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Le Mount Nelson, summum du luxe en Afrique du Sud

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 02.03.2014 à 14 h 29

Le Mount Nelson Hôtel

Le Mount Nelson Hôtel

En janvier et février 2014, le taux d’occupation du Mount Nelson a dépassé 85%, «sans doute un des plus grands hôtels du monde», indique Jim Sherwood, le tycoon anglo-saxon qui l’a racheté en novembre 1988 (donc avant la libération de Nelson Mandela, le 11 février 1990) pour 5 millions de livres. Pour le mois de février, la clientèle était en augmentation de 30% par rapport à 2013, le congrès annuel des gestionnaires de mines d’or et d’argent ayant boosté les réservations tandis que les fidèles «d’une totale loyauté» revenaient d’année en année (50%) appréciant l'art de vivre et le climat méditerranéen.

Au Cap, l’embellie touristique des années Mandela ont fait naître une floraison d’hôtels de luxe venus s’ajouter au Mount Nelson de très ancienne réputation: The Table Bay Hotel sur le port, le Hilton, le One&Only, le Taj Cap Town, The Westin, le Winchester Mansions et seize Relais & Châteaux ont accru de façon notable l’offre hôtelière destinée à accueillir les flots de touristes à la belle saison, de novembre à avril –c’est l’été au Cap.

Nombre de chaînes internationales (Sun, Starwood) ont flairé le juteux retour sur investissements. Face à l’affluence nouvelle et imprévue, il s’agissait pour les hommes d'affaires de l’hôtellerie cinq étoiles de rivaliser avec le légendaire Mount Nelson, le plus ancien et le plus fameux palace du Cap, le seul à avoir logé de royale manière le prince de Galles en 1925, le prince et la princesse Michael de Kent, Agatha Christie, Marlène Dietrich, Henry Kissinger, Nelson Mandela, le Dalaï-Lama, Leonardo DiCaprio, et John Lennon quelques mois avant sa mort à New York –il faisait lui-même son lit, méditait devant the Table Mountain et envisageait d’inviter Yoko Ono l’année suivante au Mount Nelson. Hélas.

En bref, ce splendide hôtel d’un charme tout britannique, à la façade rose, bâti sur un parc romantique de quatre hectares à l’entrée du Cap, est un croisement du Ritz de Paris, du Trianon de Versailles et du Manoir aux Quat’Saisons de Raymond Blanc près d’Oxford pour l’art de vivre à l’anglaise –et sa clientèle huppée, un brin old fashioned, soit 35% de Britanniques, 15% d’Américains, 15% d’Africains du Sud et le reste en provenance d’Europe et des pays développés. Longtemps, le Mount Nelson plus que centenaire a été en Afrique l’unique adresse des princes qui nous gouvernent et des fortunés de la vie, les propriétaires de mines d’or et d’argent par exemple.

En fait, l’authentique grandeur de cet hôtel de légende est liée à son remarquable emplacement dans les jardins fleuris proches du Cap où le baron Pieter van Rheede van Oudtshoorn, d’origine hollandaise, avait créé une ferme avant d’être promu gouverneur du Cap, c’était en 1743. Un siècle plus tard, Sir Hamilton Ross construisit l’actuelle maison principale sur Orange Street et les magnifiques massifs de fleurs, les plus fournis du Cap –il fut un jardinier de grande inventivité et donna à ce lieu de bonne vie le nom de Mount Nelson, en souvenir du lord Horatio Nelson, un héros des armes qui mourut à la bataille de Trafalgar.

L’homme qui a eu du génie dans cette saga capetonienne, c’est le créateur du Mount Nelson, Sir Donald Currie, le promoteur anglais de l’Union-Castle Line, une compagnie de croisières internationales dont le rêve fut de construire un bel hôtel propre à loger les passagers de première classe de ses navires.

Le Mount Nelson

Ainsi, le 6 mars 1899, le Mount Nelson ouvrit ses portes, ses suites, les salles de réception cernées par des rosiers, tout cela offert à la clientèle huppée de Sir Donald, ravie de se laver à l’eau chaude, de profiter du confort so british, canapés à motifs, tables en acajou, terrasse ensoleillée, rivalisant avec les meilleurs hôtels de Londres, disait-on dans les gazettes sud-africaines. Le Ritz londonien du Suisse Charles Ritz et d’Auguste Escoffier, maître des cuisines, fut inauguré à Picadilly à la même époque, au tournant du XXe siècle.

