USA2012: Glossaire des termes intraduisibles de la politique américaine

Jeffrey Silverstone déguisé en «Oncle Sam» pendant une parade le 4 juillet 2012, jour de la fête nationale américaine, dans le Maryland. REUTERS/Jim Bourg

Jeffrey Silverstone déguisé en «Oncle Sam» pendant une parade le 4 juillet 2012, jour de la fête nationale américaine, dans le Maryland. REUTERS/Jim Bourg

Comment lire la presse américaine en anglais dans le texte.

Les campagnes américaines drainent avec elles des expressions on ne peut plus anglo-saxonnes qui peuvent devenir des casse-têtes pour les traducteurs et journalistes français. Si vous voulez comprendre la campagne présidentielle en version originale, suivez le guide!

A



 

 

 

All-of-the-above strategy

Attack ad

All-of-the-above strategy

«We’ve got to have a sustained, all-of-the-above strategy that develops every available source of American energy»Discours de Barack Obama

Littéralement: une stratégie qui coche «toutes les cases» (all of the above) d’un questionnaire à choix multiples.

Barack Obama ne parle pas d’énergie sans cette expression, qui cherche à illustrer sa politique d’encouragement de toutes les énergies domestiques pour accroître l’indépendance énergétique du pays. Alors qu'on l'accuse souvent d’être anti-pétrole et anti-charbon, il emploie ce terme pour souligner son attachement aux énergies fossiles.

Proposition de traduction: une stratégie totale.

Attack ad

«Obama attack ad in Ohio hits hard at Romney's taxes and 47% comment»The Guardian.

Littéralement: une pub d’attaque.

Lorsque les candidats décident d’attaquer leurs adversaires plutôt que de défendre leurs propres arguments pour gagner la bataille électorale, ils le font souvent par le biais de spots publicitaires violemment critiques qui deviennent parfois viraux sur les réseaux sociaux. Pour 2012, la vidéo «Romney Girl» en est un bon exemple.

Proposition de traduction: une publicité négative.

B

 

 

 

Ballot access

Battleground state / Swing state

Bellwether

Ballot access

«They know how hard ballot access is»Business Week

Littéralement: l’accès au scrutin.

L'expression désigne le fait pour un candidat d'être autorisé à se présenter. Pour la présidentielle, les règles varient d’un Etat à l’autre (ce qui explique pourquoi il n'y a pas le même nombre de candidats dans chaque Etat) et se fondent sur des critères tels que l’âge du candidat ou un nombre minimum de signatures d’électeurs inscrits: 10.000 en Virginie, 2.000 dans le Minnesota par exemple. Elles sont approuvées dans chaque Etat par un Conseil des élections.

Proposition de traduction: la validation des candidatures.

Battleground state / Swing state

«Obama takes lead in swing states»Reuters

Littéralement: un Etat qui oscille.

Le terme désigne la douzaine d’Etats (Ohio, Floride, Virginie, Pennsylvanie, Caroline du Nord...) qui ne sont ancrés fortement ni chez les Démocrates ni chez les Républicains. L’électorat «oscille» entre un parti et l’autre, ce qui les rend très disputés, à la différence d’Etats comme New York, solidement démocrate, ou le Texas, solidement républicain.

Proposition de traduction: l’AFP utilise le terme «Etat clé», Le Monde parle d’«Etat-bascule». On pourrait aussi évoquer les Etats les plus disputés, les Etats-pivots voire les Etats-balançoires.

Bellwether

«For most of a century, Missouri has been the nation's bellwether»Associated Press

Littéralement: un bélier portant une cloche autour du cou et guidant le troupeau.

En politique américaine, l’expression désigne un Etat qui vote tout le temps pour le vainqueur de l’élection présidentielle. Jusqu’à la dernière présidentielle, on parlait souvent du Missouri bellwether, car l’Etat avait systématiquement voté pour le vainqueur depuis 1960, mais il s’est prononcé pour John McCain. Les deux Etats les plus souvent cités désormais sont le Nevada (qui, depuis la fin de la Première guerre mondiale, n’a voté qu’une fois pour le perdant, en 1976) et l’Ohio (qui a systématiquement voté pour le vainqueur depuis 1960). Le concept s’applique aussi aux comtés, celui de Vigo (Indiana) ayant toujours voté pour le vainqueur depuis 1956.

