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Monaco fait peau neuve

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 30.03.2014 à 9 h 39

La Société des bains de mer métamorphose la place du Casino et l’Hôtel de Paris.

Le Casino de Monte Carlo / Monte-Carlo SBM

Le Casino de Monte Carlo / Monte-Carlo SBM

Le Prince Albert a donné son accord pour le nouveau plan d’urbanisme du Carré d’Or à Monte-Carlo touchant la place du Casino, les jardins mitoyens et le Sporting d’Hiver. La première phase des travaux qui vont durer quatre ans sera achevée en mai 2014.

L’objectif de ce vaste projet architectural entend revaloriser le site central de Monte-Carlo afin que ces lieux de fête et de beauté retrouvent un rôle majeur dans le développement économique, social et culturel de la Principauté. C’est pourquoi le Prince Albert, très attaché à l’avenir immédiat du Rocher, a donné mandat à la S.B.M (la société des bains de mer de Monaco) dont l’Etat monégasque détient 69% des parts, pour mener à bien cette transformation radicale du centre glamour de Monte-Carlo, à l’ombre du mythique Hôtel de Paris, prolongé par le building de bureaux, de cinémas, de salons, du Sporting d’Hiver ouvert sur les arbres et les pelouses des jardins Boulingrins où les badauds et amoureux de la Principauté aiment à flâner –la douceur de (bien) vivre sur ce promontoire de rêve azuréen.

Dans l’esprit du prince souverain, la S.B.M, qui a franchi l’an dernier le cap des 150 ans, doit accroître l’offre commerciale et les points forts de la société de loisirs et d’immobilier. Marque de luxe, la S.B.M a capitalisé sur cinq casinos, quatre grands hôtels et 33 restaurants dont le Louis XV, trois étoiles, d’Alain Ducasse.

A cela s’ajoutent des salles de spectacles, le Sporting d’Eté, la salle Garnier de l’Opéra, une compagnie de ballets, les Thermes Marins de Monte-Carlo, un golf de 18 trous, un tennis club, soit 3.000 personnes employées pour un chiffre d’affaires de 407 millions d’euros en 2013 contre 346,5 millions en 2012.

«Nous abordons une nouvelle phase de notre histoire axée sur l’innovation destinée à alimenter le rêve monégasque et l’héritage», écrit Albert de Monaco dans la préface du rapport annuel de la S.B.M.

Donc, loin de s’endormir sur de beaux lauriers, Jean-Luc Biamonti, le financier de la S.B.M, président du conseil d’administration, a mis au point avec le cabinet de Lord Richard Rogers, un des grands noms de l’architecture et de l’urbanisme contemporain (prix Pritzker en 2007, le Centre Pompidou à Paris, le Dôme du Millénaire à Londres, c’est lui), le programme immobilier destiné à remplacer sur la place du Casino l’imposant bâtiment du Sporting d’Hiver par trois corps de bâtiments mêlant commerces, résidences haut de gamme, bureaux, espaces de loisirs et de culture.

L'Hôtel Hermitage / Monte-Carlo SBM

En tout 4.850 mètres carrés de boutiques de prestige au rez-de-chaussée, et dans les étages, 36 résidences haut de gamme sur 18.000 mètres carrés, 4.500 mètres carrés d’espaces de bureaux, 3.000 mètres carrés d’espaces de conférences, une salle de projection, un espace d’exposition de 800 mètres carrés et 500 places de parking –il s’agit de concevoir un ensemble qui renouvelle le quartier de prestige en réalisant un lieu d’animation et de convivialité sur un site paysagé accessible au public, doté en son centre d’une nouvelle artère piétonne reliant l’avenue des Beaux Arts aux jardins en haut de la place du Casino.

Oui, une transformation radicale du cœur historique de la Principauté des Grimaldi, propre à accroître les revenus fonciers et hôteliers de la S.B.M, la totalité de ces nouveaux espaces étant destinés à la location.

Dans la stratégie d’attractivité de l’Etat monégasque, deux activités demeurent essentielles: l’immobilier de luxe et le shopping mode, accessoires et orfèvrerie. Construite par un groupe italien, la dernière tour Odéon de 49 étages est en voie d’achèvement en surplomb de la mer: le penthouse avec piscine au sommet (1.000 mètres carrés) sera proposé à 350 millions d’euros. Un studio avec vue sur la mer et une petite terrasse peut être facturé 300.000 euros par an. Pour les rich and famous du Rocher (9.000 Monégasques pour 35.000 résidents et autant de comptes en banque), la Principauté est un refuge hors de prix mais idéal pour la sécurité des personnes et des biens, l’un des atouts majeurs du site méditerranéen: caméras de surveillance, policiers en nombre et en patrouille. On vit dans la sérénité chez les Grimaldi.

A Monaco, les bijoux les plus chers du monde sont portés le soir aux dîners de l’Hôtel de Paris, au Jimmy’z et dans les réceptions très sélect des fortunés de la vie, dont un nombre important de femmes seules, de veuves disposant d’héritages, de fonds privés colossaux, d’où l’accroissement à venir de boutiques de haute joaillerie: l’offre de la rue de la Paix à Paris sera multipliée par dix, vingt, trente!

