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Barack Obama: un discours présidentiel mais terre à terre

John Dickerson, mis à jour le 07.09.2012 à 11 h 26

En clôture de la convention démocrate, c'est un président mis à l'épreuve par la réalité de sa fonction qui a prononcé un speech d’homme travailleur. Obama a prévenu que le 6 novembre se jouait un choix entre deux visions radicalement différentes pour le futur.

Barack Obama après son discours à la convention nationale démocrate de Charlotte le 7 septembre 2012, REUTERS/Rick Wilking

Barack Obama après son discours à la convention nationale démocrate de Charlotte le 7 septembre 2012, REUTERS/Rick Wilking

En 2008, si le discours de convention de Barack Obama –prévu à l’extérieur– avait été déplacé à l’intérieur, il aurait quand même fait un tabac. Quand les éléments l’ont empêché de parler dans un stade comme prévu ce jeudi 6 septembre, le lieu fermé a semblé convenir.

A Charlotte, pour la convention démocrate 2012, Obama a gardé le contrôle de son discours, comme de sa présidence. Un discours d’homme travailleur prononcé par un président qui a été mis à l’épreuve par la réalité de sa fonction.

«Les temps ont changé, a-t-il dit, et moi aussi.» A la fin de son discours en 2008 à Denver, des membres du public ont pleuré. Jeudi soir, un délégué a dit que Joe Biden avait été plus exaltant. Un autre a dit que le discours de Bill Clinton était celui qu’il enverrait aux salons de coiffures et aux barbiers.

Prêt à parler derrière un pupitre qui ressemblait au cercle en carton qu’on met autour des tasses de café en plastique pour ne pas se brûler, le président est arrivé sur scène sous des tonnerres d'applaudissements. Une mer de pancartes bleues qui affichaient «En avant» [le slogan 2012 de la campagne Obama NDT] s’est levée dans la foule. C’était le but de la soirée: expliquer comment Obama ferait avancer le pays. Le Président avait l'intention de confier cette tâche au public: «Vous pouvez choisir cet avenir», a-t-il répété. C’était l’extension logique de slogans qui commençaient avec «Gagner le futur» et «En avant».

Le choix entre deux voies

Le Président a donné le choix aux électeurs entre deux voies:

«Sur chaque problème, le choix que vous avez ne sera pas juste entre deux candidats ou deux partis. Ce sera un choix entre deux chemins différents pour l’Amérique. Un choix entre deux visions fondamentalement différentes pour l’avenir.»

La vision que le Président a dessinée s'appuie sur cinq objectifs dans les secteurs de l’industrie, l’énergie, l’éducation, la sécurité nationale et le déficit. Après une campagne passée à critiqur Romney parce qu’il ne rentrait pas dans les détails, Obama n’a pas vraiment fait mieux. Il a beaucoup parlé des buts, tout comme Romney l’avait fait (il avait cinq buts lui aussi), mais n’a pas beaucoup discuté de la façon spécifique dont ces objectifs seraient atteints (notons ici que le Sénateur Obama n’était pas non plus le candidat des documents techniques; sa campagne d’espoir et de changement n’était pas fondée sur des détails précis).

Si l’équipe d’Obama n’avait pas fait une telle montagne de l’importance d’être spécifique, ça ne serait pas bien grave. Les discours d’investiture ne sont pas là pour ça. Mais, bien que ce discours a été plus spécifique que le plan de Romney (ce qui n’est pas difficile), il n’a pas tracé un chemin clair. Entrer dans les détails pour expliquer pourquoi vos objectifs sont si géniaux, ce n’est pas pareil qu’entrer dans les détails pour expliquer la route difficile qu’on devra suivre pour les atteindre.

Obama, plus honnête que Romney

Mais si on peut mesurer la grandeur d’un président à son honnêteté envers les électeurs, Obama a été bien plus honnête que son rival républicain. Romney et Ryan ont parlé de choix difficiles, mais seulement de façon abstraite, sans jamais vraiment dire que les Américains seraient ceux qui devraient endurer les conséquences de ces choix. Obama a été plus direct.

Restaurer le rêve de la classe moyenne va demander des sacrifices et des difficultés de chacun d’entre nous, a dit le président:

«Le chemin que nous proposons est peut-être plus difficile, mais il nous mène à une destination meilleure.»

Ce discours ressemble davantage à celui qu’il a donné le soir de son élection, à Chicago: dur, perspicace, et les pieds sur terre.

Paul Ryan et Mitt Romney voulaient qu’on les applaudisse pour leur promesse d’affronter des vérités sans fard une fois qu’ils seraient à la tête du pays. Obama voulait qu’on l’applaudisse pour l’avoir déjà fait:

«Je ne vais pas prétendre que le chemin que je propose est rapide ou facile. Je ne l’ai jamais fait. Vous ne m’avez pas élu pour que je vous dise ce que vous voulez entendre. Vous m’avez élu pour que je vous dise la vérité.»

Bien sûr, il était obligé de dire ça. Les gens sont déjà en difficulté. Obama enveloppe leur condition actuelle dans une lutte noble. C’est mieux que de voir leur combat actuel comme un résultat de l’échec de ses politiques. Le président demande de la patience. Dans ce contexte, les épreuves sont un signe de progrès. Le chemin difficile vers une destination meilleure est en cours. Pour les républicains, la frustration que ressentent les gens devrait être le verdict.