Proposition de traduction: Etat-baromètre.

C

 

 

 

Campaign trail

Concession call / Concession speech

Campaign trail

Fear and Loathing: On the Campaign Trail '72titre d'un livre publié en 1973 par Hunter S.Thompson.

Littéralement: la piste de la campagne.

Lorsqu’un candidat est en campagne, il sillonne continuellement les routes américaines, en bus ou en avion, suivi par ses conseillers et par un ensemble de journalistes qui sont accrédités auprès de lui: une sorte de caravane de presse de la campagne électorale.

Proposition de traduction: le «Obama Tour» et le «Romney Tour», dans la lignée du «Hollande Tour» et du «Sarko Tour» de la présidentielle française.

Concession call / Concession speech

«She remembers the concession speech he delivered at the Conservative Political Action Conference» — The New Yorker

Littéralement: appel de concession / discours de concession

Ce sont les deux actes par lequel le perdant d'une élection concède au gagnant qu'il l'a battu. D'abord, un coup de fil personnel pour le féliciter de sa victoire; ensuite, un discours devant ses partisans pour reconnaître la légitimité du président nouvellement élu. La façon dont cela se passe influe sur la postérité du perdant, témoin le bon accueil qu'avait reçu le discours de John McCain en 2008.

Proposition de traduction: reconnaissance de défaite / discours de défaite.

D

 

 

 

Dark horse

Dark money

Designated survivor/successor

Dark horse

«Dark-horse presidential candidates Gary Johnson and Virgil Goode may not be household names»NBC News

Littéralement: cheval noir.

Utilisé en référence aux courses hippiques, le terme s’applique à un candidat relativement peu connu et qui semble avoir (très) peu de chances de l’emporter. On date souvent la naissance de l’expression du président James K. Polk, nommé de manière inattendue par le parti démocrate en 1844 avant de gagner l’élection.

Proposition de traduction: grosse cote.

Dark money

«Romney failed to mention that support from nominally independent Super PACs and dark money groups gives him a significant financial edge over President Obama»PR Watch

Littéralement: l’argent obscur.

L'expression désigne les fonds destinés à la campagne politique d’un candidat dont la provenance n’est pas claire, tant le financement des campagnes électorales américaines est peu régulé. Si un particulier ne peut donner que 5.000 dollars maximum à un candidat et 34.000 à un parti sur une période de deux ans, les mêmes règles ne s’appliquent pas aux entreprises et aux syndicats. Par le biais de Super-PACs, ils peuvent contribuer à une campagne sans plafond, mais leurs dons ne sont pas anonymes; et grâce aux organisations «501(c)4», ils peuvent financer la campagne de manière illimitée et anonyme.

Proposition de traduction: financement opaque.

Designated survivor/successor

«State of the Union: Tom Vilsack to serve as Cabinet's "designated survivor"»The Washington Post

Littéralement: survivant/successeur désigné.

En janvier prochain, lors de la prestation de serment du président, vous verrez tout son gouvernement à la cérémonie… sauf un de ses membres, le designated survivor. En clair, celui qui serait encore vivant pour accéder à la présidence si une catastrophe ou un attentat tuait le président, le vice-président et tous les membres du cabinet présents sur place.

En 2009, c’est Robert Gates, le secrétaire à la Défense de Bush qui s’apprêtait à garder sa place dans l’équipe Obama, qui avait été choisi pour rester à l’écart dans un lieu tenu secret —de par sa position, il occupait par ailleurs la sixième place dans l’ordre de succession. Et lors du discours sur l’état de l’Union de 2012, l’heureux élu était le secrétaire à l’Agriculture Tom Vilsack, qui occupait lui la neuvième position.

Proposition de traduction: en 2009, la presse francophone employait des périphrases. Et si on disait «président de rechange»?

