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L'ambassadeur US tué à Benghazi: une bataille de com' entre Obama et Romney

Cécile Dehesdin, mis à jour le 12.09.2012 à 17 h 18

Le consulat de Benghazi incendié pendant une manifestation armée contre un film produit aux Etats-Unis contre l'islam, le 11 septembre 2012. REUTERS/Esam Al-Fetori

Le consulat de Benghazi incendié pendant une manifestation armée contre un film produit aux Etats-Unis contre l'islam, le 11 septembre 2012. REUTERS/Esam Al-Fetori

La bataille de la communication entre Barack Obama et Mitt Romney sur l'attaque des ambassades américaines en Libye et en Egypte a commencé dès ce mardi 11 septembre, s'accélérant aujourd'hui avec l'annonce qu'un des Américains tués pendant ces attaques était l'ambassadeur de Libye, Christopher Stevens.

Il est mort à la suite de l'attaque à la roquette et à l'arme automatique du consulat américain de la ville de Benghazi, qui a aussi coûté la vie à trois autres personnes. L'attaque est due à la colère de Libyens à l'encontre d'un film amateur américain –Innocence of Muslims– jugé blasphématoire, qui selon eux porte atteinte à l'islam et à son prophète Mahomet, tourné en dérision dans cette vidéo.

Mardi 11 septembre au soir, Mitt Romney a attaqué l'administration Obama, dont la première réponse n'aurait pas été de «condamner les attaques» mais «d'affirmer sa sympathie avec ceux qui les ont menées». En réalité, le département d'Etat a bien condamné les attaques: l'ambassade américaine en Egypte avait seulement, avant qu'elles aient lieu, condamné «les efforts continus d'individus malavisés en vue de blesser les sentiments religieux des musulmans».

Dans une conférence de presse ce mercredi 12 septembre, Romney a pourtant persisté et signé:

«Je pense que l'Amérique prend un très mauvais chemin en s'excusant pour nos valeurs, alors que quand nous sommes attaqués, la première réponse des Etats-Unis devrait être d'être outré. Ce communiqué était l'équivalent d'une excuse, et je pense que c'était un très mauvais calcul.»

Le candidat républicain a assuré qu'il n'avait pas fait d'erreur en publiant son propre communiqué au soir du 11 septembre, disant ne jamais «hésiter quand on voit quelque chose qui viole nos principes».

Parlant peu après, Barack Obama a condamné fermement l'attaque en Libye, assurant que «justice serait faite», avant de partir pour le Département d'Etat avec Hillary Clinton.

Photo via @jbendery

Communiqué contre communiqué

Pour mieux comprendre la stratégie de Romney contre Obama, retour sur ce qui s'est passé ce mardi 11 septembre: le matin, l'ambassade américaine d'Egypte publie un communiqué critiquant le film anti-islam à la base de ce soulèvement contre les Américains:

«L'ambassade condamne les efforts continus d'individus malavisés pour blesser les sentiments religieux de musulmans, tout comme nous condamnons tout effort pour offenser des croyants, quelle que soit leur religion.»   

Après l'attaque, le camp Romney se retourne contre l'administration Obama, dans un communiqué:

«Je suis outré par les attaques sur les missions diplomatiques en Libye et en Egypte et par la mort d'un employé du consulat à Benghazi. Il est scandaleux que la première réponse de l'administration Obama n'ait pas été de condamner ces attaques sur nos missions diplomatiques, mais d'affirmer sa sympathie pour ceux qui les ont menées.»

Sauf que, comme le rappelle Mother Jones, le communiqué de l'ambassade d'Egypte a été publié avant les attaques qui ont causé la mort de Christopher Stevens en Libye. Après l'événement, Hillary Clinton, la secrétaire d'Etat, l'a condamnée fermement et immédiatement:

«Je condamne de la manière la plus forte l'attaque sur notre mission à Benghazi aujourd'hui [...] Il n'y a jamais de justification pour des actes violents de cette sorte.»

L'administration Obama s'est cependant également détachée du communiqué de son ambassade en Egypte, un responsable anonyme disant à Politico que «le communiqué de l'ambassade du Caire n'a pas été pré-approuvé par Washington et ne reflète pas les vues du gouvernement des Etats-Unis».

Sur Slate, Dave Weigel rappelle que la réaction de l'administration Bush au moment des caricatures danoises ressemblait beaucoup à celle de l'ambassade, disant les trouver «insultantes», et«certainement comprendre pourquoi les musulmans trouveraient ces images insultantes», tout en défendant la liberté d'expression.

La «surprise d'octobre» pour la campagne?

Derrière ce qui ne pourrait sembler qu'être une histoire de communiqués de presse se déroule une véritable bataille de la communication autour de la politique étrangère américaine dans la campagne. Mardi 11 septembre au soir –avant que les morts américaines soient confirmées–, le conseiller de Romney Rich Williamson a dit lors d'un talk-show que les attaques étaient directement liées «à la perte du leadership et du prestige américain à travers le Moyen-Orient à cause des politiques ratées de l'administration Obama dans cette région».

Le communiqué de Mitt Romney, qui était censé être sous embargo jusqu'à minuit une, histoire de respecter la trève du 11-Septembre, a finalement été publié en fin de soirée, à la suite de quoi un porte-parole de la campagne Obama a répondu:

«Nous sommes choqués de voir qu'à un moment où les Etats-Unis d'Amérique sont confrontés à la mort tragique de l'un de nos officiers diplomatiques en Libye, le gouverneur Romney choisisse de lancer une attaque politique.»

Les candidats viennent-ils de recevoir leur october surprise un mois en avance? Ce terme –littéralement «la surprise d'octobre»– désigne un événement marquant se déroulant dans la campagne américaine en octobre, le mois précédant les élections, et susceptible d'en changer les résultats. La suite de la réponse d'Obama et de Romney pourrait être cruciale pour les résultats du 6 novembre, d'autant que le Républicain est étonnamment faible sur le plan de la politique étrangère.

Reste à voir si sa politique de l'attaque fonctionne, ce qui n'est pas l'avis des médias pour l'instant. Ben Smith, de Buzzfeed, affirme sur Twitter que les médias ne sont pas les seuls à «lever les yeux au ciel» devant la réaction de Romney, et qu'il n'y a qu'à appeler des Républicains qui s'intéressent à la politique étrangère pour s'en rendre compte. Sur son compte Twitter également, l'ancien candidat républicain John McCain a salué la conférence de presse d'Hillary Clinton, sans commentaire pour celle de Romney ou d'Obama:

 

 

Cécile Dehesdin

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Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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