Culture

Calendrier de l'Avent des podcasts: pourquoi les femmes sont nues dans les œuvres d'art?

Temps de lecture : 2 min

[J-13] Slate.fr propose un calendrier de l'Avent 100% podcasts avec des programmes qui ont marqué l'année 2020. Aujourd'hui, un podcast de conversation sur l'histoire de l'art avec un prisme féministe (et un titre inoubliable).

Pourquoi les femmes sont nues et les hommes habillés? | «Le déjeuner sur l'herbe», Édouard Manet via Wikimedia Commons
Pourquoi les femmes sont nues et les hommes habillés? | «Le déjeuner sur l'herbe», Édouard Manet via Wikimedia Commons

Au Panthéon des podcasts ayant un titre joyeusement provocateur, il y a bien sûr Les couilles sur la table de Victoire Tuaillon chez Binge Audio, Les mecs que je veux ken de Rosa Bursztein et Qui m'a filé la chlamydia? d'Anouk Perry chez Nouvelles Écoutes. Mais dans cette catégorie, la championne attitrée reste Julie Beauzac et son podcast féministe sur l'histoire de l'art: Vénus s'épilait-elle la chatte?

Derrière ce titre qui prête à sourire se cache un vrai questionnement sur la représentation des femmes et leur place dans l'histoire des arts. C'est lors d'une visite à la pinacothèque d'art moderne de Munich que Julie Beauzac trouve son sujet. Devant L'école de danse du peintre Ernst Ludwig Kirchner, elle se questionne: pourquoi le personnage masculin est-il habillé tandis que les deux personnages féminins sont entièrement nus? À cause du patriarcat, bien évidemment.

Déconstruire le regard

Il n'en fallait pas plus à l'ancienne étudiante de la prestigieuse École du Louvre pour se lancer dans l'étude de l'histoire de l'art avec un prisme féministe intersectionnel revendiqué.

«Dans la culture occidentale largement basée sur le patriarcat et la colonisation, l'art a contribué à normaliser la domination masculine et la blanchité comme la référence unique et neutre, sans qu'on remette vraiment en question ces mécanismes que l'on tient pour acquis. Or c'est important d'en parler et d'élargir les points de vue, pour mieux comprendre ce qu'on regarde et se réapproprier tout ce patrimoine commun», écrit Julie Beauzac dans la présentation de son podcast, qui sonne comme un manifeste de la déconstruction du ​​​​«male gaze».

Pourquoi voit-on si peu de représentations de femmes enceintes sur les murs des musées? Comment les artistes blancs ont-ils représenté les personnes noires? Pourquoi les femmes artistes sont-elles presque absentes de l'histoire de l'art? Pourquoi connaît-on si peu d'autoportraits féminins? Et surtout, pourquoi les femmes sont-elles toujours représentées à poil quand les hommes sont habillés (pensez au Déjeuner sur l'herbe, d'Édouard Manet)?

En soulevant toutes ces questions, et en y répondant au côté d'expert·es en histoire de l'art, Julie Beauzac nous incite à ouvrir les yeux sur la place des femmes dans l'art et la hiérarchie qu'elle induit dans l'imaginaire collectif. Grand public et intellectuel à la fois, ce podcast est comme une sorte de masterclass d'histoire de l'art pour les nuls, dont on ne se lasse pas, même lorsqu'on n'est pas féru de peinture et de sculpture.

Lancé il y a un an, Vénus s'épilait-elle la chatte? compte encore peu d'épisodes à ce jour (six seulement, dont un crossover avec le podcast féministe YESSS). Mais dans ce cas précis, la quantité importe peu tant la qualité est au rendez-vous: chaque épisode est tellement riche en références, discussions et révélations qu'il faut parfois le réécouter pour en saisir pleinement toutes les subtilités.

Le mieux est encore de le faire en consultant les œuvres mentionnées dans les épisodes pour se faire son propre avis, ou en visitant le profil Instagram du podcast, véritable mine d'or d'œuvres sexistes commentées et déconstruites par Julie Beauzac. Vous ne verrez plus jamais les œuvres d'art de la même manière.

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