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«Etes-vous mieux loti qu'il y a quatre ans?», la question qui agite la campagne américaine

Temps de lecture : 3 min

Démocrates et républicains débattent depuis plusieurs jours de l'état de l'économie américaine par rapport à 2008.

Des chômeurs à une «foire aux emplois» à New York, le 21 mars 2012. REUTERS/Shannon Stapleton.
Des chômeurs à une «foire aux emplois» à New York, le 21 mars 2012. REUTERS/Shannon Stapleton.

C’est la question qui agite la campagne présidentielle depuis la fin de la convention républicaine: les Américains sont-ils mieux lotis («better off») qu’il y a quatre ans, au moment de l’élection de Barack Obama?

«Ce président ne peut pas vous dire que nous allons mieux aujourd’hui que quand il a pris ses fonctions», a déclaré Mitt Romney à Tampa (Floride) en acceptant l’investiture républicaine, jeudi 30 août. «Le président peut dire beaucoup de choses, et il le fera, mais il ne peut pas vous dire que vous êtes mieux lotis, a renchéri le lundi suivant Paul Ryan, le candidat à la vice-présidence, lors d’un meeting à Greenville (Caroline du Nord). Pour le dire simplement, les années Carter ressemblent au bon vieux temps comparé à où nous en sommes actuellement.»

Le Washington Post note d’ailleurs que des pancartes «Are you better off?», où le «o» forme le logo d’Obama, ont commencé à apparaître dans les meetings républicains.

Evidemment, le son de cloche est différent du côté démocrate. «L’Amérique va mieux aujourd’hui que quand ils nous l’ont laissée en partant, a lancé lundi le vice-président Joe Biden à Detroit (Michigan). Vous voulez savoir pourquoi? Oussama Ben Laden est mort et General Motors est en vie!» «Notre pays va mieux», a confirmé l’ancienne présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi devant la presse, lundi.

De nombreux sondages ont également été publiés sur le sujet, et donnent des résultats nuancés.

Un classique depuis Reagan

La question, comme le rappelle le New York Times, est devenue un classique depuis que Ronald Reagan l’a posée une semaine avant ce qui s’annonçait une élection serrée face à Jimmy Carter, en 1980.

Mieux, une potentielle «arme politique mortelle», de la «kryptonite politique» susceptible éventuellement de mettre dans l’embarras le camp démocrate, qui a d’ailleurs connu un couac sur le sujet: dimanche, le gouverneur du Maryland Martin O’Malley y a répondu «non» sur CBS avant d’ajouter: «Mais ce n’est pas la question que pose cette élection.» Puis de rétropédaler le lendemain sur CNN:

«Nous allons clairement mieux en tant que pays puisque nous créons des emplois plutôt qu’en détruire.»

Il faut dire que la réponse à la question n’est pas évidente. Le Washington Post montre ainsi, par une série de graphiques, que chaque camp a des munitions sur le sujet —le taux de chômage et le revenu médian des ménages pour les républicains, les créations d’emplois pour les démocrates. CNN note de son côté que l’économie américaine reste sur 26 mois consécutifs de créations d’emplois mais garde un taux de chômage de 8,2%, tandis que le New York Times pointe que le bilan économique du président est davantage «mitigé» que négatif.

«Les gens ne sont pas mieux lotis qu’il y a quatre ans […] mais les choses auraient certainement pu être bien pires», explique l’économiste Kenneth Rogoff au quotidien. «Nous n’avons pas plongé dans les abysses», précise Lawrence Summers, ancien conseiller économique d’Obama.

Métaphore de l'incendie

Par «abysses», comprendre la dépression dans laquelle l’économie américaine est tombée après la faillite de Lehman Brothers, en septembre 2008, six semaines avant l’élection. La période qui s’est alors ouverte jusqu’à l’investiture d’Obama, le 20 janvier 2009, a été très tourmentée, rappelle Matthew Yglesias de Slate.com:

«Barack Obama n’était pas président il y a quatre ans. Il n’est pas devenu non plus président par magie le jour de l’élection en 2008. Entre "il y a quatre ans" et son investiture, il y a eu les mois de septembre, octobre, novembre et décembre 2008 et quasiment tout janvier 2009. […] Ce laps de cinq mois a été une époque terrible pour l’économie américaine, qui a essuyé une perte nette de plus de 3 millions d’emplois.»

Le même argument est développé par Dean Baker, directeur du Center for Economic and Policy Research, qui estime que la question du «better off» permet d’identifier les journalistes incompétents:

«Supposez que votre maison soit en feu et que les pompiers accourent. Ils installent leurs lances à incendie et commencent à arroser le brasier aussi rapidement que possible. Une fois le feu éteint, le courageux journaliste présent sur les lieux demande au chef des pompiers: "Est-ce que la maison est en meilleur état que quand vous êtes arrivés?"»

Ces circonstances particulières font, pour plusieurs commentateurs, que l’argument du «Etes-vous mieux loti qu’il y a quatre ans?» ne plombera sans doute pas Obama comme il avait plombé Carter en 1980 ou Bush père en 1992 —année où l’équipe Clinton faisait campagne sur le slogan «It’s the economy, stupid!». Comme l’explique Nate Silver, le statisticien du New York Times, la question que semblent davantage se poser les électeurs est: «Suis-je mieux loti qu’il y a un an?»

J.-M.P.

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

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