E

 

 

 

Earmarks

Entitlements

Earmarks

«The earmark mudfest»Politico

Littéralement: étiquette d’oreille pour le bétail.

Au Congrès américain, les earmarks désignent les budgets alloués à des projets précis dans les Etats. La branche exécutive (le président) n’a pas son mot à dire. Sous l’effet du lobbying d’un élu, la Chambre vote pour subventionner par exemple un pont dans la circonscription de cet élu, attachant comme «une étiquette» à l’oreille de la ligne budgétaire. Les earmarks étaient monnaie courante jusqu’à ce que les Républicains, sous l’influence du Tea Party, décident d’y mettre fin en 2010.

Proposition de traduction: subvention directe.

Entitlements

«Poll finds wariness about cutting entitlements»New York Times

Littéralement: droits dont l’accès est garanti par la loi.

En pratique, les entitlements englobent la retraite publique («Social Security»), le programme public d’assurance-maladie pour les personnes âgées («Medicare») et pour les pauvres («Medicaid»). Ces programmes mythiques, votés par le Congrès, ne peuvent être détricotés que par le Congrès. Source majeure du déficit public américain, ils sont au centre des négociations sur la réduction de la dette, les Républicains poussant pour une réduction draconienne.

Proposition de traduction: les programmes sociaux.

F

 

 

 

Faithless electors

Favorite son

Flip-flop

Faithless electors

«Faithless electors could cost Romney»Commentary

Littéralement: électeurs déloyaux.

Les 538 grands électeurs élus au sein des 50 Etats et à Washington D.C. le 6 novembre seront normalement «promis» à un des deux candidats, puisqu’ils seront des représentants du parti majoritaire dans l’Etat. Mais il peut arriver que l’un d’entre eux décide finalement de ne pas voter pour le candidat auquel sa voix était assignée.

Une éventualité qui est revenue dans l’actualité en septembre quand Associated Press a révélé qu’une grande électrice potentielle du parti républicain dans l’Iowa avait démissionné car, après avoir voté Ron Paul lors des primaires, elle ne se sentait pas prête à voter pour Romney s’il remportait l’Etat. Le dernier incident de ce genre remonte à 2004, quand un grand électeur du Minnesota avait voté pour le candidat à la vice-présidence John Edwards plutôt que pour John Kerry.

Proposition de traduction: dissidents du collège électoral.

Favorite son

«President Obama made a campaign and fundraising swing through Wisconsin, a traditionally blue state that some Republicans think is in play this year, thanks to the presence of favorite son Paul Ryan on the Republican ticket»The Washington Times

Littéralement: fils préféré

Comme en France, le candidat à la présidentielle issu d'un Etat réalise normalement un très bon score dans cet Etat, même si cela n'est pas systématique (le dernier président des Etats-Unis à avoir perdu son Etat d'élection est Woodrow Wilson en 1916, le dernier perdant à avoir été battu dans le sien est Al Gore en 2000). Quant un Etat attribue ses grands électeurs à celui qui en est l'élu, on dit qu'il penche pour son favorite son.

Proposition de traduction: candidat du cru.

Flip-flop

«Mitt Romney has a flip-flop problem»The Washington Post

Littéralement: salto/ circuit électrique à bascule/ une tong.

Un flip-flopper est un homme politique accusé de changer de position en fonction de l’air du temps. Mitt Romney a acquis cette réputation après s’être par exemple prononcé en faveur du droit à l’avortement en 1994 avant de se rétracter lors d’élections ultérieures. Un site recense ses flip-flops.

Proposition de traduction: acrobate idéologique; spécialiste de la volte-face; retourneur de veste; girouette programmatique.

G

 

 

 

Gerrymandering

Gerrymandering

«A chance to squash the Maryland gerrymander»The Washington Post

Littéralement: intraduisible.

Le terme dérive de Elbridge Gerry, un gouverneur du Massachusetts du début du XIXe siècle qui avait été accusé d’avoir découpé les districts pour l’élection des membres de la Chambre des représentants de manière particulièrement malhonnête. Il est depuis utilisé quand des districts sont redécoupés sans respecter la logique géographique afin de fournir un avantage à un parti politique, par exemple en concentrant un maximum d'électeurs d'un parti dans un seul district de l'Etat afin que l'autre parti puisse remporter tous les districts restants.

