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Huit vodkas qui ont du goût (pour changer!)

Christine Lambert, mis à jour le 22.02.2014 à 17 h 05

Ces bouteilles-là ne sont pas aromatisées. Mais elles feront mentir ceux qui clament que la vodka est un alcool neutre.

Après des années à vanter sa neutralité (ses distillations et filtrations no limit, comme nous le démystifions récemment, la vodka commence à revendiquer son goût. Une nouvelle catégorie d’amateurs, plus tentée par les apéritifs de gourmets que par le binge drinking assommé de Red Bull, et une nouvelle génération de bartenders, davantage portée sur la sophistication des cocktails que sur leur garniture, s’emparent en douce de cet alcool qui reste le plus consommé à travers la planète (4,4 milliards de litres chaque année, source IWSR 2012), loin devant le rhum (1,5 milliard de litres) et le whisky (moins de 1 milliard).

Du goût, la vodka? Eh oui, parfois, n’en déplaise aux sceptiques. Pour le prouver, voici 8 vodkas qui vous changeront de la vodka.

• Cîroc

Pourquoi? Après avoir conquis les Etats-Unis (passage obligé pour les vodkas de luxe), cette petite Frenchie revient à ses origines. Elaborée sur un seul ingrédient, le raisin blanc, distillée à Cognac, à des températures plus basses qu’ordinaire et après une macération et fermentation à froid spécifiques pour exprimer les qualités du fragile fruit, c’est un produit haute couture. Sa fraîcheur et son fruité acidulé explosifs en bouche font oublier, après plusieurs gorgées, son prix perché.

Pour qui? Ceux qui se damneraient pour un cocktail sophistiqué.

40%, 59 euros.  

• Ketel One

Pourquoi? Cette hollandaise de blé au croquant d’agrumes et au velouté généreux vous enveloppe la langue pour mieux envoûter le palais. Partiellement redistillée en alambic pot still (comme les single malts, mais une rareté pour la vodka) chauffé à la flamme, cette tête brûlée se singularise depuis une dizaine d’années. La version aromatisée aux essences naturelles de citrons (jaune et vert) confectionne des Cosmopolitan pointus.

Pour qui? Les artistes de la mixologie – tatouages, barbe de 7 jours et demi et trilby remonté vers l’arrière du crâne.

40%, 29 euros.

• Stolichnaya Premium

Pourquoi? Toutes les apparences d’une vodka de blé russe, classique et bien fichue, soyeuse et franche, qui assume ses origines dans le verre… et montre sa complexité en dehors. Car la remuante ex-icône des soviets (sa version aromatisée au piment était le carburant favori de Khrouchtchev), qui ne franchissait le Mur de Berlin qu’en douce au temps de la guerre froide, n’est pas en odeur de sainteté chez les sbires de Poutine, et a dû extrader une partie de ses activités. Son dernier pied de nez en date: un soutien total et public à la communauté LGBT avant les JO de Sotchi.

Pour qui? Ceux qui regardent Sotchi en zappant sur l’Ukraine – et vice versa.

37,5%, 15,50 euros.

• Siwucha

Pourquoi? Une polonaise qui ne se boit pas au petit déjeuner! Son nez riche, aromatique et évolutif, sa bouche onctueuse et complexe 100% seigle, ne doivent pas vous égarer: cette vodka rustique, authentique et goûteuse n’est pas faite pour les débutants! 

Pour qui? L’amateur roots à qui on ne la fait pas.

40%, 17 euros (50 cl).

• Belvedere Unfiltered

Pourquoi? Elaborée à partir de seigle diamant de Dankowski, cette aristocrate polonaise se la joue gentlewoman farmeuse, vodka «de terroir» 100% real estate. Mieux : non contente de ne pas trop la ramener au chapitre distillations (quatre seulement), elle échappe à toute filtration pour ne sacrifier aucun arôme. On dit qu’elle est «le whisky des amateurs de vodka». Une question de (bon) goût.

Pour qui? Les clubbers qui ne sortent jamais puisque le meilleur bar est chez eux.

40%, 43 euros.

• Fair Vodka

Pourquoi? Distillée à base de quinoa cultivé sur les haut plateaux andins et issu du commerce équitable, associé à du blé bio de Beauce pour tenir debout, la vodka Fair est le fruit d’une collaboration entre des petits producteurs boliviens et des distillateurs charentais. Tout en appréciant son moelleux fruité chatouillé d’épices et d’herbe coupées, on pourra s’interroger sur la démarche «équitable» qui consiste à faire traverser à une cargaison de quinoa la moitié de la planète pour finir dans nos verres. Mais bon… c’est bon, justement.

Pour qui? Le vegan qui roule en 4x4 électrique.

40%, 38 euros.

• Vestal Podlasie 2011

Pourquoi? Encore une polonaise (désolée), mais de pomme de terre cette fois (ah!) et élaborée par deux Anglais (ah?). Les Borrell père et fils réhabilitent la tradition des eaux de vie d’antan, distillées en une seule fois dans les fermes et les villages. Leurs petites cuvées sont millésimées et revendiquent, d’une année sur l’autre, de subtils écarts de personnalité.  Avec ses arômes de pâte de fruits rouges décoincés d’une note verte, on aime ou on déteste, mais on ne reste pas indifférent.

Pour qui ? Les puristes adeptes du tout ou rien.

40%, 39,50 euros.

• Organic Wosca Serac du Domaine des Hautes-Glaces

Pourquoi? Techniquement, ce n’est pas de la vodka: intégralement distillée (3 fois) en alambics pot still chauffés à feu nu et embouteillée sans filtration, elle a tout du newmake de whisky, ce distillat obtenu avant vieillissement en fûts. Mais une fois dans le verre, franchement, on s’en fiche éperdument! Cette eau de vie de seigle certifiée bio et confectionnée sur les contreforts des Alpes françaises est une petite bombe à fragmentation qui fait jaillir dans le palais un concentré d’arômes de fruits secs poivrés. Et laisse muet.

Pour qui? Les gourmets bavards à qui l’on veut clouer le bec.

43%, 39 euros (50 cl).

Christine Lambert

Merci à Romain Chassang, directeur de l’école de bartenders Drinking Better, et à Nicholas Sikorski, de La Maison du Whisky, pour le supplément d’explications et les dégustations.

Christine Lambert
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