Le futur est en marche

Mais si le président n’a pas fixé de feuille de route claire, ce n’est peut-être pas si grave. Le futur est en marche. Les déficits budgétaires ne sont pas viables, les programmes du New Deal doivent être réformés. Si les législateurs ne le font pas, la réalité va s’en charger à leur place. Cela signifie que même si vous ne donnez pas cher des plans des deux hommes pour le futur, l’un d’entre eux sera aux commandes quand les choix difficiles devront être faits, et notamment ceux concernant l’allocation des budgets et la réforme fiscale. Les électeurs vont devoir choisir le président qu’ils pensent capable de protéger leur mode de vie.

«Au cours des prochaines années, de grandes décisions seront prises à Washington, sur l’emploi et l’économie; les impôts et les déficits; l’énergie et l’éducation; la guerre et la paix a déclaré le Président. Des décisions qui auront un impact énorme sur nos vies et celles de nos enfants pour les décennies à venir.»

Dans ce monde, les électeurs pourraient choisir Barack Obama non pas parce qu’ils croient en la voie qu’il compte emprunter, mais parce qu’ils font confiance à son instinct pour trouver une voie dans le difficile futur qui s'annonce.  

Après avoir beaucoup parlé de choix, le président est allé chercher un argument exaltant lorsqu’il a parlé des responsabilités de la «citoyenneté». Il y a actuellement une bataille avec Mitt Romney pour définir la campagne à travers les thèmes les plus fondamentaux de l’expérience américaine. Romney choisit la liberté. Obama a choisi la citoyenneté.

C’est ce qui était au cœur de son affirmation «you didn’t build that» [«vous n’avez pas construit ça», une phrase lancée pendant la campagne que les républicains lui reprochent NDT], qu’il a essayé de faire oublier avec de nombreuses références à l’entreprenariat, aux PME et aux entreprises qui fabriquent des biens aux Etats-Unis. Le Président s’est également adressé à plusieurs reprises aux électeurs indépendants [ni républicains ni démocrates NDT] en affirmant que le gouvernement n’était pas la solution à tous les problèmes de la vie.

«Nous, le peuple, reconnaissons que nous avons des responsabilités ainsi que des droits; que nos destins sont liés; qu’une liberté qui ne se préoccupe que des bénéfices individuels que l’on peut obtenir, une liberté sans engagement pour les autres, une liberté sans amour, charité, devoir ou patriotisme, n’est pas à la hauteur de nos idéaux fondateurs, et de ceux qui sont morts pour les défendre.»

De l'humour anti-républicain

Enthousiasmant, mais dur aussi. Fondamentalement, il affirme que les républicains ne sont pas patriotes. A un autre moment du discours, il utilise la même construction pour mettre dans le même panier ceux qui veulent moins de gouvernement et les bigots. Le plus amusant, c'est son affirmation selon laquelle les républicains sont si favorables aux baisses d’impôts que si vous attrapiez un rhume, ils vous prescriraient «deux baisses d’impôts, l'annulation de quelques règlementations et appellez-nous demain matin».

Il a beaucoup utilisé l’humour pour attaquer Romney, se moquant par exemple de son expérience en matière de politique étrangère. 

«Mon adversaire et son candidat à la vice-présidence sont des novices en Affaires étrangères a-t-il déclaré, avant de leur tailler un short. Vous n’êtes peut-être pas prêt pour la diplomatie avec Pékin si vous n’arrivez pas à vous rendre aux Jeux olympiques sans insulter notre allié le plus proche.»

Moi qui pensais que l’argument selon lequel le manque d’expérience dans un domaine est éliminatoire était celui de Mitt Romney… Si les deux hommes s’accordent là-dessus, alors Romney semble être en meilleure position étant donné que son expérience en termes de business dépasse de loin celle d’Obama, qui est complètement inexistante. La reprise molle qui a marqué la présidence d’Obama est bien plus sérieuse aux yeux des électeurs que quelques gaffes au cours d’un voyage à l’étranger.

Plus tôt dans la soirée, quand une vidéo a montré l’histoire d’origine du slogan «fired up ready to go» [Un clip de campagne du président sortant NDT], la salle s’est levée et a répondu par une clameur. C’était un public prêt à être transporté, mais le discours du président n’a fait que se rapprocher du décollage à la fin, quand il a parlé de l’espoir qu’il avait trouvé chez les Américains qui continuent à lutter.

«J’ai de l’espoir grâce à vous», a-t-il déclaré. J’ai pensé qu’il pourrait conclure sa liste de personnes qui lui ont donné de l’espoir par une référence à l’ancienne membre du congrès Gabby Giffords. Un peu plus tôt, celle qui a été victime d’une fusillade était apparue sur la scène pour réciter le serment au drapeau. Après deux conventions pleines de discours sur les choix et le courage, c’en était un exemple vivant. Au beau milieu de semaines de duperies, de discours pompeux et vides de sens et de foutaises, c’était une chose vraie.

John Dickerson

Traduit et adapté par Cécile Dehesdin et Grégoire Fleurot

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