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A quel sondage ou prévision se fier pour suivre les élections américaines?

Cécile Dehesdin, mis à jour le 03.09.2012 à 18 h 12

Les sondages au niveau national, c'est bien. Mais pour prévoir le résultat des présidentielles américaines, il faut s'intéresser au collège électoral.

Des électeurs votent à Columbus, dans l'Ohio, le 4 novembre 2008. REUTERS/ Matt Sullivan

Des électeurs votent à Columbus, dans l'Ohio, le 4 novembre 2008. REUTERS/ Matt Sullivan

Sur quinze sondages publiés sur les présidentielles américaines autour du 28 août –avant la convention de Tampa qui devrait provoquer un rebond, peut-être éphémère, des intentions de vote républicaines–, neuf donnaient Obama devant d’un ou deux point, trois de quatre à six points et trois autres donnaient Romney devant, d’un point.

Malgré ce qui s'annonce donc, d'après ces études, comme une course on ne peut plus serrée, Obama est pour l’instant toujours donné gagnant. Par exemple, le blogueur du New York Times Nate Silver a Obama à 50% et Romney à 48,5%, et estime que le président en exercice aurait pourtant 71% de chances de gagner l'élection si elle avait lieu ce lundi 3 septembre:

Qu’est-ce qui explique cette différence?

Rembobinons deux minutes. Aux Etats-Unis, les sondages sur les intentions de vote globales donnent une tendance, mais ils ne disent pas tout, surtout avec des pourcentages aussi serrés.

Le vote indirect à l'américaine

C’est que le système d’élection du pays est très différent du nôtre: il n'y a qu'un tour et, même si sur leur bulletin de vote il est inscrit «Barack Obama» et «Mitt Romney», les habitants de chaque Etat choisissent en fait des grands électeurs. Ces personnes, désignées par les partis selon des procédures différentes en fonction des Etats, votent ensuite pour l’un des deux candidats. Ce n'est donc pas le vote populaire national qui décide du président et du vice-président, mais le vote du collège électoral.

Chaque Etat américain a droit à autant de grands électeurs que d'élus au Congrès, soit deux sénateurs auxquels s'ajoutent un nombre de représentants proportionnel à sa population. La Californie, qui a 53 représentants, a donc 55 grands électeurs. Le collège électoral compte au total 538 membres, ceux des Etats et les 3 de Washington, DC, qui n'est pas représenté au Congrès.

Le nombre de représentants et de grands électeurs est actualisé tous les dix ans sur la base du recensement, explique le professeur en sciences politiques Marc Hetherington, de l’université de Vanderbilt, dans le Tennessee.

Carte de 270towin.com. Cliquez sur la carte pour l'agrandir.

Certains dénoncent quand même un déséquilibre qui donne trop d’importance aux petits Etats et pas assez aux grands. Le Wyoming et ses 568.000 habitants ont droit à 3 grands électeurs, contre 55 pour la Californie et ses 37.692.000 habitants, ce qui donne en moyenne un grand électeur pour 190.000 personnes dans le Wyoming, contre un pour 685.000 en Californie.

L'importance des grands électeurs

A part le Maine et le Nebraska, les Etats fonctionnent selon le système du winner-take-all (ou «le gagnant prend tout»): si les habitants de la Floride votent à une voix de majorité pour Mitt Romney, les 29 grands électeurs de la Floride vont à Romney (sachant que les grands électeurs sont censés voter pour le candidat que leur population a choisi, même si certains –rarement– ne le font pas). On additionne ensuite ces grands électeurs, le but étant pour chaque candidat d’obtenir la majorité absolue, soit au moins 270 grands électeurs.

Dans un cas très improbable où le vote populaire serait uniforme au niveau des Etats, un candidat qui obtiendrait 51% du vote populaire dans chaque Etat (et donc du vote populaire total) récolterait 100% du collège électoral.

Un candidat élu remporte donc presque toujours une proportion plus grande du vote des grands électeurs que du vote populaire. En 2008, Obama a gagné avec 53% du vote populaire, mais 68% du collège électoral (365 grands électeurs sur 538). En 1960, dans une des élections les plus serrées de l'histoire, Kennedy n'avait battu Nixon que de 100.000 voix mais avait recueilli 84 grands électeurs de plus que lui.

Mais vote populaire et grands électeurs restent liés

Reste que le vote populaire n’est pas rien, puisqu’il est extrêmement rare qu’un candidat le gagne mais perde le vote du collège électoral: cela n'est arrivé que quatre fois, trois au XIXe siècle (1824, 1876, 1888) et une au XXe, entre George W. Bush et Al Gore en 2000. Cette année-là, le démocrate Gore a remporté 48,38% du vote populaire, contre 47,87% pour le républicain Bush, mais c’est ce dernier qui est devenu président, le vote par Etat lui ayant donné 271 grands électeurs, contre 266 pour Gore.

La Floride (et ses 25 grands électeurs) est alors devenue le champ de bataille de l’élection: les estimations sur l’Etat avaient changé tout au long de la soirée avec une différence finale de 1.784 voix, en faveur de Bush. Vu la faible différence, la Floride s'est mise à recompter ses voix, et Gore a demandé en parallèle un recompte de certains comtés, deux recomptes débutés puis arrêtés après une décision controversée de la Cour suprême. Les résultats certifiés, qui incluent quelques recomptes, donnent 537 voix d'avance à Bush.

Mais après l’élection, plusieurs médias et fondations ont cherché à recompter ces bulletins, et se sont aperçus que si tous les bulletins de la Floride avaient été recomptés manuellement, Al Gore aurait emporté le vote populaire de l’Etat, donc ses grands électeurs. Il aurait ainsi remporté à la fois le vote populaire national et l’élection. Il est donc vraiment très rare de remporter l’un sans l’autre.

Que regarder pour suivre les chances de Romney et d'Obama?

Pour suivre au plus près la course à la Maison Blanche, il faut donc regarder les sondages par Etat, en se concentrant sur les swing states, les Etats où Romney et Obama sont au coude-à-coude et qui ne votent pas traditionnellement pour un camp en particulier. Cette année, intéressez-vous particulièrement à l’Ohio, la Virginie, le Michigan, la Caroline du Nord et la Floride, qui sont à la fois très serrés et comptent un nombre important de grands électeurs.

Mais l’évolution des sondages nationaux est loin d’être inutile: si Obama gagne trois points au niveau national, cette progression se reflètera plus ou moins au niveau étatique. Dans les Etats où la bagarre Obama/Romney en est à 60/40, ça ne change rien. Mais dans ceux où elle se situe à 49/51, si.

Tout cela en gardant en tête, histoire de compliquer les choses, que tous les sondages ne se valent pas, la méthodologie pouvant varier énormément d’un institut à l’autre. Par exemple, Rasmussen, un institut très connu, ne passe pas par des enquêteurs en chair et en os mais par des appels automatisés, pour des résultats moins fiables que quand les questions sont posées par des humains, explique Marc Hetherington.

Il faut aussi savoir que, dès que vous voyez une différence entre Romney et Obama de 2% ou moins, vous êtes en plein dans la marge d’erreur du sondage. Si Obama est donné à 48% et Romney à 52%, le président sortant pourrait obtenir entre 46% et 52%, et son challenger entre 50% et 54%.

On ne saurait que trop vous conseiller le blog de Nate Silver sur le New York Times, où vous pourrez voir en même temps sondages nationaux, projections du vote électoral et sondages Etat par Etat, et le Huffington Post, qui suit l'évolution de tous les sondages nationaux et tient aussi une carte détaillée des votes du collège électoral.

Cécile Dehesdin

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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