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Pourquoi j'adore Paul Ryan

William Saletan, mis à jour le 24.08.2012 à 12 h 12

Il a tout d'un Républicain idéal: conservateur sur le plan budgétaire, mais aussi ouvert d'esprit, honnête et pragmatique.

Mitt Romney et Paul Ryan lors d'un meeting à Ashland, en Virginie, le 11 août 2012. REUTERS/Shannon Stapleton.

Mitt Romney et Paul Ryan lors d'un meeting à Ashland, en Virginie, le 11 août 2012. REUTERS/Shannon Stapleton.

Quelque chose de merveilleux vient d'arriver aux Etats-Unis: Paul Ryan est le candidat républicain à la vice-présidence.

Sur le plan budgétaire, Ryan est un véritable conservateur. Ce n'est pas un énième idéologue du Tea Party qui radote sur le désengagement de l’État et la magie de la libre-entreprise. Les chiffres, il les connaît sur le bout des doigts et ses propositions à long terme sont plus que solides. Au niveau des détails, mes amis libéraux soulignent de nombreuses lacunes dans le plan de Ryan. Ils ont raison.

Mais montrez moi un autre Républicain qui s'est attelé aux problèmes financiers du pays avec autant de sincérité et de précision que Ryan. Aujourd'hui, il est celui dont le plan budgétaire est le moins détaillé, exception faite de tous les autres.

Ryan réfute les arguments bidon du parti démocrate. Il sait que, sur le plan des dépenses, la trajectoire actuelle est intenable et que, comme en Europe, si la gauche est incapable de les maîtriser, elle mènera ses concitoyens vers la catastrophe. Un jour ou l'autre, vous ne pouvez plus emprunter suffisamment pour honorer vos engagements et tout le monde l'a dans l'os.

Dieu a créé les Républicains pour une raison précise

Ryan sait pertinemment que plus nous ignorons la crise de la dette et remettons au lendemain de sérieuses coupes budgétaires – l'équivalent de gauche de la négation du réchauffement climatique – plus le retour à la réalité sera douloureux. Et ce genre d’irresponsabilité n'a rien de bienveillant ou de sympathique.

Comme moi, vous avez peut-être été élevé dans un foyer de gauche. Vous n'êtes pas d'accord avec les idées conservatrices en matière de social ou de politique étrangère. Mais Dieu créa les Républicains précisément dans cette intention: pour forcer une confrontation avec le réel quand les Démocrates promettent et dépensent trop.  

Mais Ryan réfute, aussi, les arguments bidon du GOP. Il prouve que vous n'avez pas besoin d'une expérience dans le secteur privé pour être un bon législateur. Il démontre qu'un authentique conservateur – soit l'inverse d'un idéologue du Tea Party – vote pour des plans de sauvetage quand l'équilibre économique du pays est en jeu.

Ryan montre aussi qu'un réel conservateur ne vénère aucun secteur particulier du budget, y compris la défense. Son plafonnement des dépenses est incompatible avec la promesse débile de Romney de conserver le budget miliaire au-dessus des 4% du PIB. Et avec Ryan, Romney ne peut plus prétendre, selon un argument malhonnête, que l'Obamacare est mauvais parce qu'il réduit le budget du Medicare. Désormais, Romney devra défendre l'argument honnête et conservateur selon lequel les dépenses du Medicare doivent être maîtrisées.

Ce matin, j'ai entendu Ari Fleischer dire que Ryan était un bon choix, car les Républicains ne veulent pas de quelqu'un qui pense et parle comme un comptable. C'est totalement faux. Ce qu'il y a de merveilleux avec Ryan, c'est qu'il pense justement comme un comptable.

Rien à foutre des sondages

L'argument politique contre Ryan, c'est qu'il va à l'encontre de la stratégie de guérilla de Romney. Romney veut faire de l'élection un référendum pour ou contre Obama. Désormais, comme le disent les Démocrates, ce sera une «élection de choix». Romney devra forcément défendre une alternative: le programme budgétaire de Ryan. Avant la sélection du vice-président, les Démocrates pourrissaient déjà le «budget Romney-Ryan» et le «plan Ryan mettant fin au Medicare».

Aujourd'hui, l'attaque est encore plus facile. Avec la nomination de Ryan, les Démocrates accusent Romney de vouloir «doubler la mise» niveau restrictions budgétaires qui mettront «en péril» le Medicare au détriment des pauvres et des classes moyennes. Et les Démocrates ont les sondages avec eux: les électeurs n'aiment pas qu'on touche au Medicare ou à la Sécurité Sociale.

Oui, et donc? Rien à foutre des sondages. Les Républicains seront du bon côté de la balance en matière de débat budgétaire. Et ils le seront, aussi, question débat de fond. Au lieu de se tirer la bourre sur les déclarations de revenus de Romney et de chouiner sur un taux de chômage trop élevé – une observation aussi évidente que stérile – nous devrons débattre de vrais problèmes et de solutions réelles. Ce qui est très bonne nouvelle pour les États-Unis.

Je ne dis pas que Ryan est le sauveur du pays. Ses insuffisances sont nombreuses. Sa retenue sur les réductions d'impôts n'est pas à la hauteur de sa discipline sur les dépenses. Il a eu tort de s'opposer au plan Simpson-Bowles sur la réforme fiscale. Les Démocrates vont le massacrer sur cette question et ce sera bien fait pour lui. Ce qui contribuera, aussi, à rendre le débat productif: des deux côtés, les dogmes seront mis à nu et la responsabilité budgétaire deviendra l'étalon gouvernemental.

Et à l'inverse de bon nombre de ses collègues, Ryan n'est ni un branleur ni un hater. Il est là pour trouver des solutions, pas pour la castagne. Il sera un débatteur de la meilleure espèce, ouvert à la critique et prêt pour les compromis.

Que Romney ait fait ce choix est un très bon signe, un signe qui me dit qu'il gérera le pays comme il a géré le Massachusetts: en homme d'affaires prudent et soucieux des chiffres.

Une génération qui pense

Ryan n'aidera peut-être pas Romney à gagner cette élection. Pour les raisons que je viens de citer, il  pourrait même jouer en défaveur du ticket républicain. Et il y a ici un bon argument à faire valoir – les Démocrates n'y manqueront certainement pas – selon lequel l'emphase de Ryan sur l'austérité n'est pas adaptée à une économie faiblarde. Mais les idées de Ryan seront importantes pour l'avenir.

Quand la reprise économique sera bien initiée, nous changerons de contexte: les plans de relance seront de moins en moins pertinents et le contrôle des déficits et de la dette de plus en plus essentiel. A ce moment-là, il faudra être davantage à l'écoute de ces vieux principes républicains. Et nous aurons besoin de davantage d'électeurs, surtout chez les jeunes, pour valoriser de tels principes. Nous aurons besoin d'une génération qui pense comme Paul Ryan.

Le parti de John Boehner et de Mitch McConnell, le parti de l'aigreur, des blablas, de l'inconscience et de l’extrémisme, très peu pour moi. Je voterai pour Obama. Mais dans quatre ans? Dans une économie plus forte et avec une dette en roue libre? Si Ryan est en tête de ticket? C'est horriblement tentant.

William Saletan

Traduit par Peggy Sastre

William Saletan
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