Convention démocrate. Michelle Obama, les secrets d'un discours, la puissance d'une histoire

A Charlotte, le 4 septembre 2012. REUTERS/Eric Thayer

A Charlotte, le 4 septembre 2012. REUTERS/Eric Thayer

Lors de l’ouverture de la convention démocrate, Michelle Obama a su connecter vie personnelle et politique comme seul Bill Clinton savait le faire.

Barack Obama a déclaré que la plus grande erreur de son mandat a été de ne pas avoir raconté la bonne histoire au public américain. Peut-être aurait-il dû laisser sa femme le faire à sa place. La première dame, Michelle Obama, a pris la défense de son mari, avec autant d’adresse que de force, entremêlant biographie et histoire américaine. Et elle a également commencé à réfuter les attaques dont il a fait l’objet la semaine dernière.

Au cœur de son discours de mardi soir se révélait la volonté d’étirer la frise chronologique bien au-delà des quatre années d’un unique mandat. Depuis quelques jours, les démocrates tentent de répondre à la question: «Êtes-vous mieux loti qu’il y a quatre ans?» Michelle Obama a expliqué que cette lutte—celle que mène son mari— pour remettre la classe moyenne sur les rails dépasse le cadre d’une simple élection.

Pour se justifier, la première dame a commencé par évoquer son histoire familiale. Elle a raconté l’histoire de son père qui, atteint de sclérose en plaques, boutonnait chaque bouton de son uniforme chaque matin et soulevait une jambe après l’autre pour gravir les escaliers de sa maison chaque soir. Elle a parlé de la grand-mère du Président, qui travailla tous les jours malgré la frustration de se heurter à un plafond de verre.

Son message est qu’Obama a dû lutter pour en arriver là. Qu’il comprend les épreuves que vous traversez. Ann Romney a parlé de thon [en boîte, qu’elle et son mari mangeaient souvent en période de vaches maigres]. Michelle Obama a poussé le détail plus loin. La voiture rouillée, la table basse récupérée dans la benne à ordures, et la seule paire de chaussures présentable une demi-pointure trop petite:

«Pour Barack, ces sujets ne sont pas politiques–ils sont personnels. Parce que Barack sait exactement ce qu’est une famille qui lutte pour vivre. Il sait ce que cela veut dire de vouloir autre chose pour ses enfants et ses petits-enfants

Les Républicains qui lui reprochent de «ne pas avoir construit tout ça» l’accusent au fond d’être déconnecté de l’essence même du pays. En plongeant dans la biographie, Michelle Obama a voulu contrer cette impression. Faire l’éloge de l’éthique du dur labeur pour la dignité d’un salaire. Elle a fait le tour des valeurs inculquées par cet exemple—«dignité et morale,» «honnêteté et intégrité,» «gratitude et humilité». 

Cette éthique s’inscrit dans un patchwork d’icônes américaines—les patriotes qui fondèrent le pays, les suffragettes, et ceux qui luttèrent pour sortir de la grande Dépression. «Accomplir l’impossible est inscrit dans l’histoire de cette nation», a-t-elle proclamé, en essayant de tant grandir Obama et de le montrer si engagé dans les luttes centrales de notre époque que mesurer ses progrès à un stade si précoce apparaîtrait comme une erreur.

La tâche de la première dame constituait à réfléchir l’image que lui renvoyait la nation, puis à montrer comment cette vision se reflétait dans son mari. C’est ce qu’a également fait Ann Romney lorsqu’elle a parlé des Américains confrontés aux problèmes d’essence trop chère ou obligés de cumuler les emplois. Michelle Obama a égrené le même genre d’histoires, celle de l’enseignant obligé d’acheter les fournitures de l’école et du soldat devenu aveugle qui, si c’était à refaire, n’aurait pas voulu qu’il en soit autrement.

Il était frappant de voir lors de cette première soirée à quel point le sujet de la sécurité nationale est passé d’un parti à l’autre. Comme l’a remarqué l’analyste conservateur Bill Kristol après le discours de Mitt Romney la semaine dernière, le fait que le candidat républicain ait omis de rendre hommage aux hommes et aux femmes qui se battent pour le pays a sauté aux yeux de tous.

Les démocrates se sont bien gardés de commettre ce genre d’erreur. Nous avons vu des vétérans, des hommages rendus à des familles de militaires, et entendu de nombreuses références à leur sacrifice. Michelle Obama a été présentée par Elaine Brye, mère de quatre militaires en service actif. «Quand quelqu’un est là pour ma famille, alors moi je suis là aussi pour ce quelqu’un», a-t-elle déclaré au sujet de la première dame.

Si son discours s’avère efficace au-delà de sa puissance oratoire, cela sera parce que la première dame a su relier ce qui fait l’essence d’Obama à sa politique. C’est ce qu’Ann et Mitt Romney n’ont jamais fait. Le message de la convention républicaine était «Faites confiance à Mitt.» Le message de Michelle Obama était le même: son mari est digne de confiance, parce qu’il est d’origine modeste et a vécu une vie de classe moyenne.

C’est là qu’elle a commencé à faire le lien entre biographie et politique. Cette technique a toujours été le grand talent de Bill Clinton. Quand cette connexion est bien faite, c’est elle qui donne à l’exposé un ton plus politique que celui d’un simple discours d’une épouse aimante qui trouve que son mari mérite un 20/20 pour ses efforts.

«Nous étions si jeunes, si amoureux et si endettés» a-t-elle plaisanté en évoquant leurs prêts étudiants, plus élevés que leur emprunt immobilier. «C’est pour ça que Barack s’est tant battu pour augmenter les aides aux étudiants.» Elle a fait le même lien entre la grand-mère d’Obama et la loi Lilly Ledbetter Fair Pay Act qui, à travail égal, aide les femmes à obtenir un salaire égal à celui des hommes. Les réductions fiscales, le plan de sauvetage de l’automobile et toutes ses autres décisions politiques, a-t-elle expliqué, prenaient leurs racines dans son histoire personnelle.

Le message de Michelle Obama lors de la convention démocrate a été que son mari n’a pas abandonné le pays, et que par conséquent, le pays ne doit pas abandonner son mari:

«Vous savez, j’ai eu l’occasion de voir de très près et très personnellement ce qu’est vraiment être le Président. Et j’ai vu que les problèmes qui atterrissent sur le bureau du président sont toujours les plus difficiles. (...) Au final, quand le moment est venu de prendre une décision, en tant que président la seule chose que vous ayez pour vous guider ce sont vos valeurs, votre vision et les expériences de votre vie qui ont fait de vous ce que vous êtes.»

Pendant la convention républicaine, Mitt Romney et Paul Ryan ont décrété qu’ils feraient des choix difficiles. Michelle Obama a quant à elle expliqué que son mari devait rester à son poste, justement parce qu’il les avait déjà faits.

John Dickerson

Traduit par Bérengère Viennot