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Convention républicaine: un bon discours de Mitt Romney, mais qui ne change rien à la dynamique de l'élection

John Dickerson, mis à jour le 31.08.2012 à 10 h 48

Romney a réussi à souligner l'échec d'Obama, mais a-t-il su convaincre les électeurs qu'il ferait mieux?

Mitt Romney à la convention républicaine de Tampa, en Floride, le 30 août 2012. REUTERS/Joe Skipper.

Mitt Romney à la convention républicaine de Tampa, en Floride, le 30 août 2012. REUTERS/Joe Skipper.

Message à ceux qui pensaient que Mitt Romney n'avait pas d'obstacles à surmonter: vous avez vu Clint Eastwood? Les douze minutes de l'acteur sur scène à la convention républicaine étaient décousues et gênantes. Il a parlé à une chaise vide où il prétendait que le président était assis.

[...]

Le porte-parole d'Obama Ben Labolt a suggéré qu'en guise de contre-programmation, les Démocrates accueilleraient sur scène la semaine prochaine Salvador Dali. Le président Obama s'est amusé en tweetant une photo de lui assis dans la chaise de la la Roosevelt Room.

La convention, qui avait mal commencé avec l'ouragan Isaac et la tempête tropicale Todd Akin, semblait être prête à se terminer sur la même note maudite.

Mais après cet interlude, Romney a défendu sa position de réparateur qui rendrait l'Amérique à ses principes après son aventure avec un président excitant, plein de promesses mais finalement décevant. Le temps était venu d'avoir des objectifs plus réalistes.

«Le président Obama vous a promis qu'il commencerait à ralentir la montée des océans et à guérir la planète», a dit Romney. «Ma promesse c'est de vous aider, vous et votre famille.»

Pas beaucoup d'élan pour la suite

Romney a fait une promesse, mais la vraie question sur ce discours est de savoir si les gens y ont cru. [...]Les gens ont-il suffisamment confiance en lui pour lui donner la présidence? L'élection de Mitt Romney a toujours reposé sur une formule en deux temps: les électeurs ont besoin de se sentir déçus par le président, et de se dire que Romney a un plan.

La première partie était un cadeau auquel pouvait s'attendre n'importe quel nominé républicain qui parviendrait jusqu'à Tampa. Romney a fait un discours tout à fait bon, mais il n'a pas avancé sur la deuxième partie.

Il semble que la course va reprendre exactement comme elle avait commencé avant que Romney n'aille à la convention, et sans beaucoup d'élan pour le dur chemin qui reste à parcourir.

Romney est entré dans la salle et a traversé la foule comme s'il était un président sur le point de prononcer le discours sur l'Etat de l'Union. Il a serré des mains, fait coucou à des amis et s'est arrêté pour embrasser le sénateur Orrin Hatch, qui plus tôt dans la soirée m'avait dit que Romney «câlinait sa femme au lit» quand elle avait son cancer du sein.

L'homme derrière le candidat

Romney n'a pas parlé de câlins, mais une partie de son discours devait montrer aux lecteurs un peu de qui il est. Il a parlé de son père, le gouverneur du Michigan qu'on surnommait «brique» parce qu'il était si inébranlable. Il a raconté des histoires d'amour inconditionnel, pour ses enfants, pour sa femme.

Sa meilleure phrase était:

«Si vous demandez à Ann et moi ce qu'on donnerait pour interrompre encore une bagarre entre les garçons, ou se réveiller et découvrir une pile d'enfants endormis dans notre chambre... Et bien, tous les pères et toutes les mères savent la réponse à cette question.»

[...] Romney a directement appelé au vote des femmes en parlant du nombre de femmes qu'il a placé à des postes de responsabilité quand il était gouverneur du Massachusetts. Il a aussi essayé d'aider les électeurs déçus par Obama à ne pas se sentir mal d'abandonner un homme qui était si prometteur.

Romney, psychologue

A plusieurs reprises, Romney a presque agi comme un psychologue identifiant une déception envers Obama partagée par tout le pays. «Il y a quatre ans, je sais que beaucoup d'Américains ont ressenti une exaltation nouvelle à propos des possibilités d'un nouveau président», a-t-il dit avant de détailler toutes les manières dont les promesses n'avaient pas été tenues.

C'était une façon de montrer qu'il comprenait les gens «normaux»:

«Qu'est-ce que vous pouviez faire? A part travailler plus dur, vous contenter de moins, essayer de rester optimiste. Embrasser vos enfants un peu plus longtemps, peut-être passer un peu plus de temps à prier que le lendemain serait un meilleur jour.»

Il a ensuite dirigé ses talents de psychologue vers le président:

«Le président ne vous a pas déçu parce qu'il le voulait. Il a déçu l'Amérique parce qu'il n'a pas mené l'Amérique dans la bonne direction.»

Pas un mauvais type, juste un type pas à la hauteur du boulot.

L'attaque contre Obama la plus dévastatrice a été quand Romney a dit qu'il y a «quelque chose qui ne va pas dans son mandat quand vous ne vous êtes jamais senti aussi bien que le jour où vous avez voté pour lui». Cette phrase, et l'image donnée par le discours de Paul Ryan d'un jeune électeur d'Obama les yeux fixés au plafond, restera dans les esprits après la convention.

La contradiction Paul Ryan

Sa critique d'Obama a été ébranlée par une contradiction curieuse, cependant. Romney a dit:

«Il a pris ses fonctions sans la qualification de base que la plupart des Américains ont, une qualification essentielle pour sa tâche. Il n'avait presque pas d'expérience de travail en entreprise.»

Si ce manque d'expérience en entreprise est le grand échec au coeur de la présidence Obama, pourquoi Romney a-t-il choisi Paul Ryan, qui n'a lui-même pas cette expérience?

Cela fait des mois qu'on a l'impression que la course à la présidence 2012 est bloquée. Obama est accablé par l'état de l'économie, et Romney n'arrive pas conclure. Cette dynamique existait avant la convention républicaine et elle existe toujours après.

John Dickerson

Traduit et adapté par Cécile Dehesdin

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