Détail révélateur, la Principauté s’est forgée une spécialité des ventes aux enchères de bijoux, de diamants, d’or et de vêtements et maroquinerie siglés comme ces collections de sacs d’Hermès, de Chanel, de Dior qui remplissent les armoires de ces dames aux perles et pierres dures, piliers de la jet set monégasque. Cet Etat d’opérette perpétue un art de vivre décalé, hors du temps.

Disons-le en toute clarté, le casino, inventé par François Blanc en 1863, le premier acte fondateur de la Société des Bains de Mer, n’est plus ce qu’il a été au milieu du XIXe siècle quand les jeux de hasard étaient interdits dans pratiquement toute l’Europe. Ce fut le début de la légende monégasque entretenue par les têtes couronnées et clients fameux: Edouard VII, le baron de Rothschild, la Belle Otero, Winston Churchill, le roi Farouk... C’est François Blanc, visionnaire de génie, propriétaire du casino, qui fera de Monaco la capitale du jeu et de la villégiature mondaine. L’Hôtel de Paris a été construit à l’époque pour loger princièrement ces grands joueurs qui risquaient leur fortune sur les tapis verts –en 1878, plus de 2.000 joueurs viennent chaque semaine tenter leur chance au casino. Le train de Nice apporte des foules de clients.

«Personne ne perd à Monte-Carlo, tous ceux qui viennent ici espèrent», écrivait François Blanc en 1879. L’affluence est telle que l’Hôtel de Paris, de style rococo et kitsch, affiche complet deux mois après son ouverture.

Dans le formidable projet actuel de rénovation du palace pâtissier cher à Jacques Offenbach, à Colette, à la grande duchesse Anastasia, nièce du tsar Alexandre III, il va s’agir d’augmenter la superficie des 143 chambres et la proportion des 39 suites, certaines dotées de jacuzzi. Une cour-jardin sera implantée au centre de l’hôtel, les toits accueilleront un nouvel espace spa, fitness et piscine, ainsi que des suites d’exception et une villa au sommet dotée d’un jardin et d’une piscine privés. Du super grand luxe.

La place du Casino / Monte-Carlo SBM

La superbe façade d’origine sera préservée de même que les lieux mythiques comme le hall d’entrée, le Bar Américain, la salle Empire et le restaurant Louis VX piloté par Alain Ducasse et sa brigade qui ont tant fait pour la renommée internationale et l’image de marque de la Principauté, un ilot de raffinement gastronomique pour happy few.

Autres temps, autres mœurs, le casino n’est plus le principal tiroir-caisse du Rocher: les congrès, les séminaires, les championnats de tennis du printemps, le Grand Prix de Formule 1 de la mi-mai, le Bal de la Rose, la compagnie de ballets chère à la princesse Caroline, l’opéra de Monte-Carlo drainent d’autres couches de clientèle et forment d’autres pôles d’attraction plus culturels que la roulette, le baccarat, le black jack et le mystère des cartes. Les riches Italiens, de très grands joueurs, dont Monaco a été le port d’attache sont surveillés par les agents des douanes et l’on dit même que certains magnats glissent dans la boîte à gants de leur Ferrari une déclaration d’impôts en bonne et due forme... D’où vient l’argent?

Les Russes n’ont pas de fascination particulière pour les tapis verts, et les Chinois veulent manger en jouant comme à Macao. Il reste les accros dont l’adrénaline fait des bonds à la minute du «faites vos jeux», mais cette clientèle se renouvelle peu au sein des générations montantes.

Ceci posé, on voit bien l’importance stratégique de la transformation de la place du casino axée sur l’innovation et les points forts de la Principauté: SAS le Prince Albert veut de la sorte faire entrer l’Etat monégasque dans le XXIe siècle en conservant la part de rêve et la magie de ce Rocher dressé sur la Grande Bleue.

Nicolas de Rabaudy

Le Café de Paris Le Lipp de la Principauté, une adresse toujours à la mode sur la place du Casino, idéale pour voir et être vu, plaisante terrasse pour l’apéritif et des plats de brasserie de style méditerranéen : marmite du pêcheur, la rouille et les croûtons | Place du casino 98000 Monaco. Tél. : + 377 98 06 76 23. Déjeuner à 35 euros. Carte de 70 à 100 euros. Ouvert tous les jours de 8h00 à 2h00.

Vistamar La table élégante de l’Hermitage. Éventail de poissons du pêcheur Rinaldi, dentis, loups, dorades du chef étoilé Joël Garault, un des valeureux gros bonnets de Monaco. Bouillabaisse, soufflé à la framboise. Somptueuse terrasse sur la mer | Square Beaumarchais, avenue Princesse Alice 98000 Monaco. Tél. : +377 98 06 98 98. Menus à 44, 65 et 120 euros. Fermé le dimanche jusqu’au 4 mai.

Nicolas de Rabaudy
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