Médias / Société

Calendrier de l'Avent des podcasts: Selom et Matisse, histoire d'un drame

Temps de lecture : 2 min

[J-23] Slate.fr propose un calendrier de l'Avent 100% podcasts avec des programmes qui ont marqué l'année 2020. Aujourd'hui, une enquête sur deux jeunes percutés par un train dans des circonstances troubles.

L'enquête sensible, parfois difficile à écouter, interroge de nombreux préjugés. | Capture d'écran YouTube via France 3 Hauts-de-France
L'enquête sensible, parfois difficile à écouter, interroge de nombreux préjugés. | Capture d'écran YouTube via France 3 Hauts-de-France

Pour eux, il n'y avait ni caméra de surveillance ni voisins pour filmer la scène. Mais d'après leurs familles, c'est bien la tentative d'arrestation injustifiée de la part de policiers qui a causé leur mort.

Ce vendredi soir de décembre 2017, il fait déjà nuit quand Aurélien, Selom, Ashraf et Matisse sont percutés par un train TER qui vient de quitter la gare de Lille-Flandres. Dans les heures qui suivent, Selom et Matisse décèdent. Ils avaient 17 et 20 ans à peine. Très vite, leurs mères décèlent des incohérences entre les faits décrits dans l'enquête de police et la personnalité de leurs fils. Toutes deux soupçonnent les policiers d'être à l'origine de la présence de leurs enfants sur les rails le soir de l'accident.

Après s'être intéressé à l'affaire pour Bastamag, le journaliste Yann Levy s'est lancé avec son confrère Tristan Goldbronn dans un documentaire feuilletonnant sur la mort des deux jeunes hommes. La série de podcasts pour le média indépendant Radio parleur, intitulée Selom et Matisse: pourquoi les jeunes courent et réalisée par Étienne Gratiannette, est toujours en cours de diffusion. Elle devrait compter huit épisodes au total, dont le dernier sortira le 9 décembre, quelques jours avant le troisième anniversaire du drame.

La perte et les doutes

Les témoignages de Peggy Lereste et Valérie Bondu, les mères de Selom et Matisse, sont glaçants. Elles racontent leur incompréhension lorsqu'elles sont appelées à l'hôpital. Projetées en pleine nuit dans la froideur du monde hospitalier, qui leur annonce qu'elles doivent faire débrancher leurs fils, les deux femmes confient la stupeur, les doutes, et le deuil avec une grande pudeur. «Je ferme la porte de sa chambre et tout ce qu'il me reste, c'est les affaires de mon fils dans un sac plastique», explique Peggy Lereste, la voix nouée.

Le deuil laisse alors place aux questions: que faisaient les quatre jeunes sur les voies ferrées? Pourquoi courraient-ils s'ils n'avaient rien à se reprocher? Avaient-ils peur de la police parce qu'ils étaient des personnes racisées, comme le racontent leurs proches? Comment ont-ils pu ne pas voir le train arriver? Pourquoi les médias locaux s'acharnent-ils à dresser le portrait de jeunes racailles dealers de drogues lorsque ni Selom ni Matisse ne s'adonnaient à un quelconque trafic? Et surtout, pourquoi le procureur nie-t-il la présence de policiers sur les lieux alors même que plusieurs témoins affirment avoir vu une voiture de police?

Vivre avec des questions

Tant de questions auxquelles les familles n'ont toujours pas de réponse, l'instruction étant toujours en cours. Prises bien malgré elles dans un engrenage judiciaire, elles racontent les faits, la procédure et le militantisme né de cette perte tragique. «Ça a été une descente en enfer à partir du moment où j'ai compris que l'État ferait tout pour écraser l'affaire», raconte Peggy Lereste, qui dit avoir tout de suite pensé à Zyed et Bouna, deux adolescents qui ont trouvé la mort dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) en 2005, lors d'une course poursuite avec la police. «C'était la même chose pour mon fils», conclut-elle.

N'apportant aucune réponse définitive sur les faits, l'enquête de Yann Levy et Tristan Goldbronn interroge sur les préjugés dont sont victimes les jeunes des quartiers populaires, sur les présumées violences policières passées sous silence par la justice et sur le rôle des médias dans le traitement des faits divers. Un podcast sensible, parfois difficile à écouter mais nécessaire pour aborder les failles du système policier et judiciaire français, souvent froid et opaque vis-à-vis des familles.

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