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Obama au quotidien, raconté par deux stars du journalisme, Bob Woodward et Michael Lewis

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 06.09.2012 à 12 h 19

Un livre et un long reportage, dont la presse américaine publie les bonnes feuilles, montrent à quoi marche le président des Etats-Unis, entre arrogance, basketball, poker menteur et Nicorette.

Obama joue au basket à la Maison Blanche, le 25 avril 2011. REUTERS/Jim Young.

Obama joue au basket à la Maison Blanche, le 25 avril 2011. REUTERS/Jim Young.

Alors que Barack Obama sera officiellement investi candidat à un second mandat ce jeudi 6 septembre, la presse américaine publie les bonnes feuilles du travail —un livre et un long reportage— de deux journalistes stars qui ont pu entrer dans l’intimité du président des Etats-Unis. Le premier est Bob Woodward, l'un des tombeurs de Nixon pendant le Watergate, incarné par Robert Redford dans Les Hommes du président; le second est Michael Lewis, connu pour ses ouvrages sur la crise financière (Le Casse du siècle, Boomerang) et pour Moneyball, livre sur le base-ball adapté au cinéma avec Brad Pitt.

Parties de poker avec l'opposition

Le Washington Post, ABC News et The Daily Beast publient de longs compte-rendus du livre de Woodward, Price of Politics, centré sur la façon dont Obama et le reste de la classe politique américaine ont géré la crise financière et budgétaire, et qui doit paraître le 11 septembre. On y apprend notamment que l’«arrogance» d’Obama lui a aliéné de nombreux élus à Washington au début de son mandat.

Après avoir annoncé sa volonté de travailler de manière bipartisane avec l'opposition républicaine de l'époque au Congrès, il aurait ainsi asséné à un de ses leaders, Eric Cantor: «Les élections ont des conséquences, et j’ai gagné, Eric.» Lors d’une réunion sur le budget, il aurait lancé au même Cantor: 

«Je te promets, Eric, ne me force pas à montrer mon jeu ["Don't call my bluff on this". Oui, Obama parle comme un joueur de poker, NDLR]. Cela pourrait abattre ma présidence, mais je ne céderai pas là-dessus.»

Woodward raconte également une scène où Obama appelle les leaders démocrates au Congrès, Nancy Pelosi et Harry Reid, alors en pleine réunion, et se livre à une tirade tellement longue... que Pelosi presse le bouton mute de son téléphone pour continuer à entendre le président, mais que celui-ci ne puisse entendre que la conversation a repris dans la pièce.

Dans le même registre, l'auteur nous fait assister aux rencontres secrètes entre Obama et le président républicain de la Chambre des représentants, John Boehner (dont on apprend par ailleurs qu’à d’autres occasions, il n’a pas retourné les appels téléphoniques du président pendant une journée…), sur les questions budgétaires à l’été 2011. Commentaire de Boehner:

«Tout ce que vous avez besoin de savoir sur les différences entre le président et moi est que j’étais assis là en train de fumer une cigarette et boire du merlot, et que de l’autre côté de la table, il y avait le président des Etats-Unis en train de boire du thé glacé et de mâchouiller une Nicorette.»

Quand l'auteur joue au basket avec Obama

C’est également dans l’intimité d’Obama que nous fait entrer Michael Lewis, qui a bénéficié pour Vanity Fair —qui n'a publié pour l'instant que des extraits de son reportage— d’un accès inégalé au président pendant six mois, dans le Bureau ovale ou dans Air Force One. Ce qui lui permet par exemple de décrire en détail comment Obama s'est décidé sur la politique américaine en Libye.

Le journaliste a même joué au basket avec le président, qui lui a lancé après un shoot raté: «Ne regardez pas vers la touche avec cet air penaud. Vous devez revenir et défendre!» (car oui, comme le racontait le New York Times récemment, Obama est ultra-compétiteur).

Lewis décrit aussi comment Obama a redécoré son bureau, enlevant des assiettes pour les remplacer par des brevets historiques, comme celui du premier télégraphe («L’Internet commence ici»), ou le fait parler des décisions qu'il doit prendre au quotidien:

«Rien de ce qui arrive à mon bureau ne peut être parfaitement résolu. Sinon, quelqu’un d’autre l’aurait résolu. […] Pour n’importe quelle décision que vous prenez, vous avez 30% à 40% de chances que cela ne fonctionne pas. […] Vous n’avez pas le droit d’être paralysé par cela.»

Ou encore de son rapport aux médias:

«Une des choses que vous réalisez très rapidement dans ce boulot est qu’il existe un personnage que les gens voient appelé Barack Obama. Ce n’est pas vous. Qu'il s'agisse de choses bonnes ou mauvaises, ce n’est pas vous.»

Une opinion illustrée par un extrait de l'article de Lewis que publie Business Insider:

«Un de ses assistants m’a dit qu’un jour, croyant que le président était occupé à autre chose, il avait fait l’erreur de changer de chaîne à bord d’Air Force One, passant d’ESPN [une chaîne sportive, NDLR], ce que préfère Obama, à une émission d’information sur une chaîne câblée. Le président est entré dans la pièce et a regardé un chroniqueur expliquer d’un air très informé pourquoi Obama avait choisi d’agir d’une certaine façon. "Oh, c’est donc pour cela que j’ai fait ça", a dit Obama avant de sortir.»

J.-M.P.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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