ne faut pas oublier que le président égyptien Mohamed Morsi a fait siennes les théories du complot les plus délirantes sur les attaques du 11 septembre 2001 contre New York et Washington.

Al-Qaida et les djihadistes semblaient avoir perdu leur influence et leur poids idéologique au moment du déclenchement des printemps arabes. C'était peut-être une illusion. Le paradoxe serait que la mort d'Oussama ben Laden n'ait pas signifié la fin d'al-Qaida mais sa victoire et la prise de pouvoir progressive des djihadistes un peu partout dans le monde arabe. Les exemples historiques ne manquent pas au lendemain de révolutions de l'accession au pouvoir des opposants les plus radicaux aux régimes abattus.

Eric Leser

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Journaliste
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