Hélas, sept mois plus tard (inauguration en fanfare), la guerre anglo-boer (1899-1902) enflamme le pays des bushmen, l’état-major de l’armée anglaise (500.000 hommes) prit position dans les intérieurs du Mount Nelson vidé de ses pensionnaires, à l’exception de Winston Churchill, jeune correspondant de guerre de 26 ans, qui décrit le grand hôtel comme «excellent et appréciable après un périple en mer, tempêtes à la clé».

A la suite de cette parenthèse plus que troublée, le Mount Nelson vit revenir ses habitués, la gentry anglaise, lords à chapeaux melon et ladies à ombrelles, disséminée dans le parc aux orchidées et palmiers géants. C’est alors que l’Italien Aldo Renato, manager en second de l’hôtel, décida de faire repeindre la façade en rose afin de marquer la rupture avec les horreurs de la première guerre mondiale. Tout comme le bleu Ritz à Paris, le Mount Nelson fut baptisé «the pink hotel» d’Afrique du Sud –cela reste son image de marque ainsi que le plaisir de vivre dans cet ilot de verdure, à l’écart des bruits de la ville pourtant si proche.

Le charme de ces bâtiments, de l’environnement verdoyant, la tradition de l’hospitalité anglaise liés à la distinction de la clientèle, la douceur du climat –25 degrés et plus de novembre à avril– tout cela n’a pas échappé à Jim Sherwood, le fondateur de la compagnie Orient-Express Hotels, fidèle client de l’adresse, qui a acquis le Mount Nelson en 1988: le nouveau joyau de sa collection d’hôtels, le Cipriani à Venise, le train Orient-Express Londres-Paris-Venise, le Copacabana à Rio, le Reid’s à Madère, le Grand Hôtel d’Europe à Saint-Pétersbourg, le Ritz à Madrid, le Splendido à Portofino, et cinq autres hôtels de rêve en Italie dont la Villa San Michele au-dessus de Florence, bref, un chapelet de destinations hors du commun. À Biarritz, l’Hôtel du Palais est affilié à la chaîne.

Signe particulier, Jim Sherwood, un colosse d’une extrême distinction, conseillé par son épouse Shirley, docteure en botanique, est d’abord un client abonné des hôtels qu’il achète pour sa compagnie basée à Londres. C’est parce qu’il s’est plu au Mount Nelson, qu’il a goûté les plaisirs simples de ce palace sans faux luxe qu’il l’a intégré à sa collection de cinquante unités hôtelières, de six trains de luxe et d’un restaurant à New York, le 21. Chaque palace à une âme et une histoire.

Le boeuf Wellington

Prendre possession du Mount Nelson, un bien national au pays de Mandela, un monument historique du Cap, habité par tant de célébrités, n’a pas manqué de déclencher de vives polémiques au sein des populations locales.

Habitué à ce genre de réactions un brin hostiles, Jim Sherwood s’empressa de souligner qu’il avait l’intention de maintenir le Mount Nelson tel qu’il était, y compris la façade rose et de développer ce site champêtre, d’agrandir les lieux d’hébergement et d’engager plus de personnels qualifiés. D’autant que la libération de Mandela, dix-huit mois plus tard, allait élargir la clientèle, les séminaires, les groupes et les mariages le week-end: rien n’est plus recommandé pour les Capetoniens que de convoler en justes noces dans le parc aux sculptures figuratives, façon Giacometti entre autres, five o’clock tea, gâteaux à la crème dès 15 heures, gourmandises britanniques pas mortes.

Ainsi, sous l’impulsion de Jim Sherwood, présent six semaines par an depuis des lustres, le groupe Orient-Express fit-il construire sept bâtiments nouveaux dans le parc, huit cottages suites, Taunton House Cottage, les résidences Green Park... en tout 201 chambres et suites, un gros bateau, et 600 employés œuvrent dans la bonne humeur auprès des deux piscines, à la table bistrot l’Oasis et au Planet Restaurant dont le chef sud-africain Rudi Liebenberg’s cuit des steaks d’autruche goûteux, du crocodile fumé, le bœuf Wellington en croûte et un soufflé à la banane, le tout arrosé du chenin blanc ou du pinot noir de Stellenbosch, noble terroir local.

Nicolas de Rabaudy

The Mount Nelson Hotel | 76 Orange Street Cape Town 8001. Tél. : + 27 21 483 1000. Chambres à partir de 250 euros. Deux restaurant de 35 à 120 euros. Carte des vins sud-africains à des prix décents, 4 euros le verre. Nombreuses excursions organisée par l’hôtel, limousine et chauffeur. Par avion, Paris-Le Cap direct par Air France, sur British Airways via Londres.

Nicolas de Rabaudy
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