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L’histoire oubliée de la compétition artistique aux JO

Daniel Lametti, mis à jour le 27.07.2012 à 11 h 51

Summer Head by David Fairrington Watercolor 2011 / Fairrington via Flickr CC Licence By

Summer Head by David Fairrington Watercolor 2011 / Fairrington via Flickr CC Licence By

Trouver qui sera le vainqueur d’une discipline olympique suppose habituellement peu de réflexion. Les gagnants nagent plus vite, sautent plus loin, et soulèvent plus de poids que n’importe quel autre athlète. C’est pourquoi je trouve si frustrantes les disciplines olympiques intégrant des éléments de jugement artistique. Pourquoi n’est-ce pas le gymnaste qui fait le plus de flips qui gagne?

Le baron Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux olympiques modernes, me traiterait de fou. Car à sa demande insistante, les JO ont intégré à la compétition des disciplines artistiques entre 1912 et 1948. Bien que les disciplines variaient et que les médailles n’étaient pas systématiquement remises lors d’une cérémonie, l’or, l’argent et le bronze ont bien récompensé les participants au cours de la plupart de ces années en littérature, peinture, sculpture, architecture et composition.

Selon The Forgotten Olympic Art Competitions (Les compétitions artistiques oubliées des Jeux olympiques) de l’historien Richard Stanton, Pierre de Coubertin voyait les olympiades comme un modèle d'éducation qui, à l’instar des Jeux antiques, devait englober la totalité du savoir humain. Lorsque le comité international olympique (CIO) reprit l’organisation des JO en 1896, le baron de Coubertin le poussa à incorporer les compétitions artistiques. L’idée n’était pas populaire, en particulier parmi les artistes. Avant les Jeux de 1912 à Stockholm –les premiers à présenter les disciplines artistiques– la Société suédoise des Arts déclara qu’une compétition artistique n’avait pas de sens: l’art devait être créé pour lui-même. L’Académie royale de Suède aquiesça, proposant à la place une plus raisonnable exposition artistique pour accompagner les Jeux.

Mais Coubertin, qui présidait alors le CIO, était obstiné. Il demanda à ce que les compétitions artistiques soient tenues en parallèle des événements sportifs, et ce fut finalement le cas. Mais ces «épreuves» posaient plusieurs problèmes. Le jury était suspect. La première médaille d’or de littérature fut remise à Coubertin lui-même qui, caché sous un pseudonyme, avait écrit une Ode au Sport. Il était aussi délicat de vérifier le statut amateur des compétiteurs –le CIO demandant aux professionnels de rester à l’extérieur du stade comme du salon littéraire olympique… Plus problématique, les compétitions, qui exigeaient que les artistes soumettent un travail en relation avec le thème du sport, n’attiraient pas de créateurs de renom. «S’il c’était agi des meilleurs poètes de l’époque, les choses auraient été différentes», constatait alors Aale Maria Tynni [PDF], une Finlandaise qui concourait en littérature.

Lors des Jeux d’Helsinki en 1952, le CIO convertit la compétition artistique en exposition, avant d’abandonner complètement l’art. Mais les six Olympiades de l’art nous laissent plusieurs records impressionnants. En 1948, Tynni gagna ainsi la médaille d’or pour son poème Laurel of Hellas. Elle est la seule femme à avoir jamais gagné une médaille d’or en art olympique. La même année, le Britannique âgé de 73 ans John Copley devint le plus vieux médaillé de l’histoire en recevant la médaille d’argent pour son eau-forte Polo Players (Les joueurs de polo). Mais malheureusement, ces compétiteurs ne sont plus considérés comme des médaillés olympiques, les championnats de l’art ayant été supprimés des records officiels des Jeux…

Daniel Lametti
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