Proposition de traduction: charcutage électoral.

K

 

 

 

Kick the can down the road

Kick the can down the road

«Romney called on Congress to kick the can down the road on defense cuts»Tweet de Ben LaBolt, porte-parole de la campagne de Barack Obama

Littéralement: donner un coup de pied dans une canette dans la rue.

Au figuré, la canette se transforme en déficit budgétaire que le Congrès ne bouche jamais, en une décision que le président ne prend pas, etc.

Proposition de traduction: renvoyer aux calendes grecques.

L

 

 

 

Landslide

Lead from behind

Landslide

«Europeans would reelect Obama in a landslide»Business Recorder

Littéralement: glissement de terrain.

Une autre façon de dire que le candidat qui en est victime sent le sol se dérober sous ses pieds. Le terme désigne une victoire écrasante d’un candidat ou d’un parti politique: au XXème siècle, ont été qualifiés ainsi les triomphes de Roosevelt face à Landon en 1936 (23 points d’avance), de Johnson face à Goldwater en 1964 (22 points), de Nixon face à McGovern en 1972 (23 points), de Reagan face à Mondale en 1984 (18 points) ou encore des Républicains lors des élections de mi-mandat de 1994 (54 sièges conquis à la Chambre des représentants, qui basculait pour la première fois depuis quarante ans).

Proposition de traduction: victoire écrasante.

Lead from behind

«The fact is, the president never came forward with a plan... There was never a specific plan... There was always the so-called leading from behind»John McCain à propos de l’attitude de Barack Obama lors des négociations sur le plafond de la dette à l’été 2011

Littéralement: «mener par l’arrière».

Euphémisme péjoratif. Rare expression ironique de ce glossaire, «mener par l’arrière» est un contre-sens, comme «retour vers le futur». Gare aux dirigeants politiques qui ne prennent pas les choses en main et se laissent mener par le bout du nez. L’expression souligne la nullité supposée de la politique étrangère du président Barack Obama, surtout au Moyen-Orient (Libye, Syrie, Iran).

Proposition de traduction: être passif.

O

 

 

 

October surprise

October surprise

«Mitt Romney’s October surprise arrives early»The Huffington Post

Littéralement: surprise d’octobre.

Le terme désigne un événement imprévu qui survient habituellement en octobre, quelques semaines avant les élections présidentielles américaines, et qui peut en affecter le résultat, en faveur du challenger comme du candidat sortant. Les October Surprises sont souvent liées à une crise majeure en politique étrangère.

Proposition de traduction: Une affaire à la Papy Voise.

P

 

 

 

PAC et super PAC

Path to victory

Political handicapping

PAC et super PAC

«Pro-Romney Super PAC plowed through cash war chest in August»CNBC

Littéralement: comité d’action politique, super comité d’action politique. Le terme désigne des associations politiques distinctes des partis ou des comités de campagne des candidats aux élections. Ces PAC, souvent dirigées par des proches des candidats, lèvent des fonds qu’ils dépensent en publicité pour les soutenir. Les super PAC ont pris beaucoup d’importance après une décision de la Cour suprême en 2010, qui dérégula le financement électoral et permit aux entreprises et syndicats de faire des dons illimités aux super PAC.

Proposition de traduction: comités de soutien.

Path to victory

«Can Romney replicate Bush’s 2004 path to victory?»The Washington Post

Littéralement: chemin vers la victoire.

Pour remporter l’élection, un candidat doit compter sur ses fiefs électoraux pour amasser un bon paquet de grands électeurs et compléter avec quelques swing states pour parvenir à au moins 270. Quand il apparaît en position très précaire dans un Etat, la presse américaine dit que ses paths to victory —les différentes combinaisons de swing states qui lui permettent d’arriver à 270— se réduisent.

