Médias

Les 20 ans de la «Star Ac» rappellent que l'émission n'aura pas révélé grand monde (à part Jenifer et Nikos)

Temps de lecture : 5 min

Cette semaine, on se fait arnaquer par TF1.

Il y a certaines images qui devraient rester dans le passé. | Capture d'écran via MYTF1
Il y a certaines images qui devraient rester dans le passé. | Capture d'écran via MYTF1

Regarder la télé française en 2021, c'est vivre un éternel recommencement. Déjà parce que ça fait littéralement cinquante ans que Michel Drucker présente ses émissions –ce mec est plus increvable que Jack Bauer. Mais aussi parce qu'une de nos plus belles spécialités, c'est de remater des trucs qu'on a déjà vus mille fois: les bêtisiers, les zappings, et bien sûr, les émissions anniversaire.

En ce moment, notre dose de nostalgie télévisuelle nous est fournie par TF1, qui a prévu trois émissions de prime time dédiées aux 20 ans de «Star Academy», diffusées tous les samedis à partir du 30 octobre.

Comme «Loft Story», «Popstars» et «Koh-Lanta», «Star Academy» appartient à la toute première génération de télé-réalités françaises, celles où on ne connaissait pas encore les règles, où tout était nouveau et où les candidats ne venaient pas encore de Belgique (avec tout le respect que je dois à Senna et Amélie).

Cette première soirée nostalgie était donc hautement anticipée par la génération 90, et plus précisément par toutes les meufs qui portaient des t-shirts asymétriques et des mèches de cheveux toutes fines en mode antennes de fourmis.

Visiblement, la «Star Ac», c'est surtout l'émission qui a révélé Nikos Aliagas. Au programme de cette première soirée, quelques têtes connues mais aussi beaucoup, beaucoup d'inconnus –et je dis ça en tant qu'ancienne fanatique de la «Star Ac» (genre, j'appelais depuis mon téléphone fixe pour voter et tout)! À part Jenifer, force est de constater que l'émission n'a pas produit une masse de stars. Dès que les candidats issus de la saison 1 arrivent, je n'ai qu'une seule question en tête: qui sont ces gens?

Il y a Jenifer, toujours aussi choupie, qui se met à pleurer après une seconde d'émission –on dirait moi quand je regarde La La Land. Jean-Pascal, qui a visiblement indiqué dans son contrat qu'il ne chanterait pas plus de trois (oui, 3) paroles de chanson, est aussi de la partie, et le voir me remplit d'une joie assez inexplicable. Mario, l'ancien finaliste, n'a presque pas changé, à part le look de mousquetaire qu'il a heureusement laissé tomber.

Olivia Ruiz n'est pas venue, mais honnêtement c'est pas plus mal parce que je suis encore suivie pour stress post-traumatique lié à son morceau «La Femme chocolat». Quant aux autres... impossible de les remettre.

High fidelity

Heureusement, l'émission a prévu quelques flashbacks pour nous rafraîchir la mémoire: la femme aux cheveux blonds et bouclés, par exemple, est en fait Jessica, qui avait à l'époque des cheveux rouges pas vraiment bouclés. Elle nous dit: «Moi je fais pas partie des gens qui sont dans la nostalgie en fait.» BAH QU'EST-CE QUE TU FOUS DANS CETTE ÉMISSION ALORS JESSICA?!

Quant au mec en blouson en cuir, qui marmonne ses paroles et a décidé de nous donner absolument zéro énergie? C'est Patrice, qui a perdu son adorable tignasse mais reste toujours aussi charmang. (Et qui, apparemment, a joué dans Plus belle la vie. L'univers de la télé française, c'est quand même un délire.)

Côté profs, presque tout le monde a répondu présent, à part Raphaëlle Ricci et ses piques plus coupantes qu'une scie circulaire. On retrouve ainsi la productrice et «directrice» Alexia Laroche-Joubert, qui continue de chanter avec enthousiasme chaque parole de chaque chanson sur le côté de la scène, comme si elle passait une audition.

