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Les petits secrets des étiquettes des bouteilles de Whisky

Christine Lambert, mis à jour le 15.02.2014 à 8 h 50

Cette véritable carte d’identité va vous en apprendre de belles sur vos single malts ou blends préférés.

Magasin de whisky à Edimbourg, en 2012.. REUTERS/Mohammed Abbas

Magasin de whisky à Edimbourg, en 2012.. REUTERS/Mohammed Abbas

C’est un peu la carte d’identité des bouteilles de whisky et, en cas de non conformité, elle entraîne l’interdiction d’entrée sur le territoire ou la reconduite à la frontière plus sûrement qu’une circulaire du ministère de l’Intérieur. Depuis novembre 2009, la Scotch Whisky Association (la SWA, la police de l’empire du malt), en obligeant le Parlement écossais à règlementer sur les étiquettes, a complété un arsenal très complet pour protéger l’intégrité du scotch et empêcher la contrefaçon. Tout en influençant puissamment la législation européenne.

En gros caractères, bien visibles, le nom de la marque vous interpelle d’emblée: il ne s’agit pas de glisser dans le Caddie un Glenfiddich à la place de votre habituel Glenlivet (ou le contraire), voire un Grant’s à la place d’un Glen Grant (ou l’inverse) le jour où vous oubliez vos binocles. Dans le cas des single malts, ce nom sera presque toujours celui de la distillerie.

L’Ecosse applique le droit du sol aux bouteilles: les matières premières (orge, levures, fûts…) peuvent être importées, mais seuls les whiskies nés, distillés et vieillis dans cette partie du Royaume-Uni ont droit à la mention «scotch». Sans exception. Et sans naturalisation possible pour les fûts d’origine étrangère – y compris les flacons anglais, irlandais ou gallois – qui se contenteront de l’estampille «whisky» ou «whiskey».

Si l’étiquette affiche fièrement «single malt scotch whisky», il est fabriqué intégralement à partir d’orge maltée et provient d’une seule et unique distillerie. Si c’est un «blended malt scotch whisky», il s’agit d’un assemblage de single malts de plusieurs distilleries. Un «single grain» est un whisky de grain (orge maltée plus maïs ou blé le plus souvent) élaboré dans une même distillerie (mais pas avec un seul grain!), alors qu’un «blended grain» sera construit sur plusieurs provenances. Enfin, un «blended scotch whisky» (un blend, dans le langage courant), la catégorie la plus consommée, et de loin, est un assemblage de single malts et de whiskies de grain. Conseil désintéressé aux crânes d’œuf de la SWA: la prochaine fois, essayez de brainstormer à jeun pour ne pas encourager la confusion des genres – c’est mal vu en ce moment.

Il arrive que le label mentionne le lieu de naissance du whisky, la région dont il provient: Islay, Speyside, Highlands, Lowlands, etc pour l’Ecosse, mais aussi Bretagne, Alsace, Irlande… Autant de destinations pittoresques qui vous feront rêver au rayon spiritueux… sans vous renseigner le moins du monde sur le style du whisky!

Une même région, une même fraction de région, un même pixel sur Google Map produira des whiskies très différents. Dans un verre, rien ne ressemble moins à Mortlach que Glenfiddich, deux distilleries du Speyside pourtant distantes de quelques mètres seulement.

La mention d’âge n’est pas obligatoire (elle tend même à disparaître) mais, si elle figure sur la bouteille, c’est toujours celui de la plus jeune eau de vie entrant dans sa composition. Un whisky qui affiche 12 ans aura pu être élaboré avec quelques fûts plus vieux. Mais, même s’il entretient le mystère sur son âge avec autant de coquetterie qu’Arielle Dombasle, il ne peut en aucun cas avoir moins de 3 ans (2 ans pour les «straight bourbons», aucun minimum pour les bourbons). Un blend qui clame ses 3 ans aura donc le même âge qu’un autre qui ne la ramène pas.

Le chiffre suivi d’un pourcentage indique le taux d’alcool par volume. Il ne peut descendre sous la barre fatidique des 40%. La mention «cask strenght» (brut de fût) signifie que le whisky a été embouteillé sans dilution, auquel cas il flirtera avec les 60% et déclenchera dans le gosier des incendies que vous n’aurez pas forcément envie d’éteindre.

L’étiquette mentionne parfois le vintage, l’année de distillation: tous les whiskies entrant dans la bouteille doivent avoir été distillés cette année-là. Dans ce cas, doivent aussi figurer l’âge ou la date d’embouteillage. Attention, un millésime 1994 acheté aujourd’hui n’aura pas 20 ans: soustrayez la date d’embouteillage à celle de la distillation pour calculer son âge, car, contrairement au vin, le whisky ne vieillit plus une fois qu’il quitte le bois du fût pour le verre du flacon.

Le terme barbare «non chill-filtered» a les faveurs des connaisseurs. Il indique que le whisky n’a pas été filtré à froid avant embouteillage. Ce procédé supprime les composés qui troublent la robe du whisky, notamment quand on l’allonge ou qu’on y ajoute de la glace, et permet d’homogénéiser la production. Mais il fait également disparaître certaines subtilités dans les arômes.

Parfois, certaines marques ajoutent sur le packaging des indications de maturation (types de fûts utilisés) ou des notes de dégustation. Un mini-CV qui peut vous aider à choisir en speed dating devant 15 mètres de linéaires de whiskies.

En revanche, les alléchantes inscriptions «limited edition», «rare» (sur la moitié des bouteilles), «finest» (sur l’autre moitié), «small batch» (petite cuvée), etc, sont de magnifiques exemples de relativité galiléenne: tout dépend de quel point de vue on se place pour les interpréter. Une édition limitée commercialisée à des centaines de milliers d’exemplaires, ou un small batch qui chez certaines grandes distilleries représente la production annuelle d’une petite sont un peu l’équivalent des blagues sur l’emballage des Carambar: une plaisanterie de potache.

Pour une bonne barre de rire, lisez plutôt les mentions joliment imprimées au dos de certains blends – en général ceux que vous attraperez à hauteur de mollet dans le supermarché: «matured in wood casks» (vieilli en fûts de bois, et non pas en containers en plastique ou en boîtes de conserve, si vous vous posiez la question), «assemblage des meilleurs whiskies américains, européens et indiens» (3 continents en une bouteille, qui dit mieux?), «chaque bouteille est numérotée pour éviter la copie» (les contrefacteurs ne savent pas compter) ou, last but not least, «valeur nutritionnelle pour 100 ml : 222 cal, 0 protéines, 0 glucides, 0 lipides» (attention, Weight Watchers vous regarde)…

Christine Lambert

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