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Convention démocrate: Bill Clinton a réécrit son discours en cours de route, et heureusement!

David Weigel, mis à jour le 06.09.2012 à 13 h 42

L'ancien président a tiré en plein dans le mille.

Bill Clinton avant son discours à la convention démocrate, le 5 septembre 2012. REUTERS/ Jessica Rinaldi

Bill Clinton avant son discours à la convention démocrate, le 5 septembre 2012. REUTERS/ Jessica Rinaldi

Ce soir, avant l'intervention de Bill Clinton, tous les journalistes –à cause des délais, à cause de leur curiosité, à cause de leur fatigue– n'avaient qu'une seule question à la bouche: «Où est le texte du discours?». Personne ne l'avait. Relire, encore, l'allocution de Sandra Fluke (en prime time, quel intérêt?) ne suffisait pas.

Heureusement pour nous, ce texte fut quasiment inutile. Clinton l'a réécrit une fois à la tribune. Le terme le plus fréquemment ajouté, maintenant, a fait office de petit coup de peps avant les passages les plus verbeux. «Ce qui m'amène aux services de santé» est devenu «Maintenant, cela m'amène aux services de santé», etc. etc.  Au moindre lieu commun, Clinton piochait dans les meilleures hyperboles à la Mark Twain pour remplacer les trucs trop rébarbatifs.

Le texte: «Je le crois de tout mon cœur»

Le discours: «Croyez-le ou pas, je veux juste que vous sachiez que je le crois. Je le crois de tout mon cœur. Laissez-moi vous dire pourquoi je le crois» 

Le texte: «C'est encore plus grave»

Le discours: «Les gars, c'est du sérieux parce que c'est encore plus grave. Et vous n'allez pas rigoler quand j'aurai terminé».

De nos sièges dans la tribune de presse, on pouvait voir le prompteur buter à chaque fois que Clinton prenait la tangente. Au final, on nous a quand même distribué un texte –quatre pages, pour quarante-neuf minutes de lecture. Mais Clinton n'a jamais lassé son public. Rien de surprenant, évidemment, même si personne ne permettra à Clinton d'oublier le discours qu'il avait prononcé pour Michael Dukakis et ses blablas interminables. (Dans la version AP «L'ennuyeux discours de Clinton en 1988 a fait du mal à son image»). Les 3.136 mots de départ se sont transformés en 5.600, bien tapés.

Et qu'est-ce que Clinton a fait de tout ce verbiage? Du conseil politique mâtiné de familiarité péquenotte. Les démocrates en avaient gravement besoin. J'ai déjà montré comment, dans les rangs démocrates, le décorticage du plan de relance est complètement passé à la trappe au profit de petites histoires sur tous les trucs qui n'ont pas déclenché l'indignation des Républicains. Tout ça parce que, croient-ils, les Républicains arrivent mieux à démolir les programmes gouvernementaux qu'eux –avec les conservateurs, n'importe quelle initiative est inutile avant qu'elle puisse paraître quoi que ce soit d'autre.  

Clinton a aussi ce don. Et il a été particulièrement doué dans son passage sur le Medicare, expliquant que les 712 milliards de dollars que les Démocrates auraient soi-disant «volé» sont en réalité des économies faites sur les rétributions des prestataires de santé. En ajoutant «Ils ont monté la même ligne d'attaque contre le Congrès en 2010. Et ils ont remporté beaucoup de voix. Mais ce n'est pas vrai».

Et après avoir expliqué que le plan budgétaire de Paul Ryan incluait ces mêmes économies, il termina sur «Il faut leur accorder un truc, ça demande quand même pas mal de culot d'attaquer quelqu'un parce qu'il a fait la même chose que vous». Juste devant la tribune, Rahm Emanuel était plié en deux. Quel autre démocrate a réussi cette démonstration sans passer pour une grosse poule mouillée? 

Mais c'est sur l'aide sociale que la familiarité clintonienne a été la plus efficace. Là encore, la gauche attendait ça depuis longtemps. Les démocrates ont du bien mal à faire croire aux électeurs que le président noir ne diminuera jamais, ô grand jamais, les aides à l'emploi. Clinton a expliqué comment la réforme était liée à la hausse de l'emploi, puis s'est lâché: 

«Pour moi, c'est une question personnelle. Nous avons fait sortir des millions de personnes de l'aide sociale. C'est une des raisons pour laquelle, pendant mes huit ans de présidence, nous avons eu cent fois plus de gens qui ont quitté la pauvreté pour accéder aux classes moyennes que pendant les douze années précédentes. C'est pas rien.»

Cette touche «personnelle» – a un moment où un documentaire sur son anticolonialisme supposé promet de faire un carton, voilà ce qui a manqué à Obama. 

David Weigel

Traduit par Peggy Sastre

David Weigel
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