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Convention républicaine: quand Clint Eastwood parle à un Obama invisible

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 03.09.2012 à 9 h 26

Le drôle de discours de l'acteur, qui s'est adressé à une chaise vide figurant le président sortant, a été bien accueilli par la foule, beaucoup moins par l'équipe de Romney et les observateurs.

Clint Eastwood lors de la convention républicaine de Tampa, le 30 août 2012. REUTERS/Eric Thayer.

Clint Eastwood lors de la convention républicaine de Tampa, le 30 août 2012. REUTERS/Eric Thayer.

C’est un drôle de discours qu’a prononcé Clint Eastwood, invité surprise du dernier jour de la convention républicaine, jeudi 30 août, avant le grand speech de Mitt Romney: l’acteur, dont le nom avait paraît-il été évoqué il y a vingt-cinq ans pour être le running mate de Bush père, s’est adressé pendant une dizaine de minutes à une chaise où aurait été assis un Barack Obama invisible.

(La transcription intégrale du discours en anglais)

Moquant l’idée selon laquelle tout Hollywood serait «à la gauche de Lénine», il a expliqué avoir lui-même été touché par l’émotion autour de la victoire d’Obama en 2008, mais que ce qui lui donnait réellement envie de pleurer aujourd’hui, c’était les 23 millions d’Américains au chômage:

«C’est une honte, une honte nationale, et nous n’avons évidemment pas fait assez, cette administration n’a pas fait assez pour résoudre cela. […] Donc, M. le Président, que faites-vous des promesses que vous avez faites quand vous étiez candidat, et que faites-vous d’eux? […] Je pense qu’il y a tant à faire, et je pense que M. Romney et M. Ryan sont deux types qui peuvent s’en occuper.»

Le héros du Bon, la brute et le truand a conclu son discours par un jeu avec la foule, lui lançant «Go ahead» pour s’entendre répondre «Make my day» («Allez-y, faites-moi plaisir»), en référence à la célèbre réplique de l’Inspecteur Harry, que Ronald Reagan avait lui-même un jour utilisée dans un discours. 

«Une marionnette avec une chaussette»

Si, comme le rapporte ABC News, Eastwood a «électrisé» la foule de la convention, les réactions au dehors à son discours ont été beaucoup plus critiques ou moqueuses. Le New York Magazine cite ainsi une série de réactions sur Twitter, qui se plaignent qu'Eastwood, acteur laconique, ait été aussi bavard, ou affirment en rigolant que, en coulisses après son discours, «Eastwood est en train de crier sur des gens qui ont failli s’asseoir sur Invisible Obama» pendant que «Romney fabrique fébrilement une marionnette avec une chaussette».

Dave Weigel, de Slate.com, compare lui le discours à un toast raté:

«Vous avez été à des mariages, sûrement, où le témoin devient trop lourd, et moins drôle qu'il ne le pense, mais où tout le monde instinctivement l'encourage et tente de trouver l'humour? C'est ce qui s'est passé.»

The Daily Intel titre même son papier «Clint Eastwood a prononcé le pire discours de la convention de tous les temps», tandis que le correspondant américain de L’Express décrit sur son blog «un des plus bizarres fiascos de l’histoire des campagnes américaines», avec un Eastwood «perdu dans une logorrhée par instants incohérente» et des communicants républicains «ivres de colère en coulisse». Associated Press note également que les membres de l’équipe de Romney faisaient grise mine.

Quant à l’équipe d’Obama, elle a vite réagi, puisqu’un tweet a été posté sur le compte du président (pas par lui-même, qui signe les tweets de sa main «B.O.») le montrant en photo dans une chaise siglée «The President», avec comme légende: «This seat’s taken» («Ce siège est pris»).

Toujours sur Twitter, Mashable signale par ailleurs qu’immédiatement après le discours d’Eastwood a été lancé un compte @InvisibleObama, qui comptait plus de 36.000 followers vendredi en fin de matinée. Le New York Daily News note lui que le discours a déjà donné lieu à un même, le #Eastwooding, qui consiste pour les gens à se prendre en photo à côté d’une chaise vide.

J.-M.P.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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