Par exemple, le path to victory le plus logique pour Romney consisterait à gagner la Floride, la Virginie et l’Ohio (60 grands électeurs à eux trois) et un Etat plus petit comme le Colorado, l’Iowa, le New Hampshire ou le Nevada. Mais s’il perd l’Ohio, il devra alors gagner la Floride et la Virginie, plus trois ou quatre Etats parmi le Colorado, l’Iowa, le New Hampshire, le Nevada et le Wisconsin. Et s’il perd la Floride et l’Ohio, sauf miracle, il n’a plus de path to victory

Proposition de traduction: combinaison gagnante.

Political handicapping

«"We don’t consider Michigan one of those (swing) states", said Nathan Gonzales, deputy editor of the Rothenberg Political Report, a Washington, D.C-based political handicapping publication.» Detroit Free Press

Littéralement: assigner des handicaps à des politiques

L'expression handicapping a horse race désigne le fait pour un spécialiste des courses de chevaux de prédire le résultat d'une course. Appliqué à la politique américaine, l'exercice consiste à tenter de prévoir quels Etat remportera chaque candidat à la présidentielle, ou quels sièges au Congrès remportera chaque parti.

Proposition de traduction: prédiction / prévision électorale.

R

 

 

 

Red States / Blue States

Riding coattails

Red States / Blue States

«In the red states, half of every democrat is "kinda Republican"» — The Daily Beast

Littéralement: Etats rouges / Etats bleus.

L’expression désigne bien sûr la couleur politique des Etats, mais un Français biberonné à l’opposition gauche rose / droite bleue risquerait de se tromper: les Red States désignent les Etats solidement républicains (Oklahoma, Wyoming, Idaho, Alabama…) et les Blue States les Etats solidement démocrates (Vermont, Massachusetts, New York, Californie…). Longtemps, les couleurs étaient attribuées de manière inverse ou alternées selon les élections, et la distinction actuelle n’a été popularisée qu’au début des années 2000, notamment sous l’impulsion d’un journaliste de NBC, Tim Russert.

Proposition de traduction: fiefs républicains / démocrates.

Riding coattails

«They calculated that it was worth risking the perception that Obama was trying to ride a former president’s coattails to reelection»The Washington Post

Littéralement: voyager aux basques de (les coat-tails, c'est le bas d'un costume).

L’expression s’emploie quand un candidat tente de profiter de la popularité d’une personnalité pour booster sa propre campagne ou quand un parti profite lors des élections au Congrès de la popularité de son candidat à la Maison Blanche. Si Obama l’emporte très facilement le 6 novembre et que les Démocrates font basculer un grand nombre de sièges au Congrès, on pourra dire par exemple que le parti «rode Obama's coattails». L’expression a notamment été beaucoup utilisée à propos de Ronald Reagan dans les années 80.

Proposition de traduction: surfer sur la popularité de.

S

 

 

 

Spiking the football

Stump speech

Supermajority

Surrogate

Swiftobating

Spiking the football

«If the Court strikes down all or part of the president's health care law, there will be no spiking of the ball» John Boehner, président de la Chambre des représentants

Littéralement: faire rebondir le ballon sur le sol pour célébrer un touchdown au football américain.

Au figuré, l’expression signifie la célébration d’une victoire politique, avec une teinte de crânerie ou de fanfaronnade. Toujours employée péjorativement et au négatif: not spiking the football.

Proposition de traduction: (ne pas) faire dans le triomphalisme.

Stump speech

«Facing falling poll numbers in Ohio, Mitt Romney reconfigured his stump speech here»Politico

Littéralement: un discours souche.

Quand un discours, ses idées et ses tics de langages sont répétés tout au long de la campagne, d’une ville à l’autre, presque à l’identique: en écoutant un stump speech, on peut même prévoir la suite du discours. Par exemple, le gouverneur de New York Nelson Rockfeller utilisait souvent la phrase «the brotherhood of man under the fatherhood of God» (la fraternité des hommes sous la paternité de Dieu) dans ses discours, que les journalistes abrégeaient par l’acronyme BOMFOG.

Proposition de traduction: un copié-collé, un discours répété par cœur.

