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Avortement: le parti républicain est plus Todd Akin que Mitt Romney

Cécile Dehesdin, mis à jour le 24.08.2012 à 12 h 07

Il va adopter un programme interdisant l'avortement sans exception pour le viol, en pleine controverse autour du candidat au Sénat dans le Missouri et des «véritables viols».

La scène de la convention républicaine 2012, à Tampa en Floride, le 20 août 2012. REUTERS/Scott Audette

La scène de la convention républicaine 2012, à Tampa en Floride, le 20 août 2012. REUTERS/Scott Audette

Le Parti républicain a approuvé, mardi 21 août au soir, un programme prônant un refus total de l'avortement, sans exceptions pour le viol, l'inceste ou les dangers pour la santé de la femme enceinte (le parti adoptera officiellement le programme lors de sa Convention, le 27 août). Dans une version provisoire obtenue par CNN, un point du programme dit:

«Nous revendiquons la sainteté de la vie humaine et affirmons que l'enfant non-né a un droit individuel fondamental à la vie sur lequel on ne peut empiéter. Nous soutenons l'ajout d'un amendement sur la vie humaine à la Constitution et des lois qui clarifient le fait que les protections du 14ème amendement s'appliquent aux enfants non-nés.»

Le 14ème amendement à la Constitution américaine dit notamment qu'aucun Etat «ne privera une personne de sa vie, de sa liberté ou de ses biens sans procédure légale régulière».

Cette position républicaine n'est pas nouvelle: on la retrouve notamment dans le programme du parti en 2000, 2004 et 2008, note CNN. Mais cette année, elle arrive pile au moment de la controverse Todd Akin, ce candidat républicain au Sénat qui a expliqué qu'en cas de «véritable viol» les femmes ne tombaient pas enceintes, et que les rares fois où cela se produisait, il était tout de même contre l'autorisation de l'avortement.

Et alors que celui qui est actuellement membre de la Chambre des représentants du Missouri n'a pas arrêté sa campagne pour le Sénat (il avait jusqu'au 21 au soir pour le faire). Dans une interview radio pour un programme conservateur ce mardi, il disait avoir dit «un mot dans une phrase un jour, et tout a changé» (ce qui laisse à croire que le seul problème venait de l'expression «véritable viol», et pas également du sous-entendu qu'une femme «vraiment violée» ne pouvait pas être enceinte, et que donc toute femme enceinte violée voulant un avortement ne pouvait que mentir).

Mitt Romney contre son parti et Todd Akin

Or les Républicains n'ont –pour la plupart– pas soutenu Akin, bien au contraire. Mitt Romney lui-même a appelé à sa démission:

«Les commentaires de Todd Akin était faux et insultants et il devrait très sérieusement réfléchir à ce qui serait le mieux pour notre pays. Aujourd'hui, les autres Missouriens l'ont enjoint à quitter la course, et je pense qu'il devrait accepter leurs conseils et abandonner.»

Romney avait dès lundi pris ses distances avec les positions d'Akin, soulignant qu'il était pour une autorisation de l'avortement en cas de viol. Voilà donc le candidat républicain à la présidentielle en opposition directe avec le programme que son parti devrait officiellement adopter dans moins d'une semaine (John McCain s'était retrouvé dans une situation similaire en 2008, lorsqu'il avait voulu que le programme contienne des exceptions sur l'avortement, ce que des conseillers avaient qualifié de «suicide politique»).

La position de Todd Akin est celle du Parti

Ce n'est pas que les exceptions à l'interdiction de l'avortement pour le viol aident nécessairement au final la cause des femmes, d'après Irin Carmon dans Salon, puisque derrière il y a l'idée que «certaines raisons de vouloir un avortement sont plus justifiées que d'autres, et que nous avons le droit d'interroger ces raisons».

En d'autres termes, «soit vous pensez qu'une femme a le droit de décider de ne plus être enceinte, soit vous pensez que vous avez le droit d'avoir votre mot à dire sur sa décision». En plus, les exceptions ne fonctionnent pas, les médecins craignant souvent trop de se retrouver avec une enquête ou un procès contre eux pour pratiquer des avortements alors qu'ils font partie des exceptions autorisées.

Le programme républicain constitue surtout un rappel que la position de Todd Akin n'est pas extrême pour le parti républicain, bien au contraire, estime Amanda Marcotte dans Slate. Elle souligne que les appels des Républicains à l'abandon d'Akin les font paraître moins hostiles qu'ils ne le sont au droit basique des femmes à disposer de leur corps:

«Un oeuf fertilisé ne peut pas avoir des droits de propriété sur le corps d'une femme sans enlever à cette femme ses droits. Même si vous êtes une femme qui n'imagine jamais procéder à un avortement, définir un embryon comme une personne avec des droits sur votre corps qui sont plus forts que les vôtres vous met en danger. Cela pourrait aboutir à des enquêtes criminelles sur des fausses couches [...] Cela pourrait donner le droit aux hôpitaux et aux médecins d'aller à l'encontre de la volonté d'une femme pour son traitement médical pendant sa grossesse [...] Donner des droits sur les femmes à des gens hypothétiques a des implications qui vont bien plus loin que l'interdiction de l'avortement.»

Cécile Dehesdin

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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