La délicieuse Armande Altaï est aussi là, toujours en cosplay marquise de Merteuil. Pour compléter le tableau, on retrouve Matthieu Gonet et l'iconique, l'inoubliable chorégraphe Kamel Ouali!!! Ah et Pascal Nègre, qui a vraiment l'air d'être venu parce que sa box était en panne et qu'il n'avait rien d'autre à faire ce soir-là.

Une fois passée l'euphorie des retrouvailles, certains choix de la production commencent à interpeller. Pourquoi la scène est-elle aussi vide? Et pourquoi tous les invités sont-ils perchés sur des monolithes? Les fauteuils, c'était trop ringard? C'est hyper inconfortable comme arrangement, j'ai mal au dos rien qu'en les regardant.

Dans le top 3 des sièges les plus inconfortables avec les toilettes de festival et le trône de fer.

Où est Georges-Alain???

Plus les minutes passent et plus il faut admettre que cette émission anniversaire manque cruellement de rythme. En choisissant d'étaler son hommage sur trois émissions plutôt qu'une, TF1 a malheureusement dispersé ses talents, et on se retrouve avec des castings à moitié inconnus plutôt qu'un unique groupe constitué des plus grosses têtes d'affiche.

Après un focus sur la saison 1, Nikos invite les anciens de la saison 5 à monter sur scène –et là, c'est encore pire: je ne reconnais personne à part Magali Vaé. Pourquoi ce choix? Où sont Michal et Georges-Alain??? Que fait Élodie Frégé? Et quand verra-t-on Cyril, qui hurlait «Jesus Christ» en anglais toutes les cinq minutes? À la place, on se tape Jérémy et Maud, qui sont certes très mignons et qui étaient, apparemment, en couple dans la saison 5.

Niveau programmation, même perplexité: en fait, les deux tiers de l'émission consistent à revoir les anciens candidats rechanter des chansons qu'ils ont chantées en prime à l'époque (l'occasion de se rendre compte, au passage, que ça chantait quand même vachement mieux dans «Nouvelle Star»). Donc ils font des reprises de leurs propres reprises? Et nous on regarde ça??? On est en train de se faire bizuter là. La déception est d'autant plus grande qu'ils ne sont même pas notés par les profs à la fin: zéro intérêt.

Soyons honnêtes, qui regardait la «Star Ac» pour les chansons? Perso, ce qui m'intéressait, c'étaient les histoires d'amour, les amitiés qui se créaient au château, et aussi le fait de voir des élèves galérer en cours (peut-être parce que je m'identifiais à leur souffrance à l'époque). Ce qu'on attend d'une émission nostalgie, c'est certes des retrouvailles, mais aussi des images d'archives, des montages qui nous rappellent pourquoi on a tant aimé l'émission d'origine: les auditions, Jean-Pascal qui dit «baryton je croyais que c'était un poissong moi», son idylle avec Jenifer, les cours de théâtre où Philippe Lelièvre assène, très sérieusement, «sois heureux d'être un panier de basket»... Mais voir des gens sortis de nulle part chanter «Allumer le feu» sur une scène trois fois trop grande? À 23h? Par les temps qui courent? Non merci.

Certes, l'émission nous fournit quelques vieilles images au compte-gouttes, ainsi que quelques anecdotes savoureuses sur les coulisses: le fait que les candidats avaient l'interdiction de toucher Madonna, ou que Johnny Hallyday a accepté de répéter pendant la pub à 20h50 parce que trop d'autres stars avaient répété avant lui.

Mais la sélection est bien maigre, surtout quand les quelques extraits choisis ont une légère odeur de grossophobie –nous expliquant par exemple que pour Magali, «c'était pas gagné», avec un montage où elle galère en sport, comme si cela avait un quelconque rapport avec son talent.

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Le seul vrai moment de grâce de l'émission, c'est lorsque Jenifer chante «D'Aventures en aventures», apparemment sans avoir répété, et réussit à faire pleurer tout le monde (y compris moi). Mais après un bilan aussi mitigé, je ne suis pas sûre de regarder les deux prochaines émissions. S'ils décident de repasser la scène où Céline Dion tire les boules, vous me raconterez.

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