Supermajority

«It took six months to get a super-majority in the Senate, when we had to wait to learn the outcome of the Minnesota contest»The Huffington Post

Littéralement: super-majorité.

Comme en France, il est possible de faire de l’obstruction parlementaire au Sénat américain, à coups d’amendements et de discours interminables. Pour y mettre fin, le parti majoritaire doit faire voter une motion recueillant les voix d’au moins 60 sénateurs sur 100 —la supermajority.

Historiquement, elle est très rare: les Démocrates l’ont par exemple détenue brièvement en 1977-1978 puis en 2009-2010, grâce à l’appui de deux sénateurs indépendants, avant de la perdre avec la mort de Ted Kennedy. Pour la conquérir cette fois-ci, en comptant encore sur l’aide des indépendants, il leur faut faire basculer sept sièges, sachant que les Républicains n’en remettent en jeu que dix; et les Républicains, treize, sachant que les Démocrates en remettent en jeu vingt-trois. Bref, c'est une éventualité extrêmement improbable.

Proposition de traduction: majorité qualifiée.

Surrogate

«While Mitt’s away, surrogates take stage»ABC News

Littéralement: substitut.

Quand Mitt Romney a déjà un engagement de campagne, il envoie son épouse, Ann, ou l’un de ses cinq fils pour s’adresser à des sympathisants à un meeting ou une soirée de levée de fonds: ils deviennent alors ses surrogates. Position ad hoc, le surrogate n’est pas forcément un lieutenant ou un proche, et peut être un simple allié politique.

Proposition de traduction: émissaire personnel.

Swiftboating

«The "Swiftboating" Of Mitt Romney»NPR

Littéralement: les «Swift Boats» étaient des navires de guerre utilisés pendant la guerre du Vietnam.

Le terme désigne une attaque destinée à tuer quelqu’un médiatiquement. Pendant la campagne de 2004, John Kerry était présenté comme un héros de la guerre du Vietnam ayant servi sur un «Swift Boat». Une association, la «Swift Boat Veterans for Truth», avait alors mené une campagne jetant le discrédit sur John Kerry et l’accusant d’avoir été un pacifiste grâce à des publicités négatives et un livre, Unfit for Command.

Proposition de traduction: lynchage médiatique.

T

 

 

 

Too close to call

Too close to call

«Despite Obama's recent uptick in the polls, his battle for reelection against Republican nominee Mitt Romney remains too close to call.»Reuters

Littéralement: trop serrée pour annoncer.

Si vous regardez la soirée électorale sur une chaîne américaine, vous risquez d’entendre l’expression à propos de certains Etats ou de certaines batailles pour un siège au Congrès. Quand l’écart est très large ou le dépouillement très avancé —par exemple, un écart de cinq points sur 95% des bulletins dépouillés sera généralement jugé significatif—, le journaliste osera attribuer la victoire (call the election) pour un camp ou l’autre. Dans le cas contraire, il qualifiera l’élection de too close to call. L'expression est également employée avant l'élection quand les sondages prédisent une bataille serrée.

Proposition de traduction: élection au couteau.

V

 

 

 

Voter suppression

Voter suppression

«Underscoring just how partisan the voter suppression effort in Maine has become»American Progress

Littéralement: la suppression d’électeurs.

Une tactique qui vise à décourager ou empêcher les gens d’aller voter. L’une d’entre elles est une loi passée dans plusieurs Etats (le Montana, le Missouri, la Caroline du Sud...) qui oblige les électeurs à présenter une pièce d’identité avec photo pour pouvoir voter. Or, il n’existe pas de carte d’identité aux Etats-Unis: on prouve son identité grâce à un permis de conduire ou un passeport. Les personnes qui ne disposent pas de ces pièces (un électeur sur dix ne dispose pas de pièce d’identité délivrée par le gouvernement) ne pourront donc pas voter. Les électeurs qui risquent le plus d’être touchés par cette mesure sont les étudiants, les personnes à faibles revenus et les minorités.

Proposition de traduction: une restriction du droit de vote.

Ivan Couronne, Pauline Moullot et Jean-Marie Pottier