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Tombolas présidentielles: Obama et Romney se vendent

Claire Levenson, mis à jour le 10.09.2012 à 10 h 43

Barack Obama avec les vainqueurs d'un «dîner-concours» à Washington, le 6 janvier 2012. REUTERS/Kevin Lamarque.

Barack Obama avec les vainqueurs d'un «dîner-concours» à Washington, le 6 janvier 2012. REUTERS/Kevin Lamarque.

Depuis le début de l’année, Barack Obama m’envoie des emails pour m’inviter à dîner avec lui à Washington. Il m’appelle par mon prénom et ses messages sont signés «Barack», tout simplement. Il y a quelques mois, le vice-président Joe Biden m’a proposé de prendre un café en Caroline du Nord et Michelle Obama voulait absolument que je les accompagne à la convention de Charlotte.

Je ne suis pas la seule: plus de dix millions de personnes, toutes inscrites sur le site de campagne du président-candidat, ont reçu les mêmes messages. Il suffit ensuite de donner quelques dollars pour participer à un tirage au sort et peut-être gagner l'honneur de manger avec le président.

Et si vous ne voulez pas particulièrement aller au restaurant avec Barack, il y a d’autres options: peut-être préférez-vous une fête chez Sarah Jessica Parker? Une discrète note en bas de page indique que les contributions financières ne sont pas obligatoires, même si elles sont fortement recommandées.

Avec Mitt et Paul dans l'Ohio ou dans la maison de George (Clooney)?

Dans une moindre mesure, Mitt Romney s’est aussi mis à ces tombolas, et après inscription sur son site de campagne, j’ai été invitée à passer une journée avec Mitt et Paul Ryan dans l’Ohio, ou encore à les accompagner à la convention en Floride.

Pour éveiller l’enthousiasme des supporters, la campagne Obama essaye de varier les plaisirs. Ainsi, je reçois régulièrement des questions comme «Est-ce que tu veux rencontrer George Clooney et Barack Obama dans la maison de George Clooney?» ou encore «Ça te dirait de faire du basket avec Barack Obama et Michael Jordan? Donne trois dollars, et tu seras automatiquement inscrit, etc.» Romney est très en retard dans la course aux célébrités. Jusqu’ici, il a mis en vente un dîner avec Donald Trump, un événement qui a été annulé à la dernière minute et dont on ne sait s’il aura jamais lieu.

Les campagnes ne dévoilent pas exactement combien d’argent est récolté pour chacun de ces concours, et il est donc impossible de savoir si les gens sont prêts à donner plus pour voir Bill Clinton ou des basketteurs de la NBA. La seule fête pour laquelle la campagne Obama a publié la totalité des gains est celle de Clooney, qui a permis de récolter un total de quinze millions de dollars. Environ la moitié du pactole venait des invités qui ont déboursé 40.000 dollars pour un ticket, mais l’autre moitié venait des centaines de milliers de participants qui ont donné 3 ou 50 dollars pour avoir la chance de rencontrer la star.

Pour comparer avec la France, la totalité des «dons de personnes physiques» récoltée par la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 était de 5,8 millions d’euros, c’est-à-dire la moitié de ce que la campagne Obama gagne en une soirée Clooney. Les 1,2 million d’euros de François Hollande correspondent à un neuvième d’un dîner Clooney.

Et en France?

Ce type de concours est «difficilement imaginable» en France, explique Abel François, enseignant-chercheur à l'Ecole de Management de Strasbourg. «Dans la perception française du chef de l'Etat, le président de la République (ou le candidat à la présidence) ne peut pas être le lot d'une tombola!» Lorsque la campagne de François Hollande envoyait des emails, ils n'étaient pas signés «François», et ils débutaient par «Chers amis», pas le prénom du destinataire.

Cette année, le flot d’argent est complètement illimité, ce depuis une décision controversée de la Cour Suprême en 2010. Il s’agit d’une surprenante interprétation juridique selon laquelle donner de l’argent à une campagne est une forme de discours qui relève de la liberté d’expression, et qui ne peut donc être limité. Dans cette course, Romney est très en avance: 122 millions de dollars contre 30 millions pour Obama.

Obama compte beaucoup plus sur l’argent des «petits donateurs» que son adversaire. Au mois de juin, 39% des fonds levés par la campagne Obama venait de donations de moins de 200 dollars, alors que le taux est de 15% pour Romney, qui récolte beaucoup chez ses supporters milliardaires, comme le magnat des casinos Sheldon Adelson, qui a promis de dépenser 100 millions de dollars pour faire perdre Obama. Ces sommes sont dépensées en grande partie pour acheter du temps d’antenne à la télévision, et diffuser un maximum de publicités politiques négatives.

Obama essaye de tourner ce retard à son avantage, en soulignant que son financement est plus démocratique, alors que Romney est «acheté» par une dizaine de milliardaires. Les nombreux dîners avec Barack lui donnent l’occasion de renforcer cette image de président proche du peuple.

Devine qui vient dîner?

Les gagnants des dîners avec Barack sont présélectionnés pour que leur histoire personnelle résonne avec les thèmes de prédilection du candidat. Par exemple, une femme dont le mari a un cancer et qui va bénéficier de la réforme de la santé, ou une institutrice qui a peur que les républicains ne coupent le budget éducation de son Etat. Les invités acceptent –contrat signé à la clef– que leur expérience soit utilisée pour divers matériaux promotionnels.

Le site de campagne du président-candidat poste ensuite des vidéos redoutablement efficaces, comme l’histoire de ce pompier qui avait toujours voté républicain jusqu'à ce que les conservateurs attaquent ses droits syndicaux.

«Le parti républicain m’a laissé tomber, explique-t-il. Ma conversation avec le président confirme qu’il va protéger les pompiers, les policiers, les enseignants. Je me bats pour le bon candidat.»

Romney a beaucoup moins communiqué autour des rares concours qui ont permis à quelques gagnants de le rencontrer. Le but est souvent d’humaniser le candidat républicain, qui a la réputation d’être froid comme un robot. Dans le compte rendu de sa rencontre avec Mitt, la gagnante nous explique ainsi que c’est un «homme chaleureux et agréable», tellement sympathique que c’était presque comme discuter avec «un voisin».

Au déjeuner, Mitt a tenu à se démarquer du président, qui invite ses gagnants dans des restaurants raffinés de la capitale. Non, ce n’est pas parce que Mitt a quatre maisons de luxe et des comptes aux Iles Cayman qu’il mangera, comme Barack, de l’espadon aux poivrons, haricots blancs et saucisse d’agneau. Il préfère, tout simplement, un burrito au porc dans un restaurant mexicain du New Hampshire. Alors, qui est vraiment le candidat de l'élite?

Claire Levenson

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Journaliste
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