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Des écologistes aux libertariens, des petits candidats pourraient déstabiliser Obama et Romney

Pauline Moullot, mis à jour le 24.09.2012 à 9 h 29

Les petits candidats sont crédités de scores modestes, mais qui peuvent faire basculer un Etat et l'ensemble de ses grands électeurs dans un camp ou un autre.

Gary Johnson/GageSkidmore via Flickr CC License by.

Gary Johnson/GageSkidmore via Flickr CC License by.

Gary Johnson pourrait bien faire perdre des voix à Mitt Romney et contribuer à sa défaite. Qui? Gary Johnson, le candidat libertarien à l’élection présidentielle américaine, dont on entend rarement parler. Car Romney et Obama ne sont pas les seuls candidats en lice.

Dans l’Idaho par exemple, ils seront opposés à quatre autres candidats: Rocky Anderson (un ancien Démocrate qui a fondé le Parti de la justice), Virgil Goode (Parti constitutionnaliste), Jill Stein (Parti vert) et donc Gary Johnson. En Virginie, ils seront trois (les mêmes, moins Anderson).

Chaque Etat possède son conseil des élections, qui valide les candidatures à l’élection présidentielle, et le nombre de candidats varie donc d’un Etat à l’autre. En Virginie, par exemple, les candidats doivent obtenir 10.000 signatures d’électeurs inscrits pour pouvoir se présenter à l’élection présidentielle.

13% au Nouveau-Mexique

Ces candidats du «troisième parti» («third party candidates», en opposition au bipartisme Républicains/Démocrates) sont largement ignorés à la fois par les médias et par les électeurs. Dans un sondage Gallup publié le 12 septembre, 46% des Américains sondés pensaient qu’un troisième parti serait nécessaire (45% d’entre eux pensant que les Républicains et les Démocrates réalisaient un travail satisfaisant) mais les «petits» candidats plafonnaient à 1% maximum. En 2008, leur score cumulé atteignait à peine 1,5%.

Quand ils montent dans les sondages, ces petits candidats peuvent tout de même inquiéter les deux principaux partis. En effet, quelques voix perdues par Obama ou Romney dans un Etat au profit d'un «petit» candidat peuvent leur faire perdre tous ses grands électeurs. Keating Holland, responsable des sondages chez CNN, explique que «l’intégration de deux candidats de petits partis [Gary Johnson et Jill Stein, respectivement donnés à 3% et 1%, NDLR] transforme une marge de six points en faveur d’Obama en une avance de huit points».

Si on prédit à Gary Johnson un score national relativement faible, il était crédité par l'institut Public Policy Polling de 13% au Nouveau-Mexique, dont il est l'ancien gouverneur, en juillet (avec seulement quatre points d'écart entre Obama et Romney) et de 5% dans le Colorado en septembre (avec seulement deux points d'écart), deux potentiels swing states. Johnson attirerait particulièrement les électeurs conservateurs, ceux du Tea Party et des supporters de Ron Paul (candidat libertarien aux primaires républicaines), et pourrait donc pénaliser davantage Romney.

En Virginie, autre swing state, le score de Virgil Goode, ancien élu de l'Etat à la Chambre des représentants, sera attentivement scruté, mais il n'est pas annoncé très haut par le dernier sondage de Public Policy Polling. Rocky Anderson et Jill Stein, eux, sont originaires respectivement de l'Utah et du Massachusetts, deux Etats qui ne seront pas très disputés.

«Spoiler effect»

Quand un petit candidat prend des voix au gros candidat dont il est politiquement le plus proche. au point de lui faire perdre des Etats, on parle de «spoiler effect.»

D’aucuns comparent ainsi la candidature de Gary Johnson à celle de Raph Nader, le candidat du Parti vert, en 2000. Bloomberg rappelle que les Démocrates l'ont accusé d’avoir contribué à la défaite d’Al Gore contre Bush Jr. en 2000 en Floride, pour 537 voix: «Ils se sont convaincus que les 97.488 voix de Nader dans le Sunshine State ont coûté l’Etat à Gore et l’élection de 2000.»

Nader avait été aussi accusé d'avoir fait perdre aux démocrates le New Hampshire, dont les quatre grands électeurs auraient offert la victoire à Gore: il y avait recueilli plus de 22.000 voix et l'écart final en faveur de Bush avait été de 7.000 voix. Mais le cinéaste Michael Moore avait remarqué qu'en Floride, sept autres candidats avaient dépassé les fatidiques 537 voix...

Le dernier «troisième candidat» à avoir dépassé les 10% est Ross Perot, qui avait recueilli 19% des voix en tant qu’indépendant en 1992. Bill Clinton avait remporté l'élection avec 5,5 points d'avance sur George Bush Sr., mais l'impact réel de la candidature de Perot est contesté, certains sondages montrant qu'il avait mordu sur l'électorat des deux candidats. Quand au dernier troisième candidat à avoir remporté des Etats, il s'agit de George Wallace, qui avait gagné cinq Etats en 1968, l'année de l'élection de Nixon.

P.M.

Pauline Moullot
Pauline Moullot (146 articles)